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Vijay Ramanjooloo : «Il y a un mal-être, nous régressons»

Vijay Ramanjooloo

Il dresse une analyse sans complaisance de notre société. Vijay Ramanjooloo, psychologue clinicien, est sans équivoque : en chacun de nous sommeille un criminel. Sans contrôle émotionnel, c’est le désastre.

Quel regard jetez-vous sur tous ces crimes survenus depuis le début de l’année ?
C’est toujours triste, malheureux et dramatique quand il y a perte de vie humaine dans le contexte d’un crime. Il est question de mort dans un contexte traumatique et violent, alors qu’on jouissait de la santé, etc. On ne peut s’empêcher aussi de faire ressortir que les victimes sont toutes des femmes tuées par un concubin jaloux, possessif.

Est-ce que le couple se désagrège, si oui pourquoi ?
La passion est une énergie puissante mais par définition …éphémère ! Elle est une phase normale au début d’une relation mais elle s’estompe naturellement au fil du temps pour laisser place à un autre type d’attachement. Et c’est là que les choses se compliquent.

Le sociologique Emile Durkheim fait valoir que « le crime est normal parce qu’une société qui en serait exempte est tout à fait impossible ». Est-ce que cette argumentation tient-elle la route chez nous ?
Ce constat de Durkheim est d’abord fondé sur l’expérience des ethnologues. Toutes les sociétés produisent des normes, des valeurs, c’est-à-dire une culture qui impose avec plus ou moins de force des manières d’agir aux individus. Et dans chaque société, dont Maurice, il se trouve aussi des individus qui transgressent ces règles de façon occasionnelle ou régulière.

Le crime est-il présent à travers toutes les classes sociales ? On remarque que les crimes touchent de plus en plus les régions rurales. Est-ce que la soupape a sauté ?
En nous basant sur le constat de Durkheim, on doit dire que le crime touche tous les individus, ce qui n’a rien à voir avec leur position géographique. Il y a un potentiel criminel chez chaque être humain. Et l’histoire de l’humanité est là pour le démontrer.

Dans l’esprit du mâle, la femme est l’objet du mari »

A quel moment un individu dit ‘normal’ passe-t-il à l’acte « criminel » ?
D’emblée, je tiens à souligner que, pour moi, la notion de normalité n’est pas neutre et difficile à définir, car elle est souvent associée aux représentations et à l’éthique d’une société. De même, chaque personne est unique et singulière et l’acte criminel aura certainement un lien avec son histoire personnelle, son processus de socialisation.

Le déclin des valeurs dites ‘morales’ a-t-il un rapport avec la criminalité ?
Oui, en effet, alors que le comportement des animaux serait entièrement régi par l’instinct, l’homme est bien plus déterminé par son intellect, sa culture et ses valeurs morales.

Le concubinage semble prendre le dessus sur le mariage dit normal et cela tourne au vinaigre. Explications…
Dans son esprit de mâle, la femme est l’objet du mari rejeté par elle. Elle le demeure, il ne peut souffrir que quelqu’un d’autre s’en empare. C’est hautement bestial.

Existe-t-il des signes/symptômes qui montrent qu’un individu s’apprête à commettre un crime ?
Cela dépend. Des fois oui, si on sait bien observer, et des fois non. D’autre part, ma longue expérience clinique du milieu carcéral m’a révélé la chose suivante : plus de 90 % des auteurs des crimes crapuleux sont … des first offenders.

A-t-on tous un germe criminel qui dort au fond de nous et qui peut se réveiller un jour?
 Dans la nature humaine, on a tous un potential criminal qui dort. L’homme est né avec ses pulsions bestiales, le désir de tuer l’autre. Les crimes atroces sont commis par des ‘first offenders’. Les recidivistes sont poursuivis pour des ‘assaults’ sans intention de tuer. 

Encourager le quotient émotionnel  »

Est-ce une théorie prouvée ?
Freud a dit que quand un bébé prend naissance, c’est un petit sauvage, il a besoin d’être socialisé, de respecter la loi. Les parents sont nos pieds et mains. Si on les coupe, eh bien…

Est-ce que l’incarcération peut-elle se présenter comme un châtiment approprié pour le criminel ?
Il y a une chose qui est importante, c’est l’incarcération. La prison est en principe un lieu de ‘safe custody and rehabilitation’. Nelson Mandela a dit que la prison était le coeur de la société.

Excusez du peu, mais on dit aussi que la prison est une université qui engrange la criminalité…
Cela depend de l’encadrement. Le système pénitentiaire est à revoir de fond en comble.

L’homme agirait-il comme une bête, un chef de meute qui ne tolère pas qu’on ose toucher à ses femelles?
Il existe une discipline qu’on surnomme éthologie, qui porte  sur l’étude du comportement des animaux. Et qui permet de saisir notre propre façon de  vivre en société. Ainsi, l’homme fonctionne comme le chef d’une meute de loups, qui fait ce qu’il veut et quand il veut. Il se conduit comme un Alpha, tout comme le chef de tribu chez les loups.

Y a-t-il un mal-être à Maurice ?
Les Mauriciens sont stressés. Il y a le ‘mental health’, qu’il faut contrôler pour son bien-être émotionnel. Il y a la ‘stop culture’ qu’il faut savoir mettre dans sa tête et non se laisser aller.

Le degré de criminalité et la nature de celle-ci reflètent-ils le niveau de développement d’une société ou ses travers ?
C’est symptomatique et il y a un mal-être dans notre société, on régresse.

Que peut-on y faire ?
Selon une étude de Harvard, il faut encourager pas tant le quotient intellectuel que le quotient émotionnel, qui englobe tout. Délaisser la culture de ‘sprint’ académique, au cœur d’un système éducatif dépassé. Inspirons-nous des pays nordiques. 

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