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Monde du travail : Analphabètes hier, employés heureux aujourd’hui 

Sans diplôme, pas d’emploi, dit-on. Mais, comment décrocher un job ou encore faire carrière quand, à la base, on ne sait ni lire ni écrire voire très peu ? Le parcours de Sylvain, Priscilla, Pravesh et Stacy démontre que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais. Voici leur histoire.


Priscilla Lacharmante ou la volonté de réussir 

PriscillaAvec sa mère qui devait élever seule ses quatre enfants, Priscilla Lacharmante, une habitante de Notre-Dame, à Montagne-Longue, ne pouvait pas toujours partir à l’école. D’ailleurs, elle n’a pas fait le CPE en raison des difficultés financières de sa famille. Elle se retrouve alors mariée à l’âge de 15 ans et devient la mère de deux filles.

Mais, tout va changer pour Priscilla Lacharmante, qui est aujourd’hui âgée de 40 ans, quand elle obtient un emploi de Laundry Attendant dans un hôpital (Ndlr : auparavant, elle travaillait comme bonne à tout faire). « Mon salaire était versé en banque. Or, j’avais des difficultés quand je devais faire des retraits, voire même des dépôts. Par ailleurs, c’était également la mer à boire pour moi quand je devais remplir la fiche des local ou sick leaves. Bref, le besoin de me remettre à niveau se faisait cruellement sentir », indique-t-elle. 

C’est pourquoi elle n’hésitera pas à suivre un cours d’alphabétisation quand l’occasion se présentera en 2016. D’ailleurs, elle a passé le Primary School Achievement Certificate (PSAC) l’an dernier. Des examens qu’elle a réussis. « C’est une grande fierté », souligne-t-elle. Aujourd’hui, Priscilla espère obtenir une promotion dans son travail. « J’ai d’ailleurs postuler pour devenir soit Hospital Servant ou cuisinière. Cela fait un bien fou de pouvoir remplir soi-même sa lettre de candidature. En sachant lire et écrire, je suis devenue plus autonome. A titre d’exemple, je vais à la banque sans devoir à dépendre de quelqu’un pour remplir mes formulaires. J’encourage les gens qui, comme moi, n’ont pas pu poursuivre leurs études de ne pas abandonner. Un cours d’alphabétisation leur permettra de progresser », conseille-t-elle.


Sept raisons pourquoi certains adultes ne savent ni lire ni écrire

  • Trop d’élèves dans une seule classe.
  • Le fait de trop changer d’école.
  • Des problèmes de mémorisation.
  • Des difficultés d’ordre médical.
  • Le manque de temps des enseignants pour consacrer plus d’heures aux enfants qui ont besoin de temps pour apprendre.  
  • La promotion automatique même si l’enfant échoue aux examens.
  • La précarité et les difficultés financières.

Pravesh : « Je compte évoluer dans le secteur éducatif »

Pravesh, un habitant de Vacoas de 39 ans, ne garde pas de très bons souvenirs de l’école. « Comme je ne comprenais pas certaines choses, on me mettait assis à l’arrière de la classe. Je ne savais pas grand-chose. D’ailleurs quand je regardais des dessins animés, il y avait beaucoup de mots que je ne comprenais pas. J’ai échoué deux fois mon CPE », relate-t-il. Pour ne pas rester oisif, Pravesh va faire plusieurs petits boulots : mécanicien et laboureur, entre autres. Des emplois souvent précaires. « Je voulais obtenir un emploi fixe et c’est pourquoi j’ai suivi un cours d’alphabétisation quand un ami m’en a parlé. Je dois toutefois préciser que j’ai eu quelques hésitations avant. Je me demandais si j’allais pouvoir m’adapter à mon âge », se rappelle le jeune homme. Il décide finalement de franchir le pas. Nous sommes alors en 2015. « Je n’avais rien à perdre. Au contraire, j’avais tout à gagner d’autant plus que l’éducation est devenue très important quand on est à la recherche d’un emploi », fait-il ressortir. 

Si Prakesh continue à suivre le cours à temps partiel, il note déjà beaucoup de changement dans sa vie. En effet, en sachant aujourd’hui lire et écrire, le jeune homme est plus apte à tenir une conversation. « J’ai vaincu ma timidité et je communique mieux », souligne-t-il. Autre changement non négligeable : « J’ai obtenu un emploi de General Worker dans un collège. Je devais remplacer quelqu’un. Quand il est retourné, j’ai obtenu un autre emploi de General Worker dans un autre collège. Je suis actuellement sous contrat. J’espère être recruté sur une base permanente ». 

Il faut dire que ce job permet à Prakash de s’améliorer davantage sur le plan éducatif. « J’écoute les professeurs quand ils font leurs classes. J’apprends d’eux ainsi que des élèves. Mon but sur le plus long terme, c’est de passer le HSC et d’évoluer dans le secteur éducatif », indique notre interlocuteur.  C’est tout le mal qu’on lui souhaite !


Stacy Chengadu : « J’envisage de me lancer dans la pâtisserie »

StacyDes cours en pâtisserie, en kitchen gardening, en Egg Production, en Home Economics, en Healthy Lifestyle… Ce sont autant de formations que Stacy Chengadu a suivies. Elle envisage de prendre des cours de cuisine, mais aussi des formations plus pointues en pâtisserie. Difficile de croire que cette habitante de Cité Vuillemin de Quartier-Militaire, qui est animée par la soif d’apprendre, a abandonné ses études. « J’étais en Forme II quand j’ai décidé de tout arrêter. Je n’avais pas le niveau pour continuer », explique Stacy Chengadu. 

Cette jeune femme de 25 ans restera alors à la maison avant de se marier plus tard et d’avoir deux enfants, un garçon et une fille, aujourd’hui âgés de 9 ans et 5 ans respectivement. « Comme mes enfants avaient grandi, j’ai décidé de suivre un cours d’alphabétisation en 2017 et 2018, soit le niveau I et le niveau II », relate Stacy Chengadu. Ce qui va la motiver à chercher un emploi. Elle en décrochera un, soit en tant que Kitchen Helper, dans un restaurant à Saint-Pierre. Mais, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Mon objectif, c’est de me lancer dans la pâtisserie. Je compte suivre d’autres formations », indique-t-elle. 

Tout est possible à celui qui entreprend, soutient la jeune femme. « Je ne connaissais pas grand-chose. Aujourd’hui, j’ai un emploi et j’envisage de créer mon business. Aux illettrés ou peu instruits comme c’était mon cas, je leur dis : n’abandonnez jamais », conclut Stacy Chengadu.


À ce jour, plus de 15 000 Mauriciens ont suivi les cours d'alphabétisation de Caritas Ile Maurice.
À ce jour, plus de 15 000 Mauriciens ont suivi les cours d'alphabétisation de Caritas Ile Maurice.

Où suivre des cours d’alphabétisation - Caritas Ile Maurice : 500 à 600 personnes formées chaque année 

  • La formation offerte : Depuis plus de 30 ans, Caritas Ile Maurice offre des cours d’alphabétisation fonctionnelle aux adultes analphabètes. Objectif : leur apprendre les bases de la lecture et de l’écriture afin qu’ils soient plus autonomes dans la vie quotidienne (remplir un formulaire, lire les destinations de bus, lire le dosage d’un médicament, etc.). « Notre cours d’alphabétisation, ce n’est pas simplement montrer à un adulte à lire et à écrire, c’est lui montrer COMMENT lire et écrire. C’est ce qui manque dans notre système éducatif », avance Josian Labonté, responsable du programme d’alphabétisation fonctionnelle de Caritas Ile Maurice. À ce jour, plus de 15 000 Mauriciens ont suivi ce cours. Environ 500 à 600 personnes sont formées chaque année. Caritas offre parallèlement des cours d’alphabétisation dans une dizaine de compagnies par an. « Nous touchons une centaine d’employés à travers ces formations », indique notre interlocuteur. À savoir que ces formations sont dispensées par des bénévoles (Ndlr : Caritas compte une quarantaine de bénévoles qui ont été formés pour pouvoir enseigner aux apprenants). Notons que les apprenants reçoivent une attestation approuvée par la Mauritius Qualifications Authority à la fin de la formation.
     
  • Les lieux où suivent la formation : Le cours est offert dans une vingtaine de centres à travers l’île. Les intéressés peuvent suivre des formations : les lundis et jeudis au Centre Nazareth à Tranquebar, les lundis et vendredis à la salle paroissiale de Saint-Pierre, les lundi et jeudi au Centre du Savoir à Cité La Cure, les lundi et jeudi à la salle paroissiale de St-Patrick à Rose-Hill, les lundi et jeudi au Centre Pr Robert Giraud à Roche-Bois, le lundi à la salle paroissiale Visitation à Vacoas, les lundi et mercredi au centre communautaire de Terre-Rouge, le mardi et le vendredi au centre communautaire de Grand Sable, les mercredis et vendredis à la salle paroissiale St Sauveur de Bambous et les jeudis à la salle paroissiale Pr Lebeau à Mont Roches. 
     
  • La durée de la formation : La formation, d’une durée de 50 heures (équivalent de trois mois) à 200 heures (environ une année et demie) dépendant de la disponibilité des bénévoles, est offerte deux fois par semaine. Chaque session dure deux heures. 
     
  • Le coût de la formation : La formation est gratuite.

Sylvain Auleebux : l’homme aux trois emplois 

Il y a encore quelques années, Sylvain Auleebux, un habitant de Cité Malherbes de 48 ans, ne savait ni lire ni écrire. Ce qui posait problème pour le chauffeur de taxi qu’il est. Comment conduire au bon endroit un client quand on n’arrive pas à lire les noms de lieux sur des panneaux ? 
C’est d’ailleurs pour cette raison parmi d’autres que Sylvain Auleebux décide de suivre un cours d’alphabétisation environ six ans de cela. « C’est une connaissance qui m’a parlé des cours qu’offrait Le Centre du Savoir. J’ai donc saisi l’occasion », avance-t-il. Ce père de trois enfants, âgés entre 8 et 20 ans , va ainsi apprendre l’alphabet, les chiffres, la composition et le sens des mots, entre autres. « Cette formation m’a permis d’écrire mon nom, de remplir des formulaires à la banque, de lire les indications pour me rendre à tel ou tel endroit... C’est une grande sensation. Je suis fier de moi-même », avance-t-il. 

Pour Sylvain Auleebux, le fait qu’il est aujourd’hui instruit est un grand pas en avant. « J’avais échoué au CPE. Par la suite, ma famille m’a inscrit dans école privée pendant trois ans. Toutefois, quand il a fallu refaire le CPE, l’enseignante m’a dit que je n’avais pas le niveau », relate-t-il.

Découragé, Sylvain se retrouve sur le marché de l’emploi. Il cumulera alors plusieurs emplois : soudeur, tôlier, etc. « J’ai aussi suivi deux formations en soudure au Mauritius Institute of Training and Development (MITD). J’ai obtenu entre 85 points et 90 points lors de mes examens. Ce qui n’aurait pas été possible si je n’avais pas fait des cours d’alphabétisation », fait ressortir notre interlocuteur. 

Aujourd’hui, Sylvain Auleebux cumule trois métiers : soudeur, chauffeur de taxi, mais aussi gérant d’une tabagie. « Il y a environ cinq ans, je gère avec mon épouse une tabagie. Le fait d’être lettré m’aide énormément dans la gestion de ce commerce », fait-il ressortir. C’est pourquoi il encourage les analphabètes à suivre des cours d’alphabétisation. « C’est un moyen de venir autonome et de progresser dans la vie », conclut notre interlocuteur. 


Le Centre du Savoir  : Formation à trois niveaux 

  • La formation offerte : Le Centre du Savoir, qui a été fondé par Madame Ella Utile en 2007 et qui compte sept formateurs, offre des cours d’alphabétisation fonctionnelle pour des adultes de 17 ans à monter. La formation, reconnue par la Mauritius Qualifications Authority (MQA), est divisée en trois niveaux. Le premier niveau est axé sur la base, le deuxième niveau met l’accent sur l’écriture, l’oral et la lecture et le troisième niveau est plus lié aux thématiques choisis par l’apprenant. La formation débutera au mois de mars cette année (Ndlr : le calendrier est en train d’être finalisé). Après cette formation, les apprenants ont la possibilité de suivre une formation plus poussée, intitulée alpha +. « À ce jour, nous avons formé plus de 1 450 personnes ainsi qu’une centaine de personnes en entreprise », indique Ella Utile, la fondatrice de Le Centre du Savoir. 
  • Les lieux où suivent la formation : Trois endroits à Curepipe notamment au Collège Notre Dame ou encore à la Rue Thomy d’Arifat. La formation est également offerte dans d’autres régions de l’île : deux endroits à Pamplemousses, à Notre-Dame à Montagne Longue, à Camp La Boue à Montagne-Longue, à Bois-Pignolet à Terre Rouge, à Bramsthan, à Grand-Port et à Rose-Belle. 
  • La durée de la formation : La formation dure 15 mois à raison de deux sessions par semaine. Il faut compter deux heures par session. 
  • Le coût de la formation : La formation est gratuite. À savoir, toutefois, que la formation est sponsorisée par des partenaires (Rotary Club, Fondation Espoir Développement, Lions Club, National Empowerment Foundation, Auxiliaire, entre autres).

Ledikasyon pu Travayer : La formation débute ce mois-ci 

  • La formation offerte : Ledikasyon pu Travayer propose des cours de literacy depuis les années 77. Le but étant d’aider à l’émancipation et à l’épanouissement des apprenants. « Nous mettons plus l’accent sur l’écriture que sur la lecture. Ainsi, l’apprenant a un rôle actif dans le cours », explique Alain Ah-Vee, membre du comité exécutif de Ledikasyon pu Travayer. Pour chaque formation, Ledikasyon pu Travayer forme en moyenne une quinzaine voire une vingtaine de personnes. A ce jour, plusieurs milliers de personnes ont été formées. 
  • Les lieux où suivre la formation : Les cours débuteront ce samedi 3 mars de 10 h 30 à midi au bureau de Ledikasyon pu Travayer à GRNO à Port-Louis.  
  • La durée de la formation : Cinq mois. La formation a lieu chaque semaine et il faut compter 1h30 par session. 
  • Le coût de la formation : Il faut payer un droit d’entrée de Rs 10 et Rs 10 additionnelles pour chaque mois de formation.

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