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Rentrée scolaire ce lundi : un troisième trimestre plein de défis 

Les cours seront toujours en ligne pour tous les grades.

Après trois semaines de congé, quelque 212 000 élèves du primaire et du secondaire débuteront leur troisième trimestre ce lundi 10 janvier. Le trimestre s’étendra jusqu’au 29 avril alors que le calendrier scolaire 2020-2021, chamboulé par la crise sanitaire, prendra fin le 25 juin 2022. L’heure est aux défis pour les enseignants, les parents et les élèves.

La rentrée scolaire se fera en ligne, sur les chaînes de la MBC et à travers le Student Support Portal (SSP) pour tous les élèves du primaire et du secondaire ce lundi 10 janvier. 

Les cours en présentiel reprendront toutefois le 2 février pour les Grade 9, 9+, 11 et 13. Le chamboulement du calendrier scolaire 2020-2021 inquiète de nombreux parents. Car qui dit troisième trimestre, dit examens. Les enseignants parviendront-ils à aller au bout du programme ? Des élèves accèderont-ils automatiquement à la classe supérieure comme l’an dernier ? Quid du niveau ? Autant de questions qui taraudent les esprits en cette période d’incertitude due à l’épidémie de Covid-19. 

Marie, 37 ans, est mère d’une fillette en Grade 5. Cette dernière devra bientôt prendre part au Modular Assessment. À quelques semaines des examens, Marie ne cache pas son appréhension. « Je suis inquiète pour ma fille. On ne peut pas vraiment dire que les cours sont en ligne.

L’enseignant envoie des devoirs et les corrections, c’est tout. Il n’y a pas d’explication. Au final, les parents doivent se substituer aux enseignants. Or, ils n’ont pas tous le niveau d’étude suffisant. De plus, la plupart des parents travaillent et n’ont pas le temps », déplore cette habitante de Beau-Bassin. 

Marie est bien consciente que la situation sanitaire ne permet pas le retour des enfants à l’école pour le moment. Cependant, elle estime que les enseignants auraient pu prendre « plus au sérieux les cours en ligne ». « J’ai une nièce scolarisée dans une école privée. Le matin, il y a l’assemblée et on note les présences. Les élèves doivent obligatoirement être sur la plateforme et les enseignants exigent que les caméras et micros soient allumés. Ils s’assurent que les enfants suivent les cours. Ce n’est pas le cas pour ma fille dont l’enseignante ne fait qu’envoyer des devoirs sans animer une classe », se plaint-elle. 

Shehzada a deux enfants, en Grade 5 et Grade 8. Comme Marie, elle ne cache pas son inquiétude. « Je ne sais pas comment va se passer ce troisième trimestre. Déjà, il y a un manque d’engouement des enfants. Mais surtout, cela fait des mois que les cours sont en ligne et l’enseignant de mon enfant en Grade 5 n’a fait que créer un groupe avec tous les élèves. Au départ, il envoyait des devoirs qu’il ne prenait même pas la peine de corriger, et après quelques semaines, plus rien. Idem pour mon enfant en Grade 8. Je ne comprends pas cette attitude des enseignants, surtout qu’ils savent que les examens approchent », explique cette trentenaire du sud de l’île. 

Un autre parent d’élève, qui habite la capitale, observe une différence de qualité de l’enseignement à distance entre les écoles. « Mon fils est inscrit dans une école prestigieuse de Port-Louis. Les enseignants sont sérieux. En revanche, j’ai une nièce qui est dans une école en zone rurale et là-bas, l’enseignant ne dispense pas les cours. » Ce quadragénaire, cadre dans le secteur privé, pense aussi que les autorités n’ont pas été à la hauteur en matière d’éducation pour tous : « Le ministère de l’Éducation aurait pu, par exemple, prêter les tablettes dont il dispose aux enfants des familles défavorisées. Cela aurait permis que chaque élève puisse bénéficier des cours en ligne. »

Pour ces parents, ce troisième trimestre est rempli de défis. Non seulement pour les élèves qui se lancent dans une course contre la montre pour être prêts pour les examens, mais aussi pour les enseignants qui doivent compléter le programme scolaire en l’espace de 16 semaines. 

La parole aux élèves


Bhuvana Tatur, Queen Elizabeth College : « Les cours en ligne affectent notre santé »

« Les deux derniers mois de 2021 se sont révélés troublants pour les élèves avec l'arrêt soudain des cours. De nouveau face à nos écrans, on passe les trois quarts de la journée assis à suivre les cours en ligne. Cela affecte notre santé mentale et physique car tout le monde n’est pas en mesure d'acheter des appareils ergonomiques. Des études ont prouvé que les cours en ligne affectent aussi la nutrition de certains élèves. En effet, fixer l'écran réduit ou augmente l’appétit selon les personnes. Des élèves grignotent de plus en plus alors que d'autres refusent de manger. Le fait d'avoir des pauses de 15 minutes seulement pendant la journée amplifie ce problème. »


Teejvin Woodun, collège du Saint-Esprit : « La meilleure option pour l’instant »

« La fermeture, même temporaire, des établissements scolaires entraîne des effets nocifs sur le bien-être social et mental des élèves, particulièrement pour ceux dont les parents font face à des difficultés financières. Quant aux cours en ligne, ils restent certes notre ‘meilleure’ option pour l’instant, mais qu’en est-il des familles n’ayant pas les ressources (connexion Internet stable, ordinateur ou téléviseur) pour accéder aux portails d’apprentissage numérique ? Qu’en est-il des enfants auxquels a été promis une éducation démocratique et gratuite ? Ou des élèves qui n’arrivent pas à s’adapter à cette méthode pédagogique insolite ? En fin de compte, on peut constater que ce modus operandi est loin d’être pragmatique. »


Harrish Reedoy, président de l’United Deputy Rectors and Rectors Union.
Harrish Reedoy, président de l’United Deputy Rectors and Rectors Union.

La vaccination pour un retour à la normale

Harrish Reedoy, président de l’United Deputy Rectors and Rectors Union, affirme que tout est prêt pour le troisième trimestre. « La priorité est de compléter le programme scolaire. Ce sera beaucoup de ‘past papers’ et de révisions pour le National Certificate of Education, le SC et HSC. Les élèves peuvent aussi profiter des vidéos qui sont déjà disponibles sur l’Online Student Support Portal. Les enseignants feront également une évaluation des retards d’apprentissage et à partir de là, nous mettrons en place un plan de rattrapage. Toutefois, ce n’est que quand les enfants viendront en classe qu’on pourra faire les ‘remedial works’ », précise-t-il.

Il espère ainsi que tous les élèves pourront bientôt reprendre le chemin de l’école. Pour cela, il invite tous les jeunes de 12 à 17 ans à se faire vacciner au plus tôt. « Pour que les classes en présentiel reprennent, la vaccination du plus grand nombre est indispensable. » Le retour en classe, souligne-t-il, est important pour le bien-être des élèves « car ne pas aller à l’école, ne pas voir ses amis affecte la santé mentale ». 

En attendant, il lance un appel aux élèves pour qu’ils se montrent responsables car c’est leur avenir qui est en jeu. « Le ministère nous avisera en temps et lieu sur les examens et autres. Nous n’encourageons cependant pas la montée automatique dans la classe supérieure. Il faut une forme d’évaluation », estime Harrish Reedoy. 


Les enseignants souhaitent la coopération des élèves et des parents

Aaftab Tariq Jhungeer
Aaftab Tariq Jhungeer

Enseignante de français dans un collège privé à Curepipe, Lorna (prénom modifié) estime que cette rentrée est différente des autres. « Les élèves et même les profs sont un peu perdus par rapport à la continuité des cours. L’online teaching n’est pas une réussite dans tous les établissements scolaires. Par exemple, je travaille dans une école où pas mal d’élèves peinent à trouver de quoi se nourrir tous les jours. Comment peut-on s’attendre à ce que ces enfants aient Internet pour suivre les cours ? En tant que profs, on souhaiterait pouvoir offrir les mêmes opportunités à tous nos élèves, surtout dans cette période critique, mais la tâche est difficile », se désole la jeune femme d’une vingtaine d’année. 

Lorna continuera les cours en ligne et espère pouvoir faire un gros rattrapage à la rentrée en présentiel. Pour ce qui est des élèves qui ont la possibilité de suivre les cours en ligne mais qui ne le font pas, elle estime que les parents doivent jouer leur rôle. « Les enseignants ont besoin de la coopération des parents plus que jamais, car sans eux, c’est perdu d’avance. Les élèves sont déconnectés depuis plusieurs semaines et il faudra les ramener à la réalité via zoom. Je pense que si tout le monde s’y met (profs, parents et élèves), le résultat sera positif. »  

Aaftab Tariq Jhungeer enseigne l’anglais au collège Dar-Ul-Ma’arif à Curepipe. Pour lui, les cours en ligne étant une tendance émergente, il se doit de trouver les moyens de rendre ses cours intéressants, innovants et motivants. « J’utilise des ressources conviviales. Je motive mes élèves en me rendant disponible pour répondre à toutes leurs questions, car les cours en ligne signifient aussi, dans une certaine mesure, un apprentissage indépendant. Je couvre mon programme à la limite en restant constant dans les activités de la classe et je m’assure de corriger chaque tâche que mes élèves m’envoient. Cela les encourage en leur montrant que leur effort est pris en compte », explique-t-il.

Veeshty Baboolall
Veeshty Baboolall

Il n’est pas en faveur d’une obligation pour les élèves d’allumer la caméra de leur ordinateur car il sait que les enfants sont des situations diverses et que certains ne souhaitent pas montrer leur cadre de vie à leur professeur et à leurs camarades. « Le plus important est qu’ils s’engagent dans la classe en communiquant verbalement et en accomplissant les tâches. C’est bien mieux que de simplement les voir à travers des caméras, sans engagement réel. Nous traversons tous une période difficile mais avec une bonne planification et de la bonne foi, les enseignants et les élèves peuvent arriver à atteindre les objectifs », pense-t-il. 

Veeshty Baboolall, enseignante de français et de kreol morisien au collège Basdeo-Bissoondoyal à Flacq, concède que gérer les classes en ligne n’est pas une tâche simple. Pour s’assurer que ses élèves sont présents, elle en choisit un au hasard et lui pose une question à n’importe quel moment. « Comme en classe, des enfants ont l’esprit ailleurs, mais il y en a aussi qui ne suivent pas les cours. Quand je pose une question, je demande que la caméra soit allumée. Ensuite, l’élève peut l’éteindre », indique-t-elle. 

Elle affirme que dans son établissement, la présence des élèves en ligne est strictement contrôlée. « Si l’enfant n’est pas là à plusieurs reprises, ses parents sont avertis. Les parents ont un grand rôle à jouer. C’est dommage que certains se dédouanent de leurs responsabilités ou fassent preuve de laisser-aller », dit-elle. Veeshty Baboolall indique que pour la rentrée scolaire, elle commencera par des révisions car à chaque reprise, il faut rafraîchir la mémoire des élèves. 


Mansoor Kurrimboccus Mansoor Kurrimboccus :  « On n’a même pas couvert 30 % du programme »

Le vice-président de l’Union of Private Secondary Education Employees s’inquiète du retard pris dans la couverture du programme scolaire et plaide pour un retour à l’ancien calendrier scolaire. « Certes, le programme a été allégé, mais malgré cela, je ne pense pas qu’on pourra arriver au bout. On est déjà très en retard. On n’a même pas couvert 30 % du programme avec les cours en ligne. Le défi est de compléter les 70 % restants en seulement 16 semaines, alors que nous entrons dans la période des intempéries. Personne n’est en tort. C’est la situation qui est telle. Il serait toutefois préférable de revenir à l’ancien calendrier scolaire. Une partie des élèves serait perdante mais la grande majorité serait gagnante. »


Karuna Rajiah, psychologue.
Karuna Rajiah, psychologue.

Conseils aux élèves

La psychologue Karuna Rajiah donne quelques conseils aux élèves pour qu’ils puissent se donner à fond lors de ce troisième trimestre. 

  • Le temps perdu ne se rattrape jamais. Gérez bien votre temps pour ne pas en perdre. Chaque minute compte. Établissez un plan de travail et suivez-le avec application. 
  • Transformez en avantage le fait de devoir étudier à la maison. Il fait chaud et vous pouvez réviser à l’ombre d’un arbre ou dans un coin tranquille, calme et frais. Donc, profitez-en ! Vous pouvez aussi choisir de travailler tôt le matin, quand il fait moins chaud et que tout est tranquille. Votre niveau de concentration sera meilleur.
  • Prenez un bon petit déjeuner pour que des petits creux ne viennent pas interrompre vos révisions.

 

 

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