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Lovania Pertab de Transparency Mauritius : «Quand un ministre fait fi des procédures, c’est désastreux» 

Quels sont les enseignements à tirer des conclusions du rapport de la Commission d’enquête sur les ventes des actions de Britam (Kenya) ? Pour la présidente de Transparency Mauritius, Lovania Pertab, ce rapport doit être lu et analysé en différents volets. 

Quelle lecture faites-vous du rapport de la Commission d’enquête sur la vente des actions de Britam Kenya ?
Le Rapport Britam a une double face. Du côté pile, il pointe du doigt les manquements au niveau de certains ministères, comme l’exigence de tenir un dossier bien établi, avec les documents appropriés et la rédaction des délibérations avec tous les détails nécessaires. Cette remarque du rapport démontre que les ministres et leurs conseillers devraient suivre un « induction course » pour bien comprendre la manière d’opérer de la fonction publique et  la raison pour laquelle il faut respecter les procédures y découlant.

Le côté face du rapport démontre que ce document est lourd et qu’il est difficile à suivre, à cause, entre autres, de certains commentaires superflus. De plus, nous restons sur notre faim, car le rapport ne concerne qu’une partie de l’affaire BAI, tandis que nous aurions voulu découvrir toute la vérité. 

La Commission constate que la transparence et la redevabilité, qui font partie des huit critères de la bonne gouvernance, n’ont pas été respectées. Est-ce choquant vu que ces critiques sont faites contre le ministère de la Bonne gouvernance et du ministre d’alors ?
Il ne faut pas faire une lecture académique de la bonne gouvernance. Il est très important de mettre l’emphase sur la transparence de toute décision et le « accountability » de cette décision en matière de bonne gouvernance. C’est cette « accountability » qui va nous permettre de voir à quel point un service a été « customer oriented ». Bien évidemment, au niveau du service civil, cet « accountability » peut être evalué par le Bureau de l’Audit. Ces critères concernent toutes les décisions de tous les ministères.

Les nominés politiques sont souvent le fruit du népotisme"

Très souvent, des fonctionnaires se plaignent de l’ingérence politique. Le rapport vient remuer le couteau dans la plaie en faisant ressortir qu’ils ont été mis sur la touche laissant le champ libre à des nominés politiques et des contractuels. Quelles pourraient être les conséquences ?
Avec l’avènement des nominés politiques qui sont souvent le fruit du népotisme, la tentation de faire « ce que je veux » est grande. Il est grand temps de se pencher sur ce problème au niveau du service civil pour que l’efficacité et la transparence soient le maitre mot du secteur public. Quand le nominé politique se croit tout puissant, les risques de corruption augmentent grandement.

L’ex-ministre Roshi Badhain et son équipe sont pointés du doigt pour avoir eu un contrôle progressif sur le processus de vente des avoirs de Britam, par une procédure  et une loi trompeuse et sur les faits. De plus, un extrait du rapport fait état que :« Mr Ramtoola, the Advisers and the ex-Minister Bhadain did take themselves to be above Cabinet », dixit le rapport de la Commission d’enquête. Est-ce un reproche sérieux au gouvernement pour leur avoir donné carte blanche ?
Au niveau de Transparency Mauritius, tout ce qui va à l’encontre de la bonne gouvernance nous interpelle. Si, effectivement il y a eu manquement au niveau d’un ministre, il faut revoir quand commence la responsabilité du Conseil des ministres et quand commence celle d’un ministre individuellement. Quand un ministre fait fi des procédures, c’est souvent l’ego qui parle. Cela a des résultats désastreux pour la population, surtout lorsqu’il y a un manque à gagner pour le pays.

Ce rapport aborde la politisation des institutions qui est un autre mal de la gestion du secteur public, en déplorant que « NPFL Board was treated by as an ex post facto rubber stamping instrument. » À quoi attribuez-vous cette dérive ?
Transparency Mauritius attire l’attention de la population sur le phénomène de « State Capture ». Cela vient du fait que le gouvernement du jour pénètre et contrôle toutes les institutions du pays. Ces dernières, à ce moment-là, se comportent comme des pions et sont effectivement des « rubber stamps ».

Est-ce que les trois commissaires sont allés trop loin en avançant qu’il y a eu une tentative de gouvernance autocratique dans un gouvernement démocratique au nom de la bonne gouvernance ?
Déjà certaines instances internationales classifient le pays comme étant autocratique. Ceci n’est pas nouveau. La gouvernance autocratique est définitivement présente à Maurice. Il est impératif de revoir la constitution et les lois y afférant pour établir les nominations de façon transparente, en sélectionnant la personne la mieux qualifiée. D'ailleurs, c'est ce que revendiquent les jeunes et il faut les écouter.

Avez-vous l’impression qu’il y a une motivation politique dans ce rapport, comme dénoncé par l’opposition ?
Tout devient politique à Maurice et c’est vraiment dommage. Transparency Mauritius demande à la population de se comporter honnêtement, dans l’intégrité et la transparence sans se plier aux exigences de la politique partisane.

Quelles sont les leçons à tirer de ce rapport ?
En ce moment trop de choses vont mal dans le pays. Il est impératif que chacun apporte sa pierre pour faire avancer le besoin de la transparence dans les nominations ainsi que dans les prises de décisions. Transparency Mauritius, de par sa page Facebook, a déjà fait appel aux « publics officers » afin qu’ils se comportent selon l’éthique de leurs fonctions. L’institution les rappelle aussi qu’il est impératif de conserver leurs dossiers correctement.

 

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