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Anthony Leung Shing, Partner chez PricewaterhouseCoopers Ltd : «La croissance du pays tournera autour de 7 % cette année»

Le point négatif pour Maurice, en ce début d’année, provient de la consommation des ménages, qui a connu un déclin en janvier. Tel est l’avis d’Anthony Leung Shing. Pour le Partner chez PricewaterhouseCoopers Ltd, le plus grand défi du pays, c’est d’éviter une crise sociale.

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Selon de nombreux observateurs, la situation économique restera difficile pendant le premier semestre de 2021. Abondez-vous dans le même sens ?
La vaccination contre la COVID-19 est porteuse d’espoir, mais les différentes vagues et variantes du virus montrent à quel point le monde reste incertain. Ce sentiment d’incertitude est aussi exacerbé par les différents scandales sur le plan local et tout cela n’inspire pas confiance. Les programmes d’assistance, la période moratoire sur le remboursement, ainsi que les mesures de protection de l’emploi jusqu’à la fin du premier semestre temporisent l’impact de la COVID-19. Tout cela aura un effet retardateur et les plans de soutien devront continuer pour éviter que les entreprises ne tombent en faillite, sans compter le risque d’effet domino sur le plan social.

Les prévisions pour la croissance diffèrent selon les institutions. La Banque de Maurice table sur un taux de 7,9 % en 2021, Moody’s sur 7,8 %, UN World Economic Situation and Prospects sur 8,5 % alors que la Banque mondiale vise les 5,3 %. À quel taux peut-on s’attendre cette année ?
La lenteur de la campagne de vaccination est un frein à une reprise économique mondiale rapide. Mais le point négatif pour nous, en ce début d’année, provient plutôt de la consommation des ménages, qui a connu un déclin en janvier. Malgré cela, j’anticipe un rebond en 2021 et j’estime que la croissance du pays tournera autour de 7 %. Après un recul du PIB de 15 % en 2020, il faut souligner qu’en dépit d’une reprise en 2021, le PIB restera en dessous de son niveau de 2018. 

Le gouvernement étudie de nouvelles modalités quant à la réouverture des frontières. Un sujet qui divise les acteurs de la santé et de l’économie. Comment couper la poire en deux ?
Face à la menace représentée par les nouveaux variants apparus au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, de nombreux pays ont à nouveau fermé leurs frontières. La balance d’opinion entre la santé et l’économie reste un choix difficile, mais il ne faut pas croire que fermer les frontières est un outil miracle et sans problèmes. Dans les pays développés, la décision de contrôler les frontières peut aider à sauvegarder le fonctionnement du marché intérieur, mais pour une île Maurice dépendante du commerce international, le gouvernement semble privilégier l’aspect sanitaire. La campagne de vaccination aidera à apaiser les craintes, mais il faudrait l’accélérer et l’étendre. Ainsi, la vaccination et le concept de passeport vaccinal devraient permettre d’alléger les contrôles sanitaires et mener à une réouverture prochaine des frontières.  

Les plans de soutien devront continuer pour éviter que les entreprises ne tombent en faillite, sans compter le risque d’effet domino sur le plan social. "

Selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI), deux années très difficiles attendent le tourisme. Quel doit être la stratégie pour relancer le secteur au moment de la reprise ?
Pour le moment, la date de la levée des restrictions reste floue et, dans un premier temps, il faudrait établir un calendrier de réouverture ainsi qu’un plan d’action nationale. Avec le vaccin anti-COVID-19, de nouvelles règles sanitaires devront être mises en place, avec des directives gouvernementales claires. Un passeport vaccinal devrait être obligatoire pour pouvoir voyager. Cela éviterait ainsi la nécessité de quarantaine à l’arrivée au pays destinataire. Ce protocole est déjà en place dans certains pays comme les Seychelles, ainsi qu’une douzaine de pays européens. La digitalisation des démarches administratives sera aussi nécessaire pour fluidifier le passage dans l’aéroport et améliorer les conditions d’accueil et de sécurité sanitaire. Un e-visa permettrait un meilleur contrôle des ressortissants étrangers : le Kenya, par exemple, a rendu le visa électronique obligatoire en janvier 2021. Après l’introduction de ces nouvelles mesures, nous aurons besoin de lancer une campagne de promotion afin de rassurer sur les dispositifs de sécurité sanitaire mis en place. Toutefois, l’écosystème du secteur devrait aussi évoluer pour mieux répondre aux nouveaux enjeux touristiques de l’après-COVID-19 (commercialisation de l’offre, montée en compétences, innovation, développement durable) et le gouvernement pourrait lancer un plan de soutien visant à faire émerger des projets innovants.  

La situation au niveau de l’emploi préoccupe employeurs, employés et syndicats. Y a-t-il des inquiétudes à avoir malgré les mesures apportées par l’État ? 
Selon le dernier rapport de Statistics Mauritius, le taux de chômage était à 10,9 % en septembre 2020 (contre 6,4 % pour 2019). Les mesures de soutien, ainsi que le dispositif anti-licenciement, ont réduit l’impact économique de l’épidémie. Dans cette crise, le lien entre la baisse du PIB et la hausse du chômage est beaucoup moins fort qu’il l’est généralement pendant une récession. Ma crainte, c’est que lorsque les mesures de soutien à l’emploi s’arrêteront, le contrecoup soit dur. Notre plus grand défi, c’est d’éviter une crise sociale. Le rapport de Statistics Mauritius indique aussi qu’environ 30 % de salariés ont subi une baisse de revenus en septembre 2020, et 80 % des ménages ont des difficultés à couvrir leurs dépenses mensuelles. Il faudrait prolonger ou introduire d’autres mesures de soutien ciblées. 

Doit-on se tourner vers des mesures incitatives pour inciter les chômeurs à se lancer dans l’entrepreneuriat ?
La pandémie a induit des changements de comportement et, déjà, certaines opportunités s’ouvrent. Par exemple, des cuisiniers de restaurants fermés se sont mis à leur propre compte et les fournisseurs d’hôtels faisant maintenant des livraisons à domicile. La pandémie va aussi accélérer l’adoption des nouvelles technologies, l’innovation ainsi que le développement durable. Rendre l’entrepreneuriat plus accessible et favoriser le développement d’entreprises à travers des aides fiscales, un cadre législatif plus souple, ainsi qu’un dispositif d’accompagnement facilitant l’intégration des jeunes dans le monde de l’entreprise seraient de bonnes incitations. 

La question de bonne gouvernance est plus que jamais d’actualité. Il semble qu’il y ait une crise de confiance en nos institutions. Comment renverser la vapeur ?
Le climat des affaires s’est détérioré avec les derniers scandales et provoque de l’attentisme et de l’inquiétude chez les opérateurs économiques. La situation actuelle fait ressortir certaines faiblesses dans les règles de gestion, les systèmes de contrôle et les procédures. Nous devrions favoriser la réforme, introduire des solutions de gouvernance électronique ainsi que renforcer la coopération entre le gouvernement, le secteur privé et la société civile. 

Les préoccupations perdurent au niveau de l’inclusion de Maurice sur la liste noire. Peut-on espérer une éventuelle sortie cette année ? 
Depuis notre entrée sur la liste noire, le gouvernement a multiplié les efforts pour se conformer aux exigences du Groupe d’action financière (GAFI), mais c’est malheureusement trop peu, trop tard. Malgré le progrès accompli, le GAFI a pris la décision de garder Maurice sur la liste lors de la dernière réunion en février, et nous devons maintenant attendre la prochaine session en octobre. Avec 17 des 19 lacunes largement résolues, nous sommes en bonne voie de nous en sortir, mais le travail technique doit continuer de façon rigoureuse. Il est important aussi de garder ouvert un canal diplomatique afin de mettre toutes les chances de notre côté.

 

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