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Esclavage : l’histoire se répète à l’Open Air Museum

Le Premier ministre Pravind Jugnauth a procédé à l’inauguration de l’Open Air Museum à Trou-Chenille, le samedi 1er février. C’était à l’occasion de la commémoration du 185e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. L’Open Air Museum est la réplique du premier village des esclaves en fuite (marrons) à Maurice. L’équipe de Le Dimanche/L’Hebdo et de Télé Plus a visité ce village situé au pied de la montagne du Morne. L’Open Air Museum a nécessité trois ans de travaux et une enveloppe de Rs 3,5 millions pour voir le jour.

Un musée à ciel ouvert vous plongeant en plein cœur de l’antre du marronnage…c’est ainsi que se résume l’Open Air Museum de Trou-Chenille. Ce projet de Le Morne Heritage Trust Fund, opérant sous l’égide du ministère des Arts et du Patrimoine Culturel,  s’est enfin concrétisé. D’après Magali Sinatambou, Officer-In-Charge de Le Morne Heritage Trust Fund, l’idée de créer la réplique du premier village des esclaves marrons a germé en 2007, soit après la soumission du premier dossier pour inscrire Le Morne au patrimoine mondial à l’Unesco.

Open Air Museum

Le 6 juillet 2008, Le Morne a été classé patrimoine mondial par l’Unesco. Par contre, les travaux pour démarrer la mise en place de l’Open Air Museum ont démarré en 2017. L’objectif est d’honorer la mémoire des esclaves, tout en préservant l’authenticité du site. Le ministère des Terres et du Logement de l’époque a alors remis un terrain étendu sur deux arpents au ministère, jadis connu comme ministère des Arts et de la Culture. Un concept paper est réalisé et ce, avec l’apport d’ingénieurs, et des recherches effectuées par l’équipe de Le Morne Heritage Trust Fund. En novembre 2017, une délégation de l’Unesco est arrivée sur l’île pour faire un constat des lieux et donner son feu vert pour la concrétisation du projet.

L’open Air Museum voit le jour après trois ans et ce, au coût de Rs 3,5 millions. La totalité du projet est financé par le gouvernement. « Dans le concept paper initial, nous avons fait provision pour huit huttes. Nous avons toutefois réussi à mettre sur place cinq cases. Ceci dit, la base des trois autres, comme vous pouvez le voir, a déjà été fondée. Cette partie sera complétée dans un deuxième temps », explique-t-elle.

Magali Sinatambou
Cela fait cinq ans que Magali Sinatambou occupe le poste d’Officer-in-Charge de Le Morne Heritage Trust Fund.

Elle tient à faire ressortir que l’Open Air Museum de Trou-Chenille serait unique en son genre à Maurice et même dans l’océan Indien. « C’est un projet qui a une valeur culturelle et une valeur de mémoire, qui va attirer les locaux. Il donnera par la même occasion de la valeur à notre culture et à notre histoire »,  dit-elle.

Berceau du peuplement de la région du sud-ouest de l’île dans les années 1840, le village initial abritait une trentaine de huttes en paille. Le village a été détruit à la suite d’un cyclone et les esclaves se sont déplacés vers l’Embrasure, puis vers Le Morne. « Au Morne, il y a eu un échange de terrain entre l’État et certains propriétaires, étant donné que les esclaves marrons vivaient dans une situation précaire. C’est de là qu’est né le village du Morne », confie Magali Sinatambou.

Open Air Museum.
L’équipe qui travaille sur les différents aspects liés à l’Open Air Museum.

Situé dans la zone du patrimoine mondial du Morne, ce village contient cinq cases traditionnelles entre 16 et 20 mètres. Chacune de ces cases, montées en bois, en chaume, en paille et en bouse de vache, ont été conçues pour résister aux intempéries. « Le temps fait partie des difficultés auxquelles nous avons dû faire face, surtout lors des grosses averses pendant la construction de la réplique », indique notre interlocutrice.

Le village a été construit dans le respect de la nature et revêt un aspect écologique par le choix d’un jardin, où sont utilisées des feuilles séchées pour faire du compost. Il abrite aussi un jardin médicinal et des poubelles placées tout le long du parcours. Les cases ont été construites entre les arbres, évitant ainsi l’abattage de ces arbres. Asha Ittoo a été choisie à temps plein pour s’occuper de l’entretien du site.

Sur le long terme, Le Morne Heritage Trust Fund souhaite transformer ce village en un espace interactif et inviter les habitantes du Morne à confectionner des plats et boissons d’antan, ainsi que pour promouvoir l’artisanat local.

Open Air Museum

Après une heure et trente minutes de route, nous arrivons au pied de la montagne du Morne. Un groupe de touristes s’apprête à escalader la montagne. Nous rencontrons Magali Sinatambou, Officer-in-Charge de Le Morne Heritage Trust Fund. Elle nous dirige vers l’Open Air Museum. Sous le ciel mi-couvert, les ouvriers s’activent à apporter les dernières touches à ce nouveau site. Un couple frotte le sol béton avec un balai-brosse mouillé d’eau. Avant d’entamer le parcours, Magali explique que la plaque commémorative sera incrustée dans une stèle ayant la forme de la montagne du Morne. L’idée est de préserver l’authenticité de ce site considéré sacré par beaucoup, notamment les descendants des esclaves. Ensuite, nous montons le parcours pour découvrir cinq des huit huttes déjà érigées.

Open Air Museum

Un petit singe perché sur le toit de la première hutte nous accueille. Il figure parmi les sept statues réalisées par une équipe de l’École des Beaux-arts du Mahatma Gandhi Institute. Les cases sont conçues à partir de la bouse de vache, pailles et bois. Selon l’Officer-in-Charge, ces huttes sont résistantes aux intempéries. « Nous ne souhaitons pas que l’histoire se répète. Les premiers esclaves qui se sont enfuis, c’est-à-dire les marrons, se sont installés à Trou-Chenille. Cela remonte en 1840. Il s’agit donc du premier village lié au marronnage. Mais leurs huttes n’ont pu résister aux cyclones. Ils ont ensuite bougé vers l’Embrasure. Une fois de plus, ils ont tout perdu durant la période cyclonique. Ils ont finalement trouvé une place au Morne », dit-elle. La première hutte, d’ailleurs, met en avant la richesse de la cuisine d’antan.

Des aliments de base tels que manioc, safran et gingembre. Une marmite en fonte, des assiettes en émail, un « poukhi » (foyer), « deksi », « aray » et une cuillère en bois sont également exposés. Une vitrine montre le livre de 25 recettes d’antan en langue française, anglaise et kreol. Il est en vente à Rs 200. Des bananiers et moringa se trouvent dans le jardin attenant la cuisine. Des explications sur la fabrication du café sont aussi livrées.

Open Air Museum

Au rythme de l’origine et l’évolution du sega tipik dans la deuxième hutte ! Des instruments de musique d’antan comme la ravanne (peau de cabri entourant un cercle en bois), la maravanne (qui découle du son émanant des feuilles de canne) et le triangle (une serpe était autrefois utilisée pour faire le son). « À la nuit tombée, chaque samedi, les esclaves se réunissaient autour du séga. Ils racontaient leur journée et leurs tracasseries », explique Magali. Des articles sur la Nuit du Séga sont collés sur les façades de la hutte. C’est d’ailleurs, lors d’un de ces événements que Ti Frer s’est fait connaître. Notre interlocutrice fait ressortir que le chanteur Frico Labelle livre des cours de séga aux enfants du village du Morne chaque samedi.

Open Air Museum

On passe devant une saline avant d’arriver à la troisième hutte. Les jeux d’antan s’y trouvent. Il y a Loto de larou, la marelle et jeu larou. Des panneaux explicatifs sur la fabrication de charbon de bois, de fagots de bois, de pièges de chasse, de balie koko, du nattage de paniers et du sel sont affichés.

Open Air Museum

Incursion dans la case du pêcheur ! La quatrième hutte abrite des équipements de pêche, une variété de coquillages et des panneaux explicatifs sur la pêche traditionnelle et comment faire du poisson grillé.

Open Air Museum

La cinquième hutte est axée sur la médecine traditionnelle. Une panoplie de plantes est exposée, notamment le bois pipe pour soigner « tambave », la goyave pour soigner l’inflammation et la diarrhée, ou encore l’eucalyptus pour soigner l’inflammation et nettoyer la peau. À l’extérieur, un petit jardin de plantes médicinales attire le regard.

L’Open Air Museum de Trou-Chenille sera ouvert tous les jours de 7 heures à 16 heures. L’entrée sera, pour l’instant, gratuite.

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