Interview

Jérôme Clarenc (directeur commercial chez Moroil) : «Le secteur manufacturier souffre de la libéralisation»

Jérôme Clarenc

L’importation massive des huiles comestibles importées à des prix anormalement bas affecte les opérateurs locaux, déplore Jérôme Clarenc, directeur commercial chez Moroil. Deux autres raffineries locales ont déjà cessé leurs opérations. D’où l’urgence de prendre des mesures appropriées.

Moroil a revu le prix de ses diverses huiles à la baisse ce mois-ci. Quelles sont les raisons qui ont motivé cette décision ?
Moroil a toujours revu ses prix à la baisse quand les matières premières, notamment les huiles de tournesol et de soja, sont en baisse sur le marché mondial. Nous faisons en sorte que les consommateurs puissent en profiter.

Comment devrait évoluer le prix de l’huile d’ici à la fin de l’année ?
L’analyse des divers facteurs déterminant les prix indique que ceux-ci devraient rester stables, mais comme il s’agit d’un produit sensible, une fluctuation n’est pas à écarter.

Les marges de Moroil seraient minimes en raison de l’importation massive des huiles comestibles provenant d’Égypte…
Moroil, qui emploie 187 personnes, fournit à la population mauricienne une huile de qualité à des prix raisonnables. Nous avons toujours prôné une compétition saine qui nous fait progresser et nous réinventer, mais cette importation massive à des prix anormalement bas fait que nous subissons depuis quelques années des difficultés importantes. Les deux autres raffineries locales d’huiles comestibles ont déjà cessé leur activité.

Fallait-il mieux contrôler le processus de libéralisation du marché ?
Le secteur manufacturier mauricien a souffert de cette libéralisation, qui a entraîné des pertes d’emplois considérables. Le level playing field n’est pas respecté. Par contre, le pays a capitalisé sur la libéralisation du marché dans certains domaines, comme par exemple les services financiers ou la connectivité. La taille de notre marché ne nous permet pas de nous battre à armes égales avec les grandes nations voisines qui font partie du Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) ou encore de la Southern African Development Community (SADC).

Où en est-on avec la demande de Moroil auprès des autorités pour l’adoption des mesures de sauvegarde afin de limiter les huiles importées de la zone du COMESA ? 
Il y a en effet une requête qui a été faite en ce sens. Je pense que les autorités sont conscientes du rôle que joue l’industrie manufacturière mauricienne dans l’économie du pays et, plus encore, lorsqu’il s’agit d’un produit de base tel que l’huile comestible. Nous espérons que les décisions appropriées seront prises dans les plus brefs délais, car il y a urgence.

Le gouvernement envisageait d’imposer une taxe sur l’huile importée, mais pour les importateurs, ce sont les consommateurs qui seraient pénalisés. Vos commentaires ?
Plus de 95% des huiles importées proviennent d’Égypte. Qu’adviendrait-il si demain la population mauricienne dépendait entièrement de ce pays « instable » pour assurer l’approvisionnement d’un produit de base ? À mon avis le consommateur n’en sortirait pas gagnant.

Les consultations budgétaires sont en cours. Quelles sont vos attentes en tant que producteur local ?
Moroil travaille en étroite collaboration avec les institutions du secteur privé (Business Mauritius, la Chambre de Commerce et d’Industrie et l’Association of Mauritian Manufacturers) pour la promotion et la défense des intérêts des industries manufacturières locales.  Les points suivants aideraient à faire progresser ce secteur d’activité : faire reconnaître l’existence et l’importance d’entreprises stratégiques locales, ce qui assurerait la sécurité d’approvisionnement des Mauriciens et de nos industries; renforcer le niveau d’exigence de qualité des produits finis reçus de l’étranger, ainsi que la durabilité des activités d’importation ; soutenir le coût d’investissement et de maintien de la qualité de nos industries locales; améliorer le fonctionnement des marges de préférence dans les marchés publics, notamment en enrichissant les critères de preuves d’emplois et d’investissements locaux (impacts bénéfiques directs et indirects des producteurs locaux sur l’économie locale) et apporter du soutien à l’import-substitution et la défense des intérêts économiques locaux dans les négociations d’accords commerciaux internationaux.

Quels sont les projets de Moroil cette année ?
Un plan stratégique résumé en trois mots « Optimisation, Productivité, Investissement » est en voie de finalisation pour définir des projets à court et moyen termes. Des investissements sont prévus au niveau des installations et équipements, ainsi que dans d’autres domaines de compétences, afin de mener à bien les opérations. Tout en privilégiant le côté humain.

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