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Anthony Leung Shing : «Le pays restera vulnérable aux chocs externes en 2023»

2023 aura tout aussi son lot de défis que l’an dernier. Dans cet entretien, Anthony Leung Shing évoque, à diverses reprises, l’inflation, qui devrait une nouvelle fois influencer l’économie locale.

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Le taux de croissance de l’économie mauricienne devrait, selon Renganaden Padayachy, être de 7,2 % pour 2022, alors que le Produit Intérieur Brut (PIB) se chiffrera à Rs 550 milliards. Suivant deux années de pandémie, comment évaluez-vous cette croissance ?
Le pays a effectivement connu un rebond économique en 2022 et notre Produit Intérieur Brut (PIB) dépassera son niveau pré-Covid de Rs 512 milliards. Cependant, l’inflation a drastiquement augmenté durant cette période et, en termes réels (excluant les effets de l’inflation et du taux de change), le PIB en 2022 représente environ 85 % de sa valeur de 2019 en dollars. Donc, même si nous vivons les dynamiques d’une reprise, on est encore à un niveau inférieur par rapport à 2019. L’activité économique en 2022 a été largement menée par le secteur touristique et, selon le dernier rapport de Statistics Mauritius, le segment ‘Accommodation and Food Service Activities’ affiche une croissance de 200 %. L’industrie de la construction, qui avait dominé durant la période de Covid (croissance de 22,7% en 2021), a progressé de seulement 1,1% en 2022. La consommation continue à être un moteur de croissance et les dépenses de consommation contribuent à hauteur de 89 % au PIB en 2022, contre une progression d’environ 14% en 2021.

Le pays a effectivement connu un rebond économique en 2022 et notre Produit Intérieur Brut (PIB) dépassera son niveau pré-Covid de Rs 512 milliards.»

Le ministre des Finances table sur une croissance de 5 % en 2023. Est-ce un taux réalisable et quels sont les facteurs en passe d’influencer ces projections ?
Avec le risque d’une récession mondiale, l’activité économique devrait ralentir en 2023. L’industrie touristique continuera à être un pilier de croissance l’année prochaine. À novembre 2022, près de 870 000 touristes ont foulé le sol mauricien et l’objectif d’un million de touristes pour l’année 2022 est presque atteint. Certes, les perspectives restent incertaines, mais je pense que le segment tourisme luxe sera moins affecté et contribuera à atteindre les 1,3 million de touristes prévus pour 2023. Avec un ralentissement de consommation envisagé dans nos principaux marchés d’exportation, le secteur manufacturier va croître à 1,5% contre 6,3% en 2022. La situation sera difficile et le pays reste vulnérable aux chocs externes. Flambée des prix, guerre, hausse des taux d’intérêt et pénurie de devises étrangères... Les défis de 2022 persisteront cette année. 

Quels seront justement les défis pour l’économie mauricienne en 2023 et comment les aborder efficacement ?
La poussée inflationniste et la hausse des taux d’intérêt resteront des défis majeurs en 2023. Étant une économie ouverte, le danger de l’inflation importée restera élevé avec un déficit du commerce extérieur large. Le déficit du compte courant est à 15% en 2022 contre 5% en 2019. Le déficit d’importation vis-à-vis de nos recettes d’exportation mettra la pression sur la roupie et la disponibilité de devises étrangères sur le marché local. Cela freinera l’activité économique. Même si la Banque de Maurice intervient sur le marché des changes, le manque de devises reste un problème. À mon avis, on devrait revoir certains prêts Covid octroyés afin d’accélérer certains plans de remboursement et encourager l’entrée de devises sur le marché local. Vu le déficit du compte courant, les flux d’investissements directs ne suffiraient pas à soutenir la devise. Les investissements étrangers restent concentrés dans un seul secteur, à savoir l’immobilier, et le manque de piliers de croissance est inquiétant. 

La plupart des ménages à faible revenu sont endettés à court terme pour l’achat de biens de consommation durable, tandis que les familles à revenu élevé seront plus affectées par 
la hausse d’intérêt de prêts logement.»

La compensation salariale 2023 de Rs 1 000 est-elle suffisante pour réajuster la perte du pouvoir d’achat ? Parallèlement, quel sera l’impact sur les entreprises ?
Le taux d’inflation pour 2022 devrait s’établir à environ 11% et la hausse du panier des ménages depuis janvier est estimée à Rs 3 400. Donc, même si la compensation salariale offre un certain soulagement à la population, elle compensera pour seulement un tiers de la perte du pouvoir d’achat. Mais il faut également souligner que le salaire minimal passera à Rs 13 075 en janvier 2023. Si le taux d’inflation aide à déterminer la compensation salariale, il est important d’augmenter la productivité pour compenser l’inflation à un moment où le pays souffre d’un coût élevé de production. Ce niveau de compensation coûtera Rs 5 milliards au pays, dont Rs 800 millions à l’État, et les entreprises verront un alourdissement de leurs coûts opérationnels. À mon avis, ce sera compliqué pour certaines entreprises d’absorber ce coût, car elles n’arrivent déjà pas à garder la tête hors de l’eau. Celles-ci auraient besoin de mesures de soutien. 

La Réserve fédérale devrait de nouveau hausser ses taux en février prochain. Par conséquent, la Banque de Maurice risque également d’augmenter le taux directeur, qui est actuellement à 4,5 %. Les ménages, notamment ceux ayant contracté des prêts bancaires, ne seront-ils pas au bout de leur peine l’année prochaine ?
L’accélération de la normalisation de la politique monétaire des banques centrales à travers le monde a poussé vers une hausse des taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation et cela se poursuivra en 2023. Le ratio de l’endettement des ménages par rapport au PIB a atteint 38% et alimente les craintes de défaut de paiement. La plupart des ménages à faible revenu sont endettés à court terme pour l’achat de biens de consommation durable, tandis que les familles à revenu élevé seront plus affectées par la hausse d’intérêt de prêts logement. La population ressentira la contraction des revenus et mettra un frein à ses plans de dépenses. L’activité économique va se détériorer davantage et forcer les ménages vers les produits essentiels. De manière générale, il faut environ 12 mois avant qu’un changement de politique monétaire produise tous ses effets sur l’économie. Les prévisions sont que les taux d’intérêt pourront augmenter jusqu’à 100 points de base de plus et certains seront désormais menacés d’instabilité. 

 

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