Société

Éducation: l’enseignement perd-il ses lettres de noblesse ?

Le métier d’enseignant a changé, c’est un fait. Mais devant les nombreuses difficultés rencontrées, comme le manque de respect et l’indiscipline, certains enseignants abdiquent devant leurs responsabilités. Plusieurs d’entre eux estiment que la formation est inadéquate et ne les prépare pas à la réalité du terrain. Un enseignant qui fume du cannabis avec ses élèves et qui leur explique comment préparer un bong. Cette anecdote n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les enseignants ont souvent fait la Une des journaux, et pas pour les bonnes raisons. Certains ont été agressés alors que d’autres ont eu à faire face à de graves cas d’indiscipline. Autant de facteurs qui illustrent la complexité grandissante du métier. Pour certains enseignants, c’est l’indiscipline des élèves et le manque de respect qui poussent plusieurs d’entre eux à baisser les bras. D’autres estiment que les outils nécessaires pour affronter la réalité d’aujourd’hui leur font défaut. Ils sont soumis à des pressions auxquelles ils n’ont pas été préparés au cours de leur formation. Dépassés par la situation, beaucoup finissent par abandonner, après s’être lancés dans ce métier par vocation.

Le regard de la société change

[[{"type":"media","view_mode":"media_large","fid":"15478","attributes":{"class":"media-image aligncenter size-full wp-image-25999","typeof":"foaf:Image","style":"","width":"1280","height":"720","alt":"\u00c9ducation"}}]] Mais peut-on pour autant justifier ce renoncement ? Non, affirment des parents. Malini, dont le fils est en Std V, insiste : « Mon enfant ne peut pas être pénalisé par la perte d’intérêt de l’enseignant. Toutefois, les notes de mon fils reflètent le manque de rigueur de son professeur. Cette tendance ne date pas d’hier. Cela a commencé par des fautes laissées dans les copies corrigées et des absences parfois injustifiées. Je me demande à quoi d’autre je dois m’attendre. » Cette crainte est partagée par Michel, un autre parent. Sa fille fréquente un établissement secondaire public depuis son admission au secondaire. Elle est actuellement en Upper VI. Pendant les années que sa fille a passées au collège, ce père de famille nous explique qu’il a constaté une baisse du niveau de l’enseignement. « J’ai été choqué à plusieurs reprises par le comportement de certains enseignants de ma fille. Certains abdiquaient devant leurs responsabilités. La qualité de l’enseignement laissait à désirer. Nous avons soulevé ce problème à maintes reprises au niveau de l’association des parents d’élèves mais rien n’a été fait pour améliorer la situation. Nous étions concernés principalement par l’irrégularité de certains enseignants, le langage déplacé que certains utilisent, leur comportement mais, par-dessus tout, leur incapacité à gérer la classe. » Toutefois, c’est une autre version des faits que nous obtenons auprès des enseignants. Plusieurs soulignent que leur métier est désormais à risques. C’est ce que nous confirme Vinesh R., enseignant dans le secondaire depuis une dizaine d’années. Il explique que les jeunes sont de plus en plus difficiles et que les enseignants ont de moins en moins de moyens pour maintenir la discipline. « Il est très difficile de se faire respecter par les jeunes. Ils dictent leur propre loi et n’en font qu’à leur tête. On doit toujours innover et dégager de nouvelles techniques pour les discipliner. Il n’est pas du tout facile aujourd’hui d’être enseignant. Parfois, on se retrouve dans des situations où on a le sentiment d’être désarmé. On n’a d’autre choix que de laisser faire. Par conséquent, les élèves finissent par se sentir libres de faire comme bon leur semble en ignorant les directives des adultes. L’enseignant perd son autorité », affirme Vinesh R.

Domaine instable

Pour sa part, Yahya Paraouty, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (Upsee), soutient que l’enseignement est un domaine tout à fait instable et que la situation ne va pas s’améliorer de sitôt. Pour lui, c’est maintenant un fait. L’époque où les enseignants étaient vénérés par les élèves est révolue. « La société n’a plus le même regard sur le métier d’enseignant. Par ailleurs, les autorités compétentes ont pris plusieurs mesures qui n’ont fait que creuser cet écart. Tout porte à croire qu’elles ne protègent que les élèves et non les enseignants. Parmi ces derniers, beaucoup sont mutés, voire renvoyés, pour des raisons banales. Au fil des années, ce manque de considération n’a fait qu’aggraver la situation des enseignants. » Aujourd’hui, il y a une panoplie de lois qui protègent les enfants, mais certains en font mauvais usage. « Les enfants sont surprotégés par leurs parents. Ceux-ci ne se rendent pas compte du tort qu’ils font à leur progéniture en agissant de la sorte. Les élèves d’aujourd’hui abusent de leurs droits. Ils sont loin d’être conscients des responsabilités qui accompagnent leurs droits », estime le président de l’Upsee.

La formation doit être ajustée

Enseignant depuis 54 ans, Adeenarain Tatiah soutient que pour redonner ses lettres de noblesse au métier d’enseignant, il est primordial d’ajuster la formation à la réalité de la vie. Pour lui, les qualifications académiques seules ne font pas un bon enseignant. Celui-ci doit apprendre à cultiver de nombreuses qualités telles la maîtrise de soi, la patience et la fermeté. Ce n’est qu’à travers une formation étoffée et non fondée uniquement sur les théories pédagogiques, qui sont pour la plupart dépassées, que la situation s’améliorera, soutient-il. « Dès que je faisais mon apparition dans la classe, les élèves savaient qu’il n’était pas question de plaisanter avec moi. Quand on était dans ma classe, c’était pour travailler. C’est en raison des lois trop rigoureuses que le métier d’enseignant se complique aujourd’hui. Ces dernières sont uniquement en faveur des enfants, ce qui a affaibli les enseignants et engendré une attitude de laisser-faire : pourquoi se casser la tête quand les élèves n’en valent pas la peine ? C’est un état d’esprit tout à fait inapproprié pour un enseignant », déplore Adeenarain Tatiah. Et d’ajouter que pour arriver à une meilleure entente entre élèves et enseignants, il convient de donner à ces derniers les outils nécessaires et les préparer aux aléas du métier.  
 

Dr Om Varma, directeur du MIE: «L’enseignant doit être une personne qui inspire»

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Quelle est l’importance de la formation d’un enseignant ? Nous mettons beaucoup d’accent sur la formation des enseignants, surtout pour le Continuous Professional Development (CDP). Le domaine de l’enseignement évolue constamment et les enseignants ne peuvent pas rester dans leur bulle. Tout le monde semble savoir ce qui doit être fait, mais personne ne peut réellement prétendre savoir comment le faire. Le métier de professeur n’a pas été insensible à l’évolution. Il est indispensable de toujours se remettre en question et de mettre à jour les méthodologies. La formation est non seulement une étape impérative avant d’embrasser une carrière dans l’enseignement, mais aussi pour le parcours professionnel d’un individu. Un bon enseignant doit avoir la capacité de s’adapter à tous les changements et aux nouveaux défis de ce secteur. Quels en sont les musts ? La formation des enseignants est composée de plusieurs modules qui permettront à ces derniers de développer la capacité de transmettre la connaissance. Par des activités, on pousse les futurs enseignants à faire preuve de créativité. C’est pour cette raison que ceux qui sont concentrés uniquement sur le transfert du savoir ont des difficultés à satisfaire les exigences. Une autre facette importante de la formation est de comprendre son apprenant. L’enseignant doit pouvoir comprendre les besoins, les facultés et les capacités de chacun de ses élèves. Les enseignants ont également le devoir de constamment se remettre en question et de sans cesse renouveler leurs connaissances. De par les besoins du métier, le professionnalisme est un must. Tout ne vient pas de la formation. La personne doit y mettre du sien. Qu’est ce qui fait un bon enseignant ? L’enseignant doit pouvoir accorder toute son attention et sa concentration à son travail. Pour y arriver, il est important de se montrer humble et désireux d’apprendre. Pendant la formation, on accorde une grande importance à la réflexion, la pratique et la réévaluation constante de ses compétences en tant qu’éducateur. L’enseignant est en même temps une personne qui inspire, guide et qui est à l’écoute de l’apprenant. La réforme éducative veut que l’enseignement délaisse le côté traditionnel. Ainsi l’enseignant ne se contente-t-il pas de transférer les savoirs, il doit instaurer un climat de dialogue. Il doit être paré aux négociations et à faire des compromis. L’apprenant n’a pas la tête vide. Il dispose de connaissances que les enseignants doivent modeler et façonner.  
   

La GSSTU forme 150 profs

Les vacances scolaires sont l’occasion de remettre à jour ses connaissances. Dans cette optique, la Government Secondary School Teachers Union (GSSTU) a organisé, le mardi 5 avril, un atelier de formation intitulé « Leadership and Influence ». 150 enseignants issus de collèges d’État des quatre coins du pays y ont participé. Le but de cette démarche est de donner aux enseignants les outils nécessaires pour former des leaders de demain, selon Vikash Ramdonee, président de la GSSTU. « Nous avons besoin de nouveaux leaders dans divers domaines. Tout notre espoir repose sur la jeune génération. Mais pour que ces jeunes soient des leaders de demain, il faut les former dès aujourd’hui. Les enseignants ont de plus en plus besoin d’outils pour y arriver. La GSSTU a innové en proposant à ses membres un atelier de formation tenu par un expert en la matière, reconnu par la Mauritius Qualifications Authority (MQA). » Il n’y a pas eu de critères de sélection pour les participants, soutient Vikash Ramdonee. L’union syndicale a fait passer le message sur son forum, qui rassemble environ 1 400 enseignants de diverses régions du pays. « Ces enseignants ont manifesté un grand intérêt pour la formation. Nous avons dû refuser quelques candidatures, faute de place. Nous comptons tenir une deuxième session dans les jours qui suivent. La formation des enseignants sera faite à une fréquence régulière. Nous allons aborder les aléas du métier de professeur, dont l’indiscipline scolaire. »

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