Economie

Travailler après la retraite : entre contraintes, passion et partage

cash Des raisons financières poussent plusieurs personnes à travailler après l'âge de la retraite.

Plusieurs personnes sont toujours actives dans le monde du travail même après l'âge de la retraite. Certaines le font pour des raisons financières et d'autres pour partager leurs connaissances et expériences avec la jeune génération. Sans compter celles qui ne peuvent rester à la maison à ne rien faire.

À 72 ans, le Professeur Ved Prakash Torul continue de faire entendre sa voix tant sur les plans national et international. Après avoir présidé la Commission de Conciliation et de Médiation pendant des années, il anime des conférences et séminaires sur les législations du travail et les techniques de médiation. En septembre, il ira à  l'Université Nelson Mandela en Afrique du Sud pour s'adresser aux étudiants qui préparent leurs Masters et Phd.
Professeur émérite à l'Aberysthwyth University où il est chargé de cours en droit, cet auteur de plusieurs ouvrages sur les relations industrielles vient de publier un manuel explicatif sur l'Employment Relations Act et l'Employment Rights Act.

Qu'est ce qui fait courir le Professeur Torul à cet âge ? Il estime qu'un homme ne peut se retirer aussi longtemps qu'il a des choses à partager avec la société. « Après avoir acquis toutes ces connaissances, je sens qu'il est de mon devoir de les partager avec la jeune génération, dit-il. Les jeunes ont besoin de l'expérience des anciens pour progresser dans la vie et contribuer à une meilleure société. »

Idem pour Dev Luchmun qui s'est converti en consultant en relations industrielles après avoir été conseiller pendant une dizaine d'années au ministère du Travail, des Relations industrielles et de l'Emploi. En sus d’agir comme consultant  sur le plan des relations industrielles pour le compte de certaines entreprises, il collabore avec des organisations internationales dans la rédaction des ‘Country Reports’ sur la situation du travail dans ces pays. Durant sa carrière professionnelle, Dev Luchmun a été enseignant du cycle secondaire avant d’être recruté comme responsable d'éducation ouvrière à Maurice dans le cadre d'un projet financé par l'African-American Labour Centre, une organisation d’AFL-CIO, puissante centrale syndicale américaine.

Par la suite et pendant des années, il a été membre du comité éducatif de l'Afro-Cisl. Il a animé des conférences et autres séminaires dans plusieurs pays africains pour des projets conjoints CISL et le Bureau International du Travail ( BIT).

À 66 ans aujourd’hui, il confie ne pas être pas attiré par des gains financiers mais du désir de  faire profiter le pays de ses connaissances des relations industrielles. Il considère aussi la possibilité d'écrire un ouvrage sur l'histoire des travailleurs à Maurice.

Contraintes

Contrairement à ces deux professionnels, des personnes âgées sont contraintes de travailler pour subvenir à leurs besoins. Comme Chantal, 68 ans, qui gagne sa vie en faisant du repassage à domicile. « Je travaille pour trois familles et je peux avoir jusqu'à Rs 5 000 par mois que j’ajoute à ma pension de vieillesse. Cela me permet de vivre plus ou moins à l’aise. » 

À  huit heures Chantal  est déjà sur le pied de guerre. Après avoir  fait le repassage dans une maison, elle se rend chez les autres familles à tour de rôle. Sa journée se termine à 16 heures. Quand, il n’y a pas de repassage, elle entreprend d’autres petits boulots.

Pour elle, le travail est une bénédiction. « Je serai incapable de rester à la maison à ne rien faire. » Elle explique qu'elle a débuté sa carrière dans une usine de textile à 18 ans. Après un certain temps, on l’a transférée dans la section repassage. « Au début, c’était très fatigant. Il nous fallait rester debout pendant toute une journée mais on finit par s’y habituer. »

Chantal a travaillé jusqu’au début des années 2000 qui a vu des licenciements en masse dans les usines textiles à la fin de l’accord multifibre. C’est alors qu’elle prend la décision de faire le repassage à domicile. Outre le fait de contribuer aux besoins de la famille, son plus grand plaisir est d’offrir des présents à ses petits-enfants. « Sans ce travail, je n’aurais pu le faire. »

À 65 ans, Maxime est agent de sécurité pour le compte d’une compagnie privée. Sa vie n’est certes pas facile, dit-il, car il est appelé à travailler de nuit. « Comment cesser de travailler quand on a des responsabilités familiales ? J’aurais bien voulu profiter de mes petits-enfants mais je ne peux me permettre ce luxe. Je travaillerai aussi longtemps que Dieu me le permettra. »

Hausse de la pension

Potaya Kuppan, 74 ans, est président de la Southern Old People Association. Il déplore que bon nombre de nos aînés sont contraints de travailler car leur pension de Rs 5 800 par mois ne leurs suffit pas. « Qu'est-ce qui leur reste après avoir payé les factures d'eau, d'électricité et de téléphone, etc. » Ce qui explique, dit-il, son combat pour que la pension de vieillesse passe à Rs 9 000 comme c'est le cas pour le salaire minimal.

Il cite le cas d’une vieille dame de Chemin-Grenier qui fabrique des balye koko qu'elle vend dans le village pour pouvoir s'acquitter des Rs 3 000 de son loyer. Il ajoute que d'autres font des petits boulots ici et là souvent à des prix dérisoires afin de joindre les deux bouts..

Pour se faire un peu d'argent, Potaya Kuppan s'occupe de son jardin. « Ne pouvant payer les services d'un jardinier, je suis obligé de tout faire. Je commence très tôt le matin pour finir dans l'après-midi. » Ensuite, il vend ses légumes. Cela lui permet d’assurer ses dépenses familiales.