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Sylvio Lodoïska : «En tant que Mauricien je suis l’ami de tout le monde»

Sylvio Lodoïska Sylvio Lodoïska (Photos : Suraj Tataree)

Plus grand parmi les petits et plus petit parmi les grands comme il se décrit, le père Sylvio Lodoïska est le 5e d’une famille de dix enfants. Heureux d’être prêtre, il est d’avis que chacun a sa contribution à apporter pour construire la société.

Bien qu’il soit à son deuxième livre et qu’il ait rédigé de nombreuses chroniques pour l’hebdomadaire La Vie Catholique avec qui il collabore régulièrement, le père Lodoïska ne se considère pas pour autant comme un écrivain.

« Je suis plutôt un pédagogue, pas un littéraire », dit-il. D’où son choix de s’adresser avant tout aux enfants et aux jeunes dans les livres dont il est l’auteur : Dis-moi l’Esprit saint et Dis-moi le père Laval. « Mes prédications prennent la forme écrite, car je vois devant moi un autre public avide de cela. »

C’est en effet l’accueil qu’il a eu du public qui l’a conduit à écrire davantage et plus régulièrement. « C’est ce public que je visais qui m’a fait devenir ce que je suis. Nombreux sont ceux qui se retrouvent dans ce que j’écris. Ils apprécient aussi mon franc-parler », explique-t-il.

Comme beaucoup de Mauriciens, Sylvio Lodoïska a découvert le père Laval très jeune. Petit à petit, il s’est imprégné de sa mission et c’est ce qui le guide encore aujourd’hui dans sa vocation de prêtre. « Cela fait longtemps que j’ai un attachement pour le père Laval. Il reflète ce que je suis avec ce côté “dan mo kafe pena triyaz”. En tant que Mauricien je suis l’ami de tout le monde », fait-il ressortir. 

Ordonné prêtre le 6 août 1995 au monument Marie, Reine-de-la-Paix en compagnie du père Eddy Coosnapen, il considère qu’il est le prêtre de tout le monde. « Je suis tout à fait à l’aise avec ça », fait-il ressortir. Mais sa mission se fait, comme à l’époque du père Laval, avec la collaboration des autres. 

De g. à dr. Danielle Babooram, R. P. Maurice Labour, Vaco et Sylvio Lodoïska.
De g. à dr. Danielle Babooram, R. P. Maurice Labour, Vaco et Sylvio Lodoïska.

Selon lui, c’est sa naissance et sa vie dans le camp sucrier de The Mount à Pamplemousses qui a contribué à faire de lui ce qu’il est : un homme pluriel. « Au sein du camp sucrier, nous vivions comme frères et sœurs avec toutes les autres religions et cultures. Nous étions comme une famille », relate-t-il. 

S’il s’est beaucoup imprégné de la vie et de l’œuvre du père Laval, c’est pourtant un autre prêtre qui l’a incité à embrasser cette vocation. Se trouvant par hasard à l’église Sainte-Hélène à Curepipe il a été touché par les mots du père Abel Proger qui a dit un fameux 2 mai 1982 : « Les jeunes Mauriciens doivent devenir prêtres pour que Jésus puisse parler aux Mauriciens dans leur langue. » Cela a été le déclic et cette date est restée gravée dans sa mémoire. 

Curé de la paroisse Sacré-Cœur, à Beau-Bassin, le père Sylvio Lodoïska a aussi travaillé à Notre-Dame-de-l’Assomption, à Roche-Bois et à Saint-Malo, à Baie-du-Tombeau. Des localités où il apprit à vivre et à partager avec les paroissiens ce qu’il comprend de l’évangile. « Ce qui est important c’est d’être un pasteur et d’être parmi le troupeau également », estime-t-il.

Après sa deuxième publication, Dis-moi le père Laval, il n’écarte pas la possibilité d’une troisième œuvre. Mais pour l’heure il ne sait pas quelle forme cela prendra. 

sylvio lodoiska

La vie du père Laval conté le temps d’un pèlerinage

Dis-moi le père Laval ou Rakont-mwa per Laval est le fruit d’une collaboration étroite entre le père Sylvio Lodoïska, Vaco et l’équipe de l’hebdomadaire La Vie Catholique. Le livret qui a été lancé le vendredi 7 septembre permet de retracer la vie et les œuvres du bienheureux Jacques Désiré Laval qui est en passe d’être canonisé. 

C’est un récit simple, un dialogue entre une grand-mère et ses petits-enfants. En marchant de l’église Saint-Cœur-de-Marie à Petite-Rivière, localité où a été construite la première chapelle à l’initiative du père Laval, la grand-mère explique ainsi comment l’œuvre du père Laval a commencé.

Tout se déroule durant le pèlerinage que les trois vont faire ensemble que le peintre Vaco a illustré avec ses illustrations très colorées. Dans cette conversation on décèle aussi ce que représente le père Laval pour elle et pour l’île Maurice. Cela à travers le pèlerinage intérieur qu’elle effectue par son sacrifice : marcher jusqu’à Sainte-Croix au lieu de prendre l’autobus. 

Selon l’auteur, le père Sylvio Lodoïska, le père Laval peut être considéré comme l’ancêtre commun des Mauriciens, car il est vénéré par tous. « Le peuple de Maurice vient de différents horizons. Si nous avions un ancêtre commun, une figure à laquelle nous pouvons nous référer, cela aurait été un atout pour construire cette île Maurice. »

Il est d’avis que le père Laval ne peut être renfermé, car il a touché le cœur de tous les Mauriciens indistinctement de leur confession religieuse. Ce qui fait qu’aujourd’hui encore des pèlerins de toutes les communautés vont le vénérer.
« Le père Laval n’appartient pas à l’Église catholique », souligne d’ailleurs le père Lodoïska. Il considère ainsi le père Laval comme notre ancêtre commun, une figure qui regroupe tous les Mauriciens, car il transcende toutes les races et religions. « Il n’y a pas de rassembleur qui mobilise autant de monde que le père Laval », ajoute-t-il en précisant que le livre est publié dans le cadre du 50e anniversaire de l’indépendance de Maurice.

Le livre s’adresse à la fois aux enfants, aux adultes et à tous ceux qui s’intéressent à la vie du père Laval. Il est en français et en kreol morisien pour témoigner de la démarche qu’a faite le père Laval, un prêtre spiritain français en mission à Maurice, qui a appris la langue locale pour évangéliser les esclaves fraîchement affranchis et travailler avec les travailleurs engagés venus de l’Inde.

Avec le livre Dis-moi père Laval, Sylvio Lodoïska veut montrer le travail d’autonomisation entamé par celui-ci et qui a encore toute sa pertinence aujourd’hui. « Comme le père Laval a formé des auxiliaires et a su compter sur eux pour continuer sa mission, l’île Maurice compte sur chacun de nous pour se construire. Chacun doit prendre sa part de responsabilité pour faire de ce peuple ce qu’il doit être », explique-t-il. Il rêve que dans chaque localité il y ait des personnes responsables de la destinée de leur région.