Interview

Dr Jimmy Harmon : «Le kreol prend sa place naturelle…»

Dr Jimmy Harmon

Le Dr Jimmy Harmon, directeur adjoint au secondaire au SeDEC, estime que l’utilisation de la langue maternelle est aussi pour le développement durable d’une nation. 

Êtes-vous satisfait de l’avancée de l’enseignement du KM du primaire au tertiaire ?
Tout à fait satisfait. Quand on regarde le chemin parcouru depuis l’Indépendance, on se souvient encore de la demande de Dev Virahsawmy de rendre le morisien (et non le kreol) la langue nationale au lendemain des élections d’août 1967. Il y a eu toute la créativité de la langue par nos artistes des années 70 à ce jour. Puis, nous avons eu le travail d’alphabétisation de Ledikasion Pu Travayer (LPT) auprès de la masse des travailleurs de nos villes et campagnes, reconnu d’ailleurs par l’UNESCO. Le tournant vient avec l’utilisation du kreol morisien dans la section prévocationnelle des collèges catholiques en 2004. Les premiers manuels, les premières formations démarrent dans ce secteur et auront un impact considérable sur la politique locale dans le domaine éducatif.

Un fait intéressant est que la pertinence du kreol comme langue maternelle est surtout d’ordre pédagogique et pour le développement durable d’une nation. Mais il a fallu avant tout, dans le cas de la langue maternelle des Mauriciens, reconnaître sa double dimension identitaire : elle qui est à la fois langue de construction identitaire des Créoles et langue qui réunit tous les Mauriciens. Je crois aujourd’hui qu’il n’y a aucun problème pour cette double acceptation. L’État mauricien l’a démontré depuis, avec le Festival Internasional Kreol à dimension plus identitaire et la mise sur pied de l’Akademi Kreol Repiblik Moris qui démontre la dimension nationale de cette langue au sein de la République.

Comment encourager davantage d’étudiants à prendre le KM ?
Il y a encore des blocages à ce niveau. Ce n’est qu’avec le travail assidu des enseignants de KM au primaire et au secondaire que les préjugés vont disparaître. On attend surtout la cuvée qui va prendre le KM pour la toute première fois au niveau du School Certificate en 2022.

On aura fort probablement le syllabus du Mauritius Examinations Syndicate (MES) cette année, car la bande qui fait le KM en Grade 9 aura le choix de l’opter en Grade 10 pour leur « choice of subjects ». Donc, un gros travail doit être fait par les chefs d’établissements du secondaire pour expliquer aux parents l’intérêt de prendre le KM.  

Selon vous, est-ce que le KM est suffisamment utilisé à Maurice en comparaison avec la langue française ?
Oui. Il l’est sans conteste. On observe, depuis, un phénomène avec l’avancée du kreol à la fois à l’oral et à l’écrit dans des lieux traditionnellement réticents au kreol. Le monde de la pub est inondé de texte en kreol. Même le métro a été obligé de s’y mettre. L’annonce est faite en kreol. Nous avons le « Bonzour » à bord d’Air Mauritius. Ceci dit, cela ne se fait nullement au détriment du français. C’est-à-dire, le kreol prend sa place naturelle. Les Mauriciens ont moins de complexe à son égard.

Vos propositions pour encourager davantage l’utilisation du KM à Maurice ?
Il y a pas mal de chantiers à ce niveau-là. Je pense que les consignes de Health and Safety sur les lieux de travail doivent être en trois langues : kreol, anglais, et français, si besoin est. Aussi, les manuels de life skills, road safety peuvent être en kreol ou bilingue. À quoi cela sert-il de parler des skills dans la vie en anglais alors que ce n’est pas forcément ces skills que nous retrouverons chez la personne qui détient de grandes qualifications. Donc, il y a un travail à faire au niveau du contenu et du médium d’enseignement de certaines matières qui visent la formation intégrale. Une telle matière n’a aucun sens lorsqu’elle n’est pas enseignée dans la langue maternelle de l’enfant et du jeune.

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