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Pourquoi les étudiants peinent à décrocher 4 Credits

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C’est la grogne chez les étudiants et leurs parents. La cause : le  critère de 4 Credits pour accéder en Grade 12 (Lower VI) cette année et de 5 Credits en 2019 pour faire la Lower en 2020. Nombreux sont les élèves qui n’ont pu obtenir le résultat voulu et ne savent quoi faire. Depuis, des questions fusent. Qu’est-ce qui cloche ? Pourquoi des étudiants ont du mal à y parvenir ?

Selon des chiffres calculés en présence des acteurs du secteur éducatif, mais pas encore officiels, il s’avère que 75 % des collégiens n’obtiennent pas 4 Credits. Il faut aussi souligner que 4 000 élèves n’ont aucun Credit. Ce qui ne manque pas de susciter des interrogations quant au niveau de nos jeunes et à la qualité de l’éducation.

Faizal Jeerooburkhan, de Think Mauritius, est critique. Il montre du doigt notre système éducatif qui, selon lui, est « malade ». « Si on veut apporter des changements, on ne peut les faire à l’emporte-pièce. Il faut une vraie philosophie éducative. Une réforme demande un temps de réflexion, beaucoup de recherches et de préparation », explique notre interlocuteur. Selon lui, le 9-year Schooling a été « kwi vide ».

D’ailleurs, Faizal Jeerooburkhan ne manque pas de faire ressortir qu’obtenir cinq Credits était jadis tout à fait normal. Il précise que c’est l’un des critères pour pouvoir intégrer la fonction publique. Donc, pour lui, il est logique de maintenir l’accès au HSC avec 5 Credits. Toutefois, « le système éducatif doit pouvoir encadrer ceux qui ont d’autres aptitudes et potentiels que l’académique. Le savoir-être, le savoir-faire et le savoir-vivre sont tout aussi important que le savoir. Mais l’école ne met l’accent que sur le savoir », se désole le membre de Think Mauritius.

Le président de l’Association des recteurs et assistants-recteurs, Soondress Sawmynaden, a une autre perception. « Si on est arrivé à une telle situation, ce sont les jeunes eux-mêmes qui sont à blâmer. Ils gaspillent leur temps sur les réseaux sociaux. Ils passent environ deux à trois heures sur leur portable ou tablette », affirme-t-il. Notre interlocuteur précise aussi qu’il y a un « laisser-aller » de la part des parents qui, « absorbés par le travail, n’arrivent pas à encadrer leurs enfants comme il se doit ». Et d’ajouter qu’auparavant, les parents jouaient un rôle prépondérant dans la vie estudiantine en allant rencontrer les enseignants, entre autres.

Soondress Sawmynaden indique que dans le passé, « les jeunes voulaient sortir de la misère » et l’éducation était un des moyens pour s’en sortir. De nos jours, « les jeunes n’ont pas à faire d’effort, car leurs parents le font à leur place ». Autre point avancé par notre interlocuteur : le choix de sujets imposés aux jeunes est trop rigide. « Il faut un éventail de sujets, car les jeunes ne sont pas forcément à l’aise avec ceux imposés », est-il d’avis.

L’ancien ministre de l’éducation, Kadress Pillay, désormais responsable du dossier Éducation du MMM, affirme, lui, que c’est quelque chose à ne pas prendre à la légère. « L’éducation est liée à l’histoire du pays, mais aussi à la pauvreté », dit-il. Pour ce dernier, il est normal que les parents essayent de faire un « forcing » pour que leurs enfants puissent aller en Grade 12 avec trois Credits.

Kadress Pillay soutient qu’il ne faut pas oublier les enfants au bas de l’échelle sociale, qui font leur apprentissage dans des conditions très difficiles. « Ces élèves n’ont pas l’encadrement nécessaire, ni même les conditions matérielles adéquates », se désole l’ancien ministre. Il avance d’ailleurs qu’on ne peut limiter ce débat au nombre de Credits. « Qu’est-ce qui est mieux ? Trois Credits de 3 unités ou cinq Credits de 6 unités ? » se demande-t-il. Pour lui, tout cela n’a pas été établi. Et d’insister sur le fait qu’il faut donner de l’espace pour qu’un enfant puisse développer ses diverses aptitudes.

Quant aux parents d’élèves, selon Jean-Maurice Jean-Pierre, secrétaire de l’ONG Habitat Concern, ils vont continuer à maintenir la pression pour que les enfants avec 3 Credits puissent passer en Grade 12. Après une manifestation devant le Parlement, une autre est envisagée devant le ministère de l’Éducation au retour au pays de la ministre Leela Devi Dookhun-Luchoomun. Une action en cour n’est aussi pas à écarter. « Nous voulons assurer l’avenir de nos enfants », lâche Jean-Maurice Jean-Pierre.

Qu’adviendra-t-il des étudiants qui n’ont pu décrocher 4 Credits, vu qu’ils ne pourront accéder en Grade 12. C’est la ruée vers les centres polytechniques, dont le MITD. Cela concerne surtout les élèves qui ont échoué à une deuxième tentative ou qui ont dépassé l’âge autorisé pour passer en Lower VI. Lors d’une première  journée portes-ouvertes vendredi, plus de 4 000 jeunes se sont montrés intéressés. Le hic, c’est qu’il n’y a que 3 500 places disponibles.

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