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Steven Obeegadoo, Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme : «Nous ne pourrons pas refermer les frontières» 

Steven Obeegadoo

À moins de 10 jours de la réouverture complète des frontières du pays, fixée au 1er octobre, le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme Steven Obeegadoo explique sa confiance en un redémarrage du tourisme dans des circonstances difficiles. 

Après un peu plus de 18 mois de fermeture totale ou partielle des frontières de Maurice aux touristes, tout touriste pleinement vacciné pourra, à partir du 1er octobre, circuler librement à travers le pays, à condition d’avoir fait un test PCR à moins de 72 heures de son embarquement. Comment abordez-vous cette dernière ligne droite ? 
On y travaille en permanence. C’est un travail sans répit sur différents fronts. Les trois derniers mois de l’année sont ceux où nous accueillons traditionnellement le plus de personnes de l’étranger et ce sont essentiellement des touristes. 

Il y a donc toute la partie ayant trait à l’accueil à l’aéroport, au transfert vers le logement et l’accueil dans les hôtels à mettre en place, en sus de l’aspect sanitaire. 

Puis il y a le marketing. Nous sommes en confiance. Malgré tous les prophètes de malheur et la campagne antipatriotique en cours, nous pensons que l’exercice sera réussi.

La première phase a été enclenchée le 15 juillet dernier. Ce n’est un secret pour personne que le démarrage a été plutôt laborieux et compliqué… 
C’était souhaité que ce soit lent et laborieux, car c’était une phase expérimentale. Au cours de cette phase, nous avons tâté le pouls du marché touristique à l’étranger. Nous avons préparé notre marketing en fonction de cela. C’est aussi une phase de transition au niveau des protocoles qui évoluent en fonction de la situation. 

Cela a été aussi une phase durant laquelle la campagne de vaccination a été accélérée et où elle a été rendue obligatoire à Air Mauritius, à l’aéroport, parmi les transféristes et dans les hôtels. Cela a été une expérience et une expérience réussie. Nous en sommes actuellement à 14 vols hebdomadaires. D’ici novembre, nous passerons à 60 vols par semaine. Le chiffre devrait augmenter de manière continue.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de risque, mais il est bien moindre. Le risque fait partie de nos vies. Il faut en prendre de manière raisonnée et raisonnable.»

Nous avons eu combien d’arrivées depuis la première phase de la réouverture ? 
En termes de passagers, nous en sommes à 8 022 arrivées du 15 juillet au 10 septembre, dont la plupart sont des étrangers. Le pourcentage d’étrangers a crû constamment. Le bilan de cette période nous indique que plus de 70 % des passagers ont choisi d’aller dans des Resort Hotels. Le taux de vaccination parmi les passagers est de 71 %. Avec la progression de la vaccination à l’étranger, le pourcentage de vaccinés parmi les passagers continuera à augmenter. 

Combien de personnes positives à la COVID-19 parmi ?
Le taux de positivité de l’ensemble des 8 022 passagers, auxquels il faut ajouter ceux qui sont venus par le biais de vols de rapatriement. Cela nous donne un peu plus de 9 000 passagers et un taux de 0,5 % de personnes positives venant de l’étranger. C’est un pourcentage très faible. 

Arriverons-nous au niveau de l’avant-COVID-19 en termes de vols vers Maurice ? 
Évidemment, tout est une question d’offre et demande. L’objectif de 650 000 touristes que nous nous sommes fixé pour la période de juillet 2021 à juin 2022 représente un peu moins de la moitié de celui que nous aurions pu ambitionner d’atteindre si nous n’avions pas connu la COVID-19. La desserte aérienne sera donc forcément en fonction de cette demande et elle s’accroîtra au fur et à mesure que la demande se manifestera. Nous ne retrouverons pas le niveau de l’avant-COVID-19 en un mois ou deux, mais c’est le redémarrage du tourisme à toute vitesse. 

Quel est le taux de réservation ?
Impossible à dire, car il est en évolution constante. À la suite de l’information du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américain la semaine dernière, qui a classé Maurice au niveau 4 par rapport au nombre de cas positifs, il y a eu une baisse momentanée des réservations. 

Nous avons cependant noté une reprise depuis. En fin de semaine dernière, l’Angleterre a mis à jour sa liste rouge de pays et Maurice n’y figure pas. Cela facilite grandement les choses pour les touristes britanniques qui arrivent à Maurice et qui rentrent ensuite en Angleterre. Nous regardons l’avenir avec confiance. 

Malgré tous les prophètes de malheur et la campagne antipatriotique en cours, nous pensons que l’exercice sera réussi.»

Ne craignez-vous pas que d’autres pays suivent l’exemple du CDC ? 
Je ne pense pas que ce sera le cas. Cet organisme a pris sa décision sur la base d’une période de 28 jours correspondant à la pire période que nous ayons eue et c’est celle de fin juillet à fin août. Depuis, le nombre de cas a beaucoup baissé. 

Puis n’oublions pas que cette liste rouge du CDC inclut une centaine de pays dont l’Angleterre, Israël, la Suisse et l’Espagne, pour ne citer que ceux-là. Je souligne aussi que 92 % de ceux qui attrapent la COVID-19 à Maurice ne présentent aucun signe. Des 8 % restants, 0,2 % tomberont gravement malades. 

Outre le CDC, il y a eu, toujours la semaine dernière, une tentative perfide de faire capoter la réouverture. Cela a été un coup dur, mais heureusement il a été de courte durée, car les faits sont les faits. Nos réservations remontent. Les signaux repassent au vert. Nous continuons à travailler extrêmement dur pour rassurer et expliquer. 

N’est-ce pas trop ambitieux d’imaginer atteindre 325 000 touristes d’ici fin décembre ? 
Selon les opérateurs, c’est faisable. L’État fera tout ce qu’il peut pour nous permettre d’atteindre ce but. Que nous atteignons 300 000 au lieu de 325 000 ou 50 000 en moins ou 50 000 en plus, ce qui compte pour moi, c’est la dynamique qui est enclenchée. La haute saison qui s’étend d’octobre à début janvier est une étape cruciale. Nous y engageons toutes nos forces. 

C’est un fait qu’au niveau du public, il y a énormément de méfiance par rapport aux données liées au nombre de cas positifs de COVID-19 et de décès. Peut-on encore faire confiance aux chiffres ? 
Nous n’avons aucune raison de dissimuler les chiffres ou de les fausser. Maurice fait partie des pays dont les statistiques n’ont jamais été mises en doute par les institutions internationales, y compris l’Organisation mondiale de la santé. Seulement voilà, la COVID-19 a introduit un tel bouleversement social et d’incertitudes qu’au niveau mondial, le doute s’est installé. Dans tous les pays, les gens doutent des données de leur pays. Il n’est pas question de dissimuler une vérité quelconque. Au contraire, la vérité quelle qu’elle soit nous aide à avancer dans le combat contre ce coronavirus. 

Nous n’avons aucune raison de dissimuler les chiffres ou de les fausser. Maurice fait partie des pays dont les statistiques n’ont jamais été mises en doute par les institutions internationales.»

Jusqu’à l’heure, tous les passagers sont en quarantaine ou en septaine. À partir du 1er octobre, les personnes pleinement vaccinées pourront circuler librement. La crainte est qu’un variant, comme le Delta qui fait énormément de dégâts ailleurs et dont nous avons été épargnés jusqu’ici, passe à travers les mailles du filet… 
Les choses ont beaucoup évolué par rapport à l’année dernière avec la vaccination et le traitement des patients positifs. En France, il n’y a pas de quarantaine. La Grande-Bretagne allège ses conditions de quarantaine. Voyez le Canada et les États-Unis, par exemple. Il y a toute une liste de pays modèles qui permettent de se rouvrir au monde. Pour nous, cette réouverture est obligée, tant sur le plan économique qu’au niveau de la psychologie sociale qui est, pour un État insulaire comme Maurice, très important.

Puis je rappelle qu’outre l’obligation de subir un test PCR 72 heures avant l’embarquement, les passagers sont tenus d’en faire un autre à leur arrivée, puis un autre au jour-5 de leur présence sur le sol mauricien. Cela s’applique aux personnes vaccinées. Celles qui ne le sont pas restent en quarantaine dans leur chambre comme c’est déjà le cas. 

Le pourcentage de Mauriciens pleinement vaccinés à jeudi dernier était de 62 %. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de risque, mais il est bien moindre. Le risque fait partie de nos vies à chaque fois que nous nous levons le matin. Il faut en prendre de manière raisonnée et raisonnable. 

C’est là qu’intervient la nouvelle politique gouvernementale avec une troisième dose dont l’administration se fera dans les jours à venir. Nous offrirons une protection accrue d’une part, aux plus vulnérables et d’autre part, à ceux qui ont été vaccinés le plus longtemps pour permettre un renforcement de leur système immunitaire. Les gens ont bien compris que si le vaccin n’offre pas de protection absolue, il offre, en revanche, de bien meilleures chances de ne pas contracter le virus, de ne pas le transmettre et de ne pas mourir de la COVID-19. 

Dans le cas des irréductibles, le problème n’est pas le droit de ne pas se faire vacciner, mais c’est le danger qu’ils représentent pour les autres. C’est pourquoi l’État a imposé la vaccination pour l’accès à certains lieux comme les écoles, les cliniques privées, les hôpitaux, le port et l’aéroport. Nous continuerons à étendre cela. Nous travaillons aussi sur un pass sanitaire pour sécuriser la population mauricienne. Oui, risque il y a à chaque étape de la réouverture et c’est normal, mais comme tous les autres pays, Maurice doit assumer ce risque en se préparant au maximum pour le minimiser. 

C’est une quasi-certitude que des variants passeront entre les mailles du filet. Sommes-nous suffisamment préparés pour faire face à une explosion de nouveaux cas ? 
Nous faisons tout ce qu’il faut pour faire face à l’arrivée hypothétique d’un variant. Nous avons eu énormément de chances jusqu’ici. La situation à Maurice a été exceptionnelle. En matière de pourcentage de personnes ayant attrapé la COVID-19 et même en termes de malades et de décès, nous sommes de très loin en meilleure posture que les pays de la région, voire des pays développés. 

Nous n’avons pas pu empêcher que le virus soit partout dans la communauté, mais il n’est plus utile d’avoir des zones rouges. La situation évolue. Personne ne sait de quoi sera fait le futur. Mais nous savons que la science est en train de gagner la bataille, car elle avance plus vite que le virus. 

Aujourd’hui, en termes de nombre de lits, nous sommes prêts. Chaque hôpital a un COVID Ward. L’ENT est spécialisé dans les cas sérieux. Il produit son oxygène et il peut ravitailler d’autres hôpitaux. En termes de respirateurs artificiels, nous avons une marge de sécurité appréciable. Avoir suffisamment de ressources et de matériel est une priorité absolue pour nous. Oui, nous sommes prêts à faire face à un accroissement des cas, mais la question ne peut se poser de façon statique. Chaque mois, il faut revoir notre préparation. 

La semaine dernière, le Premier ministre a dit que sur le plan économique, nous sommes à genoux. Que se passera-t-il si nous ratons cette réouverture avec un nombre de touristes insuffisant ou une explosion de nouveaux cas ? 
On ne peut se permettre les frais d’un nouveau lockdown. Nous avons connu une des pires récessions du continent africain. Un nouveau confinement ne serait plus acceptable pour les Mauriciens sur le plan psychologique. Le retour en arrière ne se pose pas. Nous devrons nous adapter et inventer de nouvelles stratégies en fonction de ce qui se passera. S’il y a une recrudescence de cas, la stratégie sera certainement adaptée. Il n’y aura pas de lockdown, pas de retour en arrière. Nous ne pourrons pas refermer les frontières. 

Nous remobilisons nos marchés traditionnels que sont la France, la Réunion et l’Angleterre. Nous misons gros dessus. Au-delà de cela, la Suisse, l’Allemagne et l’Italie demeurent importantes. Nous progressons aussi beaucoup sur les marchés de l’Est et les pays scandinaves. C’est cela le premier objectif. 

Avec l’Afrique du Sud, c’est différent, car ce n’est que maintenant que la contamination s’y stabilise, alors que le taux de vaccination dépasse à peine les 12 %. Nous ferons les efforts qu’il faut sur ce marché. Pour l’Inde, c’est encore plus compliqué, car l’espace aérien y reste ferme. Mais nous avons demandé une dérogation spéciale pour que nous ayons le droit d’opérer des vols commerciaux. Le marché chinois est encore plus complexe, car il reste fermé aux touristes, qu’ils soient entrants ou sortants. 

Vous êtes confiant ?
Absolument, car les gens ont compris les enjeux de cette réouverture. Il y a 100 000 familles qui en dépendent. Si celles-ci ne peuvent pas dépenser, c’est toute l’économie mauricienne qui en souffrira. Je sens la population soutenir cette réouverture. L’enthousiasme est palpable. Si tout le monde y met du sien, je pense que nous sommes bien partis pour redémarrer le tourisme.

 

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