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Maladies des yeux : le dépistage précoce peut sauver la vue

Le Mauricien ne se préoccupe pas suffisamment de sa santé visuelle. C’est le constat que fait l’optométriste Gaëtan Li. Il souligne aussi que certaines maladies des yeux sont assez courantes, du fait qu’elles sont héréditaires.

Le mois d’octobre compte plusieurs journées de sensibilisation autour des problèmes visuels. Quelle est l’importance de ces journées ?
Lors de ces journées, tous les spécialistes de la vision à travers le monde essaient de sensibiliser la population et les autorités en particulier sur les difficultés que rencontrent les personnes souffrant d’un handicap visuel et sur le soutien qu’on peut leur apporter. Ce sont des journées décrétées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le message à passer est que :

(i) les non et mal voyances sont des problèmes de santé majeurs et internationales ;

(ii) pousser les gouvernements et les ministères de la Santé à participer activement et à débloquer des fonds pour des programmes de campagne nationale de prévention de la cécité ;  et (iii) conscientiser les instances appropriées tels que les profes­sion­nels de la vision, les organisations non gouvernementales etc. sur la prévention de la cécité, sur le programme Vision 2020 de l’OMS et encourager les gens à supporter les activités dans le cadre de Vision 2020.

Ce seront des journées bien remplies, où tous les spécialistes de la vision seront appelés à travailler sur le même thème, afin de sensibiliser le grand public sur les différents problèmes pouvant affecter la vision.

Quelle est la différence entre un non-voyant et un malvoyant ?
Le non-voyant a 10 % de vision restante, alors que le malvoyant a 33 % de vision au maximum, en comparaison avec une personne ayant une vision normale de 100 %. Les mal et non voyances peuvent être de naissance ou acquises. Par exemple, un bébé peut naître avec des cataractes congénitales aux deux yeux qui le rendent non ou malvoyant. On peut aussi naître avec une vision normale et devenir non ou malvoyant à la suite d’un accident de voiture, par exemple.

Quelles sont les maladies qui peuvent affecter l’acuité visuelle ?
Les causes les plus communes à Maurice sont le glaucome, le kératocône, la toxoplasmose, la rétinite pigmentaire et les traumatismes. Le glaucome, le kératocône et la rétinite pigmentaire sont des maladies héréditaires. Donc, si un membre d’une famille en est atteint, il est important que tous les autres fassent un test de dépistage afin de détecter rapidement s’ils en sont atteints également. Un dépistage précoce peut favoriser un meilleur traitement et donner de meilleurs résultats. La rétinopathie diabétique est en passe de devenir la cause la plus commune de perte de vue. Il est important qu’une personne souffrant de diabète se fasse examiner régulièrement.

«Un dépistage précoce peut favoriser un meilleur traitement et donner de meilleurs résultats.»

Est-il possible de prévenir ces maladies ?
On peut détecter toutes les maladies à travers un suivi régulier, mais il y a des maladies, telles que la rétinite pigmentaire, où aucun traitement n’existe. Dans de tels cas, la préparation et la réhabilitation du patient, aussitôt que possible, sont importantes. Le traitement, la réhabilitation, l’adaptation et la préparation du patient à faire face à n’importe quelle maladie sont plus faciles quand la maladie est détectée tôt. 

Par exemple, la rétinite pigmentaire peut être détectée lors d’un examen de routine, avant même que la personne ne commence à avoir des troubles visuels. Il est ainsi plus facile de préparer ce patient à faire face à la perte de vue qui s’ensuivra. Je souligne encore ici l’importance de suivis réguliers.

Quels sont les signes ou symptômes nécessitant un examen d’urgence ?
Si quelqu’un a une baisse de vision subite et importante, surtout si c’est dans un seul œil, il  devrait se faire examiner d’urgence. Surtout si la baisse de vision est accompagnée de rougeur, douleur ou présence de secrétions.

N’importe quelle baisse de vision permanente, même si pas importante, nécessite un examen.

Le glaucome, le kératocône et la rétinite pigmentaire sont assez communs, avez-vous dit. Pourquoi ?
Ce sont des maladies héréditaires et par conséquent, transmis dans les gènes. Comme la population de notre île est relativement petite, le risque de mariage où les deux conjoints sont porteurs du gène est plus élevé. Il y a aussi le facteur de mariages consanguins qui augmente le risque.

En ce qu’il s’agit du glaucome, la tension dans l’œil, il y a aussi un facteur d’âge. Au-dessus de quarante ans, l’incidence monte à 2 %. C’est-à-dire, sur chaque 100 personne âgée de plus de quarante ans, deux vont souffrir du glaucome.

Concernant cette maladie, il y a un liquide dans l’œil qui le nourrit et garde la pression stable. Avec l’âge, le drainage du liquide se bouche, ce qui donne suite à une accumulation du liquide dans l’œil. Donc, la tension de l’œil monte et endommage le nerf optique à l’arrière. C’est une maladie silencieuse qui ne donne aucun signe, jusqu’à ce que la personne ait perdu une bonne partie de son champ de vision. On peut éventuellement perdre la vue complètement si la maladie n’est pas traitée. Il est important de souligner que toute perte de vision est permanente. Donc, il faut détecter la maladie avant tout début de perte.

Justement, quels sont les traitements disponibles pour ces différentes maladies ?
Pour le glaucome, il y a des gouttes qui peuvent retarder ou même arrêter l’évolution de la maladie. Dans les cas avancés, il faudra recourir à la chirurgie. Concernant la rétinite pigmentaire, il n’y a aucun traitement. Mais il faut prendre en compte l’accompagnement et la réhabilitation du patient.

Et qu’en est-il de la cataracte, dont on entend parler si souvent ?
Je dois tout d’abord souligner que la majorité des cas de cataracte est due à l’âge. Toute personne vivant jusqu’à un âge assez avancé développera une cataracte.  Il y a des cas où la cataracte est due au diabète ou fait suite à un traumatisme, par exemple. Toutefois, la grande majorité est due à l’âge. C’est le cristallin, la petite lentille naturelle de l’œil qui s’opacifie. La cataracte se soigne très bien par la chirurgie de nos jours. Je dois souligner que même à Maurice, l’opération est très bien faite. Les patients peuvent se faire opérer à l’hôpital de S. Bharati de Moka gratuitement ou dans le privé.

Les lunettes vendues sur le trottoir déconseillées

Les lunettes vendues sur le chemin semblent remporter un certain succès. Ces « marsan linet » proposent leurs produits en bordure de routes et comptent, parmi leur clientèle, des personnes cherchant des lunettes de lecture. « C’est absolument à déconseiller », explique l’optométriste Gaëtan Li. Il considère que la prescription n’est pas appropriée, car le choix est fait purement par essayage sur le chemin.  « Les verres droit et gauche déjà montées sont de la même prescription, alors qu’en réalité, chaque œil a ses particularités », dit-il.

Gaëtan Li ajoute également qu’il n’y a aucune garantie quant à la qualité de ces lunettes. En sus ce cela, il n’y a pas de centrage optique pour garantir un confort visuel. « Cela peut donner une fatigue des yeux ou des maux de tête très conséquents ». Il précise également que ce sont surtout les personnes presbytes qui achètent de telles lunettes de lecture. Ils sont dans la tranche d’âge où les maladies des yeux deviennent plus fréquentes. De ce fait, en achetant des verres sans un examen des yeux chez un professionnel, ils brûlent l’étape où un contrôle régulier des yeux est important pour détecter et traiter ces maladies. 

Des journées pour sensibiliser

Le 4 octobre, c’était la Journée de la non et malvoyance, où il était important de faire comprendre la différence entre un non-voyant et un malvoyant. Il était aussi important de conscientiser le public aux problèmes auxquels les mal et non-voyants font face dans la vie quotidienne.

Le 13 octobre, ce sera la Journée de la vue. Cette année, le thème en sera  Stronger together. Donc, l’accent sera mis sur des programmes communs entre différents pays ou différentes spécialités telles que l’ophtalmologie et l’optométrie.

Le 15 octobre sera la Journée de la canne blanche. L’accent sera mis sur les difficultés des personnes utilisant une canne blanche, c’est-à-dire les non-voyants, et comment on peut les aider. Par exemple, tout le monde sait ce que c’est qu’une canne blanche. Qu’en est-il d’une canne blanche rayée de bandes noires ou de bandes rouges ? La canne blanche rayée de bandes noires est utilisée par les malvoyants et la canne blanche rayée de bandes rouges par les non et malvoyants qui sont aussi malentendants.

Les précautions à prendre

Le Mauricien ne prend pas assez soin de ses yeux, selon l’optométriste Gaëtan Li. Cependant, la situation serait mieux qu’il y a 10 ans, même si nous n’avons pas atteint la marge idéale d’un examen des yeux chaque année par un ophtalmologue ou optométriste. Cela  pour tous les conseils nécessaires.

Il préconise, entre autres, les mesures suivantes afin de ne pas abimer ses yeux. D’abord, se protéger les yeux à l’extérieur avec de bonnes lunettes de soleil. Cela en raison du fait que l’ultra violet devient de plus en plus un danger, avec la couche d’ozone qui diminue dans l’atmosphère et l’ultra violet moins filtré. Il affirme que cela peut causer des cataractes prématurées ou des dégénérations maculaires.

Pour ceux travaillant devant l’écran d’un ordinateur, il préconise des verres appropriées pour se protéger contre les radiations de l’écran, tels que l’anti reflets, l’anti EMI et le Blue Block. Cela même si on n’a pas besoin de lunettes de prescription.

Ceux qui travaillent dans la poussière ou font de la soudure, avec des perceuses ou sur les tours, où des morceaux de métal peuvent être projetés sur les yeux, devraient porter des lunettes de protection appropriées. Les équipements de protection sont indispensables pour éviter de vilaine blessure et le risque de perdre la vue, dit-il.

Dépistage

Un examen de vue peut être fait à n’importe quel âge. Jusqu’à l’âge de 16 ans, il est conseillé de faire un suivi annuellement et tous les deux ans à partir de 16 ans, si aucun problème n’a été décelé. En ce qu’il s’agit des diabétiques, l’examen doit se faire tous les ans. Pour les personnes ayant une cataracte ou autre pathologie, l’examen doit se faire en fonction de son évolution. à savoir que la cataracte ne progresse pas au même rythme pour tout le monde.