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Précarité et problèmes sociaux : ces grands-parents qui prennent soin de leurs petits-enfants contre vents et marées

Veena Bholah Veena Bholah se dit tranquille dans sa petite maison malgré ses difficultés.

Face au décès, au départ ou à l’absence des parents biologiques, ils se sont retrouvés du jour au lendemain avec leurs petits-enfants à leur charge. Malgré la vieillesse, la fatigue, et surtout les multiples problèmes financiers, ils ont décidé de ne pas baisser les bras. Ils n’ont peut-être pas grand-chose à offrir à ces enfants, mais ont beaucoup d’amour à donner. Une nouvelle année débute, de nouveaux défis se pointent à l’horizon…

« Avec le peu d’argent qu’on a, on arrive à payer les factures. Pour la nourriture, on mange ce qu’on a et, heureusement, les enfants ne sont pas difficiles »

Par amour ! Il n’y a pas d’autres mots qui puissent décrire les raisons pour lesquelles ces grands-parents, dans la plupart des cas des grands-mères, ont décidé de prendre sous leurs ailes leurs petits-enfants. Pourtant, la vie n’est pas rose tous les jours, comme nous l’explique Veena Bholah, 69 ans, une habitante de Vacoas. Depuis que sa fille a refait sa vie, elle s’occupe de deux enfants de son premier mariage. « Li pann kapav amen zot ek li. So misie pa dakor », dira-t-elle simplement.

Ses petits-enfants ont 12 et 13 ans. C’est elle qui veille sur eux depuis trois ans maintenant. Elle explique cependant que sa fille l’aide de temps en temps quand elle fait appel à elle. Elle refuse de commenter sur la décision de sa fille de tout quitter pour aller s’installer avec quelqu’un d’autre. Elle dira de manière générale : « Enn mama pa kapav kit so zanfan ale. Ek mwa an tan ki mama mo pa kapav abandon mo zanfan ek so ban zanfan. » Elle avoue cependant qu’elle s’inquiète de plus en plus : « Laz pe rantre e ninport kan mo kapav ferm mo lizie. Kisanla pou get zot lerla. »

Veena fait aussi face à des problèmes financiers. Elle ne peut compter que sur sa pension. Elle se dit chanceuse de ne pas avoir à payer de loyer. « Avec le peu d’argent qu’on a, on arrive à payer les factures. Pour la nourriture, on mange ce qu’on a et, heureusement, les enfants ne sont pas difficiles. » Son objectif, c’est de pouvoir assurer leur scolarité : « Mo anvi zot al lekol bien ek zot resi dan zot lavi pou ki zot kapav vinn indepandan e ki zot kont lor zot mem. »

Pour Lilette Moutou, travailleuse sociale, c’est une situation courante de nos jours. « On sait à quel point les grands-parents jouent un rôle très important pour les petits-enfants. Souvent, même si les enfants sont là, ils viennent à la rescousse en allant chercher les enfants à l’école et ou surveillant les enfants quand il faut. Parfois c’est voulu, d’autres fois c’est imposé, mais ils sont là. » Elle avance cependant qu’à un certain âge, il faut les grands-parents et les enfants se rendent compte qu’ils ne pourront plus le faire pour longtemps : « Malheureusement, beaucoup de ceux qui ont à leur charge leurs petits-enfants ne se rendent pas compte qu’il est important de voir plus loin, de prévoir ce qui se passera quand ils ne seront plus là. C’est aussi une manière de protéger les enfants. »


Jahmeel Peerally, activiste social : « La situation est alarmante »

Jahmeel PeerallyIl ne mâche pas ses mots pour décrire la situation précaire dans lesquelles vivent de nombreuses familles. Après avoir effectué des visites dans les quatre coins de l’île et tout récemment à Richelieu, l’activiste social Jahmeel Peerally estime que cette situation engendrera bientôt d’autres problèmes sociaux. « Ces familles sont déjà victimes de nombreux fléaux. Si ces grands-parents se retrouvent avec, à leur charge, leurs petits-enfants, c’est parfois parce qu’un parent est mort comme c’est le cas de la petite fille de 3 ans et de deux autres enfants dont je parlais sur les réseaux sociaux. Mais parfois d’autres problèmes viennent s’ajouter à la liste. Certaines familles sont malheureusement accablées par le fléau de la drogue. » Il explique que ces vieux parents sont doublement en détresse : « La drogue fait des ravages et cela fait mal au cœur de voir à quel point ces personnes souffrent. Elles voient leurs enfants s’engouffer dans le fléau de la drogue. Elles doivent alors prendre en charge les petits-enfants, même si elles n’en ont pas les moyens, voulant à tout prix les protéger. »

Jahmeel Peerally avance que, malheureusement, parfois il y a aussi des enfants qui sont livrés à eux-mêmes « car malgré toute la bonne volonté des proches parfois quand les familles vivent dans la misère, ils n’y arrivent pas ». « Quel avenir pour ces enfants ? » se demande-t-il.

Il ajoute qu’il est contre le placement des enfants dans des shelters et travaille actuellement sur un projet, L’arche de Noé, pour encadrer les enfants en détresse.


Témoignage

Elle a fait la manche depuis six ans

Son histoire a été révélée au grand jour il y a quelques mois et n’a pas laissé insensible de nombreux lecteurs. Jacqueline Gaspard, 82 ans, est connu comme la vieille femme qui fait la manche dans les rues de la capitale pour joindre les deux bouts. Habitués à voir ce visage qui, au fil du temps, a fini par fondre dans le décor, de nombreux passants qui la croisaient régulièrement ne savent pas les raisons qui l’ont conduite à cette situation.

Depuis la mort de son fils, qui a péri en mer alors qu’il s’était rendu au Sri Lanka pour le travail, elle s’est retrouvée à s’occuper de son petit-fils toute seule. Alors qu’elle pensait pouvoir jouir de sa retraite, avec un enfant sur les bras, les difficultés financières lui rendent la vie difficile. Elle doit, entre autres, faire les frais de sa scolarité et autres dépenses. « C’est très dur pour moi. C’est vrai que j’ai essayé de trouver un emploi, mais malheureusement personne ne veut m’employer à cause de mon âge. Je ne peux pas le laisser mourir de faim. Je n’avais pas le choix. J’ai dû solliciter l’aide des gens. Les personnes vous aident une fois deux fois et puis, eux aussi ont leurs problèmes et ne peuvent plus rien faire pour nous. C’est ce qui m’a finalement conduit à la rue », a-t-elle raconté.

Jacqueline relate que de nombreuses fois, elle s’est fait insulter, mais elle avance qu’à chaque fois qu’elle arrive à faire sourire son petit-fils, son cœur se remplit de joie et elle oublie toutes les mésaventures de la journée.

Elle craint, elle aussi, de fermer les yeux, alors que son petit-fils n’est qu’un adolescent. « Mo prie bondie gard mwa ankor inpe », dira-t-elle pour conclure.


Jamais sans mes petits-enfants

La maison en ruine d’Angela. La misère les oblige à continuer à habiter cette maison.
La maison en ruine d’Angela. La misère les oblige à continuer à habiter cette maison.

Jamais sans mes petits-enfants ! Cette phrase pourrait résumer la détermination d’Angela Berthelot, plus connue comme Sheila. Cette grand-mère de 54 ans a six petits-enfants à sa charge, alors qu’elle a deux enfants qui sont toujours à sa charge. Elle fait face à cette situation depuis deux ans maintenant. C’est une décision qu’elle a prise pour éviter que ses petits-enfants ne se retrouvent dans un shelter, car sa fille ne peut plus s’occuper d’eux.

Cette veuve, qui travaillait auparavant comme garde malade, a dû se résoudre a également abandonner le travail, car certains des enfants sont encore en bas âge. Elle compte sur l’aide sociale, un peu d’aide de ses enfants et des généreux donateurs, pour que les enfants puissent manger à leur faim.

Angela Berthelot, une grand- mère au cœur d’or. Elle fait de son mieux pour subvenir aux besoins de ses petits.
Angela Berthelot, une grand- mère au cœur d’or. Elle fait de son mieux pour subvenir aux besoins de ses petits.

Comble de malchance, elle doit aussi trouver une maison pour y vivre avec ses petits-enfants, car les propriétaires des lieux réclament leur maison. Celle qui y habite depuis 20 ans explique qu’elle ne cesse de frapper à toutes les portes pour trouver une solution : « Nous serons bientôt à la rue. Comment donc faire avec tous ces enfants ? » Elle conçoit que la maison dans laquelle elle vit pour le moment n’est pas en bon état, mais elle dit ne pas avoir le choix. Effectivement, elle est dans un piteux état, le plafond à quelques endroits ayant cédé et les murs étant fragiles. Elle ne contient que le strict minimum pour permettre à la famille de ne pas dormir à la belle étoile. « Nous passons la plus grande partie de notre temps dans la cour, à l’ombre des arbres ou dans la petite cuisine que nous avons aménagée. Pour dormir, nous avons de vieux lits et des matelas et aussi des vieux sofas. » Elle explique donner la priorité aux enfants pour leur confort.

En ce début d’année, Angela explique que sa priorité est aussi de faire en sorte que les enfants aient suffisamment à manger et puisse se rendre à l’école sans grande difficulté. Malgré la misère, vous l’aurez compris, Angela est une femme remplie de courage, qui refuse de baisser les bras. « Ces enfants comptent sur moi. Même si je le voulais, je ne peux pas m’asseoir et attendre que des jours meilleurs nous sourient. Ainsi, je ferai en sorte de mon vivant qu’ils ne soient pas malheureux et jamais je n’accepterai qu’ils soient séparés de moi. C’est mon devoir de prendre soin d’eux », explique-t-elle.


Ferial Ramjaun, travailleuse sociale : « Avec tous les problèmes sociaux, beaucoup d’enfants sont en difficulté »

Ferial RamjaunTravailleuse sociale dans diverses régions de l’île, Ferial Ramjaun estime qu’il faut un plan intégré pour lutter contre la pauvreté à Maurice. « On ne peut pas continuer à ne faire que des petites choses de manière isolée. Il faut un plan national. » En ce qui concerne ces personnes âgées en difficulté, elle estime que le nombre continuera à augmenter. « Avec tous les problèmes sociaux, beaucoup d’enfants se retrouveront en difficulté. Effectivement, nous ne pouvons pas continuer à créer des shelters pour y entasser les enfants. Il faut trouver d’autres alternatives. Je pense qu’il faut encourager la famille proche à s’occuper de ces enfants pour qu’ils puissent être mieux encadrés et ne pas perdre leurs repères. Cependant, il faudrait que les autorités puissent, de leur côté, s’assurer d’un bon suivi au sein des familles. »

Elles avancent qu’on ne peut pas enlever des enfants de leurs familles simplement parce que ces familles sont pauvres. « Je comprends ces grands-mères, et elles ont raison de faire des efforts pour que ces enfants ne soient pas seuls. Je pense que les autorités devraient leur donner des allocations, comme pour les familles d’accueil, pour qu’ils puissent s’en sortir. Il ne faut pas les séparer juste parce qu’elles n’en ont pas les moyens. »

Ferial Ramjaun concède que la CDU a beaucoup à faire en ce moment avec les nombreux cas. Elle suggère qu’une autre unité soit mise sur pied pour l’encadrement des familles en détresse de manière professionnelle, afin de les aider à prendre elles-mêmes en charge leurs enfants, au lieu de les séparer.

Jeunes mamans devenues grand-mères

Malgré leur âge, elles n’ont pas eu d’autres fois que de s’occuper de leurs petits-enfants, tout en devant encore subvenir aux besoins de leurs filles devenues mère à 12 et 14 ans. Nicole et Madeleine, de Résidence La cure, expliquent qu’elles ne peuvent pas abandonner leurs enfants : « Nous sommes déjà très pauvres, mais nous allons travailler pour que ces enfants ne manquent de rien. » Elles ajoutent que leur priorité est que les filles puissent reprendre le chemin de l’école ou au moins suivre un cours et ne pas rester à la maison. Pour cela, elles sont disposées à surveiller les enfants, quand il le faudra.

 

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