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Le suicide et les jeunes : comment leur venir en aide ?

suicide

Les récents cas de suicide chez la jeune génération interpellent. Les causes sont diverses et les autorités concernées multiplient les efforts en matière de prévention. Que faire pour mieux comprendre ces jeunes désespérés afin de les aider ?

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La psychologue Vidhi Bekaroo.

Une chambre qui n’a presque pas changé… Des effets personnels ici et là. Des photos qui habillent encore les murs. Sur certaines, on voit une belle demoiselle. Selon ses proches, I.C., 30 ans, croquait la vie à pleines dents et rien ne laissait prévoir qu’elle allait mettre fin à sa vie. Son père confie : « Il y a deux ans, elle est partie avec son secret. Nous avons encore des questions et nous n’avons pas fait le deuil. »

Le suicide n’a pas de visage et il peut affecter n’importe quelle famille. Pas plus tard que la semaine dernière, un jeune de 20 ans s’est donné la mort quelques jours après qu’une jeune étudiante s’est tuée par pendaison. Le nombre de suicides chez les jeunes fait peur. Pourquoi cette tendance et que pouvons-nous y faire ?

Selon la psychologue Vidhi Bekaroo, les jeunes sont très fragiles et pas bien armés pour faire face aux difficultés. « La société est en partie responsable de cette situation, car malheureusement, nous ne faisons pas assez d’efforts pour contrer ce problème. Il faut plus de campagnes de sensibilisation et des formations tant pour les jeunes que pour les éducateurs et les parents. Ces derniers doivent savoir comment reconnaître les signes chez leurs enfants afin qu’ils aient le temps de chercher de l’aide avant qu’il ne soit trop tard. Les adultes doivent être informés de tous ces signes que sont l’anxiété, l’isolement, etc. »


José Emilien, président de Befrienders: «Huit personnes sur dix montrent des signes»

psycologueLe suicide est-il toujours tabou ?
Beaucoup plus de personnes osent aujourd’hui en parler même s’il demeure un sujet tabou. C’est le constat que nous faisons lors de nos causeries à travers l’île. Certaines personnes continuent à utiliser des arguments religieux et superstitieux pour en parler. Or, une personne qui arrive jusqu’au suicide est quelqu’un qui est à bout après avoir fait face à des problèmes depuis un bon bout de temps et qu’il n’a pu gérer. C’est pour cela que nous encourageons les gens à parler de leurs problèmes avec des professionnels afin de ne pas laisser la situation empirer.

Comment détecter les signes chez une personne suicidaire ?
D’après les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les études démontrent que huit personnes sur dix montrent des signes. Verbaux et non-verbaux. Par exemple chez les jeunes, on peut noter une baisse de performance scolaire et un repli sur eux-mêmes. Chez les jeunes comme chez les adultes, on peut aussi constater un comportement violent, un refus de socialiser, de la négligence dans la manière de s’habiller. Certains, surtout les adultes, distribuent leurs affaires et surtout celles auxquelles ils tiennent beaucoup. D’autres deviennent anorexiques ou boulimiques. Il faut savoir noter ces changements sur la durée.

Parmi les signes verbaux, ce sont des phrases comme ‘Monn plin ek mo lavi, mo nepli kapav ek sa lavi la, mo nepli anvi viv… Dans ces cas-là, c’est important de ne porter aucun jugement ou de banaliser ces dires. Il faut surtout ne pas répondre ‘Aret koz nimport do’, ou ‘res trankil’. 

Quelles sont les raisons qui peuvent pousser une personne au suicide ?
Les raisons sont multiples et, souvent, elles se ressemblent souvent. La fin d’une histoire d’amour, une rupture, le décès d’un proche ou d’un animal domestique, une perte d’emploi, tout cela peut générer des tendances suicidaires. Nous vivons aujourd’hui dans une société stressante où les gens travaillent de très longues heures et ne prennent pas assez de temps pour eux.

Puis, il y la dépression. Beaucoup de personnes hésitent à chercher de l’aide quand elles sont dépressives. ‘Zot panse ki dimoun pou tret zot de fou’. La dépression est une maladie comme une autre et les malades ont besoin de soins.

Comment réagir face aux chantages émotionnels ?
Certaines personnes font face à ce genre de chantage quand il y a des ruptures amoureuses. Il faut que les gens comprennent qu’on ne peut forcer une autre personne à rester dans une relation et que la vie ne s’arrête pas quand l’autre part…  La personne impliquée ne peut l’amener à la raison mais une autre peut le faire. Comme, par exemple, un professionnel qui l’aidera à reprendre confiance en elle pour qu’elle ait une meilleure estime d’elle-même, se remette en question et accepte certaines situations. Dans la plupart des cas, il y a un manque de résilience pour contrer les problèmes liés aux ruptures.


Témoignages

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« Ma fille s’est suicidée et nous nous demandons toujours ce que nous aurions pu faire »

Cela va faire bientôt un an que la fille de Marise I., s’est suicidée. Âgée d’une vingtaine d’années, elle avait fait plusieurs tentatives dans le passé mais elle semblait aller mieux. Aujourd’hui encore, la famille se demande ce qu’elle aurait pu faire pour lui venir en aide et éviter ce drame. « Elle était suivie par un psychologue et, depuis au moins un an, elle allait mieux. Elle faisait des études tertiaires, elle travaillait bien. Elle avait ses amis. C’est vrai qu’elle s’enfermait souvent dans sa chambre et qu’elle avait des sautes d’humeur, mais elle a toujours été comme ça. »

Quelques mois avant de commettre l’irréparable, elle paraissait normale. « Elle participait à toutes les activités de famille, elle sortait avec ses amies et on n’a jamais pensé qu’elle avait encore des tendances suicidaires. Elle a laissé une lettre dans laquelle elle a écrit ne plus pouvoir supporter cette vie. Pour nous, c’est dur de l’accepter. En tant que maman, je ne cesse de me demander ce que j’aurais pu faire pour sauver ma fille. Je n’arrête pas de me dire que j’ai dû fauter quelque part. Je m’en veux de ne pas avoir remarqué que ma fille allait toujours mal. » Aujourd’hui, Marise et tous les membres de la famille sont suivis par des psychologues. « Nous avons du mal à vivre avec ce poids et nous avons besoin d’aides. »

Pallavi Jagessur : « Je suis en vie »

Pallavi Jagessur a souffert de myélite transverse, une inflammation rare et paralysante de la moelle épinière. Elle a pu vaincre la maladie. Cependant, avant sa guérison, elle est passée par des moments difficiles et les idées noires lui pourrissaient la vie. « Mes parents et ma sœur m’ont toujours soutenue mais j’avais l’impression que personne ne pouvait me comprendre. J’avais 27 ans. J’étais sans emploi, je me sentais seule alors que je voulais sortir, rencontrer des gens. J’avais surtout besoin que quelqu’un me prenne dans ses bras et me dise ‘Don’t worry, everything’s gonna be all right’ ».

Un jour, j’ai reproché à mes parents de ne pas me comprendre et je leur ai dit que j’allais me suicider. Ils n’ont pas pris cela au sérieux. Pourtant, dans ma tête, je voulais faire quelque chose de mal pour me sentir bien. Je voulais que tout s’arrête, que ma douleur cesse. Je voulais retirer ce mal de moi. Je sais que cela paraît absurde. Mais, à ce moment-là, on ne comprend rien. » Pallavi devient de plus en plus dépressive et développe plusieurs phobies. « Je ne pouvais voir le fauteuil roulant ni entendre une ambulance, car j’avais des crises d’angoisse. Je suivais des traitements à l’hôpital du Nord et emprunter le chemin vers l’hôpital était un cauchemar… »

Aujourd’hui, la jeune femme est en vie. Elle choisit de témoigner à visage découvert pour que les jeunes, dans la même situation, sachent que la dépression en affecte aussi d’autres et qu’il est important de ne pas se laisser aller et de chercher de l’aide. C’est justement ce qu’elle a fait avec l’accompagnement de sa psy qui lui a redonné confiance. Elle veut aujourd’hui que son histoire puisse aider les autres à se dire que les choses iront mieux. Sur les réseaux sociaux, elle ne cesse de parler de son expérience et de ses moments difficiles. Ainsi, elle encourage d’autres à avoir ou à retrouver du courage.


Conseils

Comment faut-il réagir ?

Face à une personne qui dit vouloir se suicider :

• Il ne faut surtout pas paniquer
• Écouter de manière attentive
• Lui faire parler le plus longtemps possible
• Lui poser quelques questions (des questions ouvertes pour qu’elle ne réponde pas par oui ou non)
• Ne pas lui faire la morale en disant qu’elle agit mal
• La laisser pleurer
• Avoir de l’empathie
• Entre-temps, chercher de l’aide car la situation peut devenir compliquée

Où obtenir de l’aide ?

L’association Lutte pour la prévention contre le suicide.
Numéros de contact
Hotline : 800 9393
WhatsApp : 5 483 7233
Numéro du bureau : 467 0160
Email : adminofficer.befrienders@gmail.com
Heures d’ouverture : 9-21 heures

À savoir que les appels peuvent être anonymes et que l’association rassure que les cas sont traités avec confidentialité.

Toute personne qui souhaite venir sur place peut prendre rendez-vous en appelant au bureau de Befrienders.

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