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Jean-Claude de l’Estrac critique la gestion de Roshi Bhadain : «C’est l’histoire d’une grosse magouille»

Jean-Claude de l’Estrac.

Jean-Claude de l’Estrac estime que le rapport de la Commission d’enquête sur Britam n’adresse pas le problème principal qui est  le non-respect des procédures. Après avoir écouté Vikash Peerun, le Chief Executive Officer de la National Property Fund Ltd (NPFL), il a l’impression que ce dernier  a mis en avant des arguments théoriques. L’observateur politique indique que, selon l’ancien Juge Domah, la NPFL n’a joué aucun rôle et n’a agi que comme un « rubber stamp ». Il ajoute que le CEO n’a fait qu’approuver certaines décisions alors qu’il devait être proactif.  D'autant que  le conseil des ministres avait confié cette tâche à la NPFL.

« Toutes les actions ont été menées par une personne avec la complicité des organismes et des professionnels. C’est l’histoire d’une grosse magouille », allègue l’observateur politique. Ce dernier ajoute qu’il y a des règles à suivre et à respecter dans un tel cas, notamment par les administrateurs, par des fonctionnaires, par des professionnels, par des avocats et par des auditeurs. Pour résumer la situation, dit-il,  « Un ministre s’est entouré de conseillers moins expérimentés et n'a pas tenu en compte les différentes institutions. Il a géré le tout dans l’opacité »

Jean-Claude de l’Estrac, poursuit son analyse sur ce dossier  : « C’est le pouvoir corrupteur de l’argent. Si nous suivons le raisonnement du rapport,  les personnes publiques, ainsi que le privé et les sociétés qui doivent s’assurer que les règles de la bonne gouvernance soient respectées, n'ont pas été rigoureux. Je ne dis pas que toutes les parties dans cette affaire sont coupables, mais le pays est arrivé à tel niveau de corruption où tout va à vau-l'eau, que c’est inimaginable ». 

Pour lui, aujourd’hui, il faut se poser des questions sur comment des offres de Rs 4,3 milliards sont passées à Rs 2,4 milliards.  

Pour Jean-Claude de l’Estrac, la situation est d'autant plus grave, que les discussions ont été menées par Roshi Bhadain sans la présence de fonctionnaires et sans procès-verbal. « Avec le représentant du Kenya, personne ne sait ce qui s’est réellement passé et cela, l’ancien juge Domah l’explique bien », a-t-il déclaré, avant  d’ajouter qu’il y a eu un accord entre les Kenyans et le représentant du ministère des Finances. 
« On voit qu’au moment de la propositon de Rs 4,3 milliards, les actions étaient à une certaine valeur et au moment où la vente s'est concretisée à Rs 2,4 milliards, la valeur des actions était restée la même. Est-ce qu’on a été dupé par le Kenyan ? C’est la Cour qui le dira ». 

Jean-Claude de l’Estrac est aussi revenu sur la remarque du président de la commission d'enquête qui a indiqué qu’introduire une loi sans l'approbation du cabinet est "une farce". Selon lui, l’ancien juge ne s'explique pas comment un jeune ministre a pu outrepasser le conseil des ministres et les institutions. 

Il pense qu'une des raisons est la confiance dont il jouissait de l'ex-Premier ministre.  « C’est le défaut de qualité de l’ancien Premier ministre (Sir Anerood Jugnauth) qui faisait confiance et parfois à tort à ses collaborateurs. En plaçant sa confiance absolue en Roshi Bhadain, ce dernier s’est permis d'agir selon son bon vouloir. Comme s’entourer de conseillers avec moins d’expérience et tenir des réunions sans la présence du Secrétaire financier », conclut-il.


Réactions

Dr Bhavish Jugurnath, Chartered Accountant : « La profession est hautement réglementée » 

Bien qu’il soit le vice-président de l’Association of Chartered Certified Accountants (ACCA), c’est en son nom personnel que le Dr Bhavish Jugurnath s’est exprimé au Défi Plus. « La profession est hautement réglementée. Dans la majorité des transactions, on suit les procédures. Le cas Britam est un parmi des milliers et cela ne signifie pas qu’il y a des ‘loopholes’ ou des failles au niveau des procédures à suivre », a-t-il dit. 

Il a fait ressortir que la profession est guidée par un code d’éthique et que chaque membre, qu’il s’agisse d’un individu ou d’une firme, a le devoir de respecter les règles de la déontologie. « Si on constate qu’il y a maldonne sur un compte, il est de notre devoir d’alerter les instances concernées. »

Le Chartered Accountant a ajouté que dans le cas de l’affaire Britam, l’enquête dira si les reproches faits sont avérés. « Ce serait très grave s’il venait à être prouvé qu’il y a eu maldonne. Cela renverrait une mauvaise image », a-t-il conclu. 

Rajen Bablee, directeur de Transparency Mauritius : « Les politiciens ne doivent pas usurper les fonctions des institutions »

« Transparency Mauritius l’avait souligné dès le début de l’affaire BAI : les politiciens, qu’ils soient ministres ou pas, ne doivent pas usurper les fonctions des institutions. », indique Rajen Bablee, directeur exécutif de Transparency Mauritius.

Il fait ressortir que la séparation des pouvoirs est un fondement important de la démocratie. Pour lui, ce rapport démontre une dangereuse tendance qui s’est dessinée depuis quelques années. « Elle concerne le manque de distance voire des liens incestueux entre les politiciens et l’État », dit-il. 

Il déplore le fait que des fonctionnaires ou des procédures établies soient « mis de côté pour que des politiciens et leurs conseillers puissent exécuter leurs desseins ». Il va jusqu’à dire que certains employés de la fonction publique « ferment les yeux ou deviennent des complices ou des facilitateurs ». Pour lui, « les institutions sont devenues les otages de la politique ». 

Milan Meetarbhan : « Appliquer les recommandations sans être sélectif » 

Le constitutionnaliste Milan Meetarbhan s’attarde sur les recommandations faites par la commission, dont une enquête policière. « Le gouvernement doit maintenant expliquer quelles sont les recommandations qui seront appliquées sans être sélectif », estime-t-il.  

Il pense aussi qu’après la publication de ce rapport, l’inquiétude gagne du terrain quant à la redevabilité et à la bonne gouvernance. « Plusieurs recommandations ont été faites pour que ces principes prédominent. », déplore-t-il.

Le Mauritius Institute of Professional Accountants peut sanctionner 

C’est le Mauritius Institute of Professional Accountants (MIPA) qui régit les professionnels et les firmes du domaine de la comptabilité. Elle a, au même titre que le Bar Council et le Medical Council, la prérogative de mener une enquête. Elle peut ainsi convoquer un de ses membres sur un comité disciplinaire, qu’il s’agisse d’un individu ou d’une firme, si elle soupçonne un cas de maldonne. « Si les faits sont prouvés, le MIPA peut révoquer une licence et radier une personne ou une firme en tant que membre », indique-t-on.

Roshi Bhadain prépare sa défense

« Il n’y a rien de concret dans ce rapport qui ne repose sur rien », avance Roshi Bhadain, dans une déclaration au Défi Plus vendredi. Il affirme que le rapport « contient un grand nombre de contradictions et certaines choses ont été omises ».

Ce samedi, à 11 h 00, la plateforme de l’Espoir commentera aussi le rapport Domah. Roshi Bhadain, qui sera présent, reviendra également sur les conclusions. Parmi les nombreux points relevés par l’ancien ministre, il y a les parties du rapport qui indiquent que les amendements à l’Insurance Act « n’ont pas reçu l’approbation du cabinet ». Mais, souligne-t-il, « aucune loi ne peut passer au Parlement sans l’aval du conseil des ministres ». Il souligne aussi qu’un ministre ne peut en aucun cas présenter une loi à l’Assemblée nationale sans passer par les procédures établies qui veulent que le conseil des ministres, le Secrétaire au Cabinet ainsi que  le State Law Office soient pleinement impliqués. Il fait aussi ressortir que le texte de loi avait été débattu, que les intervenants du gouvernement ont justifié les amendements et que ces derniers ont été votés par l’ensemble de la majorité, soit plus de 50 députés.

« L’offre de 4,3 milliards n’était pas une 'firm offer' ... »

Alors que tout le point de discorde autour de la vente des actions de Britam Holdings réside dans le fait qu’une offre de Rs 4,3 milliards a été formulée par MMI Hodlings Ltd, l’ancien ministre, Roshi Bhadain maintient que cette offre n'était pas "firm". En conférence de presse, jeudi en présence du panel d’avocats, le leader du Reform Party a été catégorique. « L’offre de 4,3 milliards n’a jamais existé comme une firm offer » dit-il. 

Il a également lors de son intervention, mis en doute la crédibilité de Sattar Hajee Abdoula, qu’il a rappelé avait exercé comme administrateur pour le compte de la BAI et qui avait réclamé un paiement de Rs 26, 2 millions pour 18 jours de travail. « J’avais refusé de payer cette somme lorsque j’étais ministre.  Quelque temps après mon départ du gouvernement , il a été payé », a-t-il dit.  Il a dans un deuxième temps critiqué le président de la Commission d’Enquête, Bhushan Domah qui, selon lui, ne devait pas présider cette commission étant donné qu’il était un « policy holder » du Super Cash Back Gold. « Rien que pour cela, il n’a pas agi de manière indépendante », a soutenu le leader du Reform Party.

 

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