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Abolition du quota de l’Union européenne : les grands défis de l’industrie cannière en 2017

Canne

2017 s’annonce comme l’année de tous les défis pour l’industrie cannière. Le quota dont bénéficiait Maurice auprès de l’Union européenne sera aboli en septembre 2017.

D’où les amendements au Sugar Industry Efficiency Act adoptés au Parlement cette semaine. L’objectif : assurer la viabilité du secteur, notamment à travers la diversification.

Il est plus qu’urgent d’apporter des mesures correctives à l’industrie cannière, en 2017, afin d’assurer sa viabilité, insiste le ministre de l’Agro-Industrie Mahen Seeruttun. « En septembre 2017, interviendra la libéralisation totale du marché européen en matière de sucre. Le quota et les privilèges dont jouissait Maurice seront alors supprimés, d’où l’importance de ces mesures correctives apportées par ces amendements. Il faut que l’industrie cannière puisse répondre aux exigences du jour et faire face aux menaces qui nous guettent », dit-il.

La viabilité du secteur en 2017 passera, selon le ministre, par la diversification de l’industrie cannière. Il s’agit aussi d’accroître la productivité, de réduire les coûts de production, d’améliorer le rendement de nos champs, d’offrir des produits de qualité et de produire et préserver les marchés des sucres spéciaux. Pour arriver à cette fin, Mahen Seeruttun estime nécessaire de trouver des revenus additionnels, qui puissent être dérivés de cette industrie, notamment :

  • En optant pour des produits à valeur ajoutée
  • En dénichant de nouveaux marchés, car celui de l’Europe est menacé par l’abolition des privilèges dont jouissait Maurice jusqu’ici.
  • En développant davantage les sucres spéciaux.
  • En touchant des marchés en Afrique, en Asie et en Inde.
  • En produisant en grande quantité.
  • En menant un travail de marketing afin que nos sucres puissent répondre aux besoins des consommateurs.

Depuis 2015, le ministère de l’Agro-industrie a mis en chantier plusieurs projets, dont :

  • La mise sur pied d’un Sugar Cane Sustainability Fund pour compenser les planteurs pour la baisse des prix qu’ils obtiennent pour la bagasse. Pour la récolte 2015, Rs 137 millions ont été dépensées durant les mois de mars et d’avril, notamment Rs 1 100 par tonne de sucre jusqu’à un maximum de 60 tonnes et Rs 300 par tonne de sucre pour toute production de sucre additionnel. Pour 2017, un paiement partiel sera fait aux planteurs avant la fin de l’année, le solde leur sera payé courant 2017.
  • L’introduction d’une taxe additionnelle de Rs 20 par litre d’alcool produit par les embouteilleurs locaux pour s’assurer d’un revenu additionnel de Rs 270 par tonne de sucre produit par les planteurs.
  • Des amendements nécessaires ont été apportés au Sugar Insurance Fund Act pour permettre le paiement d’une compensation de Rs 2 000 par tonne de sucre à tous les planteurs assurés. Pour la récolte 2014, les planteurs ayant produit jusqu’à 60 tonnes de sucre ont bénéficié d’une compensation additionnelle de Rs 1 400 par tonne de sucre.
  • Les petits planteurs produisant un minimum de 60 tonnes de sucre ont été exemptés du paiement d’un Insurance Premium au SIFB durant les deux dernières années. Le gouvernement compte étendre cette mesure à toutes les récoltes futures.

Jugdis Bundhoo, MCIA : « L’Advisory Council de nouveau opérationnel l’an prochain »

Rendre la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA) plus performante, tout en implémentant les nouvelles mesures visant à rendre l’industrie cannière plus viable. C’est le défi qu’aura à relever la MCIA en 2017, à en croire Jugdis Bundhoo, son Chief Executive Officer. C’est ainsi que dans un premier temps, l’Advisory Council sera de nouveau une réalité.

Une « nécessité », selon Jugdis Bundhoo, pour réunir tous les acteurs de l’industrie cannière autour d’une même table. « En sus d’établir un rapport entre les divers partenaires, l’Advisory Council permettra de dessiner les grandes lignes d’une politique visant à rendre l’industrie cannière plus viable et rentable », dit-il. Ensuite, la MCIA sera invitée à participer à l’introduction d’une série de mesures, suivant les amendements apportés à la Sugar Industry Efficiency Act.

Ethanol Framework. Favoriser le « blending » de l’éthanol, avec pour objectif de donner de la valeur ajoutée à ce produit. « Le blending est un procédé à travers lequel nous obtenons de l’unhydrous alcohol à partir de l’éthanol. L’éthanol est, à son tour, obtenu à partir de la fermentation de la mélasse. Ce faisant, nous pourrons promouvoir l’utilisation de l’éthanol comme une énergie verte et renouvelable, réduisant par la même occasion l’émission du monoxyde de carbone… », indique Jugdis Bundhoo.

Le « haut de gamme ». Encourager les entrepreneurs à confectionner des produits « haut de gamme » à partir des produits de l’agro-industrie.

Biomass Framwork. Il s’agit de promouvoir la production d’énergie à partir de la paille.

Nouvelles variétés. De nouvelles variétés de canne, produisant une plus grande quantité de fibres – utilisées pour produire de l’énergie – seront utilisées.

Travailleurs saisonniers. Un comité sera mis sur pied pour trouver une formule qui profitera à la fois aux travailleurs permanents et à leurs collègues saisonniers.

Kreepalloo Sunghoon : « Le Sugar Syndicate se tournera vers l’Afrique et l’Extrême-Orient »

L’industrie cannière en 2017, en termes de production et de revenus, sera plus ou moins la même qu’en 2016. C’est ce qu’indique Kreepalloo Sunghoon, président du Mauritius Sugar Syndicate (MSS). Néanmoins, il indique que le MSS se prépare déjà pour l’après 2017. Le sucre mauricien est exporté vers 157 ports dans environ 50 pays à travers le monde. Bien que confiant que l’industrie cannière a encore de beaux jours devant elle, le président du MSS estime que l’avenir de cette industrie passera par la diversification du secteur. Une stratégie a été élaborée en ce sens au niveau du MSS.

Marketing Committee. L’objectif de ce comité sera de maintenir notre offre en sucre sur le principal marché de Maurice, qui est l’Europe, où 75 % de nos sucres sont exportés. « Il faudra suivre de près l’évolution de la demande de nos clients européens, afin que les planteurs puissent se mettre au diapason et leur offrir spécifiquement ce qu’ils cherchent », avance le président du MSS.

L’Afrique. Une attention particulière sera accordée au marché africain en 2017, bien que celui-ci soit actuellement déficitaire pour Maurice, selon notre interlocuteur. « Cela s’explique par une demande croissante sur le continent africain, alors que la production est en baisse. Nous essayerons de tirer profit de nos nombreux accords bilatéraux, dont le Comesa, pour tenter de rentabiliser ce marché », dit-il.

L’Extrême-Orient. Le « Far East » est aussi dans le viseur du Mauritius Sugar Syndicate, notamment la Chine, l’Inde et l’Australie. Tout en concédant qu’il existe déjà de gros producteurs de sucre dans cette partie du monde et qu’il sera difficile de rivaliser avec ces pays, Kreepalloo Sunghoon indique que Maurice devra se tourner vers des marchés niches. « Il faudra produire ce qui ne se fait pas encore ou très peu dans le monde, pour favoriser la commercialisation de nos produits issus de l’industrie cannière », ajoute-t-il.

Certification. Les petits planteurs seront encouragés à obtenir les certifications nécessaires, sachant que d’ici 2020, tous les sucres à travers le monde devront être certifiés, notamment concernant le respect des droits humains, l’environnement et l’écologie.

Amendements à la Sugar Industry Efficiency Act - Kreepalloo Sunghoon : « Vers la mort des petits planteurs »

Commentant les amendements apportés à la Sugar Industry Efficiency Act au Parlement ce mardi, le président du Mauritius Sugar Syndicate exprime certaines appréhensions. « D’un côté, on demande aux planteurs de produire 400 000 tonnes de sucre par an, et de l’autre, on parle de convertir des terres agricoles pour d’autres projets de développement.

C’est paradoxal », déplore-t-il. Autre point de discorde : les modalités de vente de la mélasse. Kreepalloo Sunghoon s’insurge que les planteurs aient obtenu Rs 2 000 seulement par tonne de mélasse, alors que le prix pratiqué sur le marché international serait de Rs 7 000. « Avec ces amendements, l’on demande désormais aux planteurs de disposer de leur mélasse auprès d’une institution gouvernementale qui, à son tour, vendra la mélasse à un opérateur privé. Et c’est l’institution gouvernementale qui fixera le prix.

Il aurait fallu libéraliser l’achat de la mélasse, ce qui aurait favorisé la compétition et les planteurs auraient pu faire jouer cette concurrence pour obtenir un meilleur prix. Avec ces amendements, je crains que les petits planteurs ne puissent survivre et disparaissent », déplore-t-il.

Les neuf objectifs des amendements de la Sugar Industry Efficiency Act :

1.    Préparer l’industrie sucrière à faire face aux défis à relever avec l’abolition du quota sur le sucre par l’Union européenne.
2.    L’implémentation des mesures destinées à assurer la viabilité, sur le long terme, de l’industrie sucrière.
3.    La mise sur pied d’un Sugar Cane Sustainability Fund pour favoriser la production du sucre et de la bagasse.
4.    Jeter les bases pour une transition vers le « low carbon economy ».
5.    Donner plus de pouvoirs à la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA) pour développer :

  •      Un Renewable Sugar Cane Industry Based Biomass Framework, pour permettre au pays de remplir ses engagements internationaux
  •      Un Ethanol & Molasses Framewok pour permettent le « blending » obligatoire d’éthanol et de mogas
  •      Un Sugar Based Agro-industry Framewrok pour promouvoir un « sugar based agro-industry » et créer du sucre à valeur ajoutée ou tout autre produit sucrier en utilisant les matières premières locales

6.    S’assurer que les consommateurs bénéficient de produits de qualité à base de sucre, répondant aux normes internationales.

7.    Des provisions pour accroître les revenus des planteurs à partir de la molasse et la répartition de la mélasse entre les distilleries.

8.    De meilleures provisions pour la conversion des terres.

9.    L’implémentation du jugement de l’Arbitration Panel en date du 31 juillet 2015 concernant le travail saisonnier dans l’industrie sucrière.

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