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Pharmacie naturelle : des herbes qui valent de l’or

herbes Le Baume du Pérou, un remède contre la toux, le Guinda peut aussi se cultiver en pots et la Saponaire a des vertus curatives.

En cas de diarrhée, de maux de tête ou de douleurs au ventre, nos grands-mères ont des remèdes pour nous soulager, voire nous guérir. Elles peuvent soigner petits bobos, irritations, inflammations, sans avoir à faire appel à un médecin. Des astuces qui se transmettent de génération en génération et se perpétuent encore aujourd’hui.

Sydney Bardin
Sydney Bardin adore cultiver.

Saponaire, Jean-Robert, Baume du Pérou ou Ortie…. Cela ne vous dit peut-être rien. Pourtant, ce sont des plantes qui poussent partout chez nous et auxquelles nos grands-parents ont recours pour guérir les maux du quotidien. Les remèdes naturels, rien de mieux pour se remettre d’aplomb. Ils sont appelés ainsi car autrefois ils étaient omniprésents. Nos grands-mères, ces médecins d’hier, ont toute une pharmacie naturelle dans leur cour. Du gingembre pour les panaris. Du thym, de la menthe ou encore de l’ayapana, pour les maux de ventre. De la camomille pour les ballonnements.  Si vous avez de l’air dans les oreilles, il vous suffit de l’extraire avec du papier journal en forme de cornet qu’on place dans le conduit auditif externe de l’oreille. La liste est longue et pourtant les enfants d’autrefois n’avaient pas, à tout bout de champ, recours aux pilules pharmaceutiques, mais aux plantes médicinales des grands-parents.

Ce sont des traitements naturels et abordables, car un grand nombre de plantes poussent spontanément dans nos cours, les bois et les champs. Par ailleurs, contrairement à certains médicaments, les remèdes de grand-mère ne sont pas toxiques ou très peu. Par conséquent, le risque d’effet indésirable est peu élevé. Ces effets sont généralement légers et surviennent surtout en cas de surdosage.

Imran Abdool
Le naturopathe Imran Abdool a 22 ans de carrière.

Racines, écorce, bois, tiges, feuilles, fleurs, fruits, graines, les remèdes se concoctent par un mélange de plusieurs plantes ou d’une partie de la plante. L’utilisation des remèdes se présente ainsi sous différentes formes, soit en tisane, décoction ou application directe sur la peau. Ces plantes sont certes naturelles, mais certaines précautions sont à prendre. Par exemple, soigner la prise en charge pour éviter des risques d’allergie, ne pas se tromper de plante ou encore respecter un dosage. Concernant les autres formes et préparations, les contre-indications varient selon les plantes, l’âge, l’état de santé de la personne et les éventuels traitements en cours. Certaines plantes doivent être évitées si vous prenez des médicaments et il vaut mieux en parler d’abord à votre médecin.

Pas de secret

De plus en plus de gens se remettent à consommer des tisanes de grand-mère. Pas seulement des tisanes achetées toutes prêtes.Souvent, les gens cultivent eux-mêmes les racines ou les fleurs dans leur potager. C’est le cas du couple Bardin, Josée, 65 ans, et son époux, Sydney, 73 ans. Ils se remémorent tout deux des souvenirs lointains, des remèdes de leurs parents et grands-parents. « Jadis, il n’y avait pas d’hôpital ni de dispensaire dans chaque localité. On était obligé de se fier aux remèdes de nos grand-mères et ils étaient efficaces », confie Sydney.

De plus, après chaque dîner, le couple a pris l’habitude de consommer une tisane à base d’ayapana, de menthe ou de camomille afin de faciliter la digestion. Sinon, de temps en temps, le couple s’offre des petits plaisirs de « rafraichi », comme « ti tref », qu’ils se procurent dans leur potager. Ils habitent en ville et l’espace pour la culture est limitée. On trouve dans leur cour de l’ayapana, du Jean-Robert, du noni, de la sensitive, de l’herbe papillon, de la tourterelle, de l’aloe vera, du guinda, quelques fleurs et des légumes. D’ailleurs, ils se désolent de ne pas avoir plus de place dans la cour car ils aiment cultiver. « La tisane réchauffe, a du goût et elle est bonne pour la santé », souligne Josée. Le couple connaît beaucoup d’autres plantes et leurs utilités, mais pas toujours le dosage approprié. « J’ai appris beaucoup de mes grands-parents, mais au fil du temps je ne me souviens plus de tous les dosages, du coup j’évite de prendre certaines tisanes à cause des réactions secondaires », explique Josée.

De génération en génération

Josée Bardin
Josée Bardin fait confiance aux plantes.

Farah est âgée de 25 ans et pourtant son jeune âge ne l’empêche pas pour autant de se fier à la médecine traditionnelle. « Ma mère, qui a appris de sa mère, m’a beaucoup parlé de certaines plantes pour les maux quotidiens. Je prends rarement des pilules, la plupart du temps j’essaye de me soigner avec des plantes que je connais », raconte notre interlocutrice.  Farah prépare elle-même ses sirops contre la toux, ses infusions pour la digestion ou encore des compresses contre les entorses. Elle se décrit comme une jeune fille qui ne se fie qu’aux méthodes traditionnelles, qui, selon elle, ont toujours marché. « Que ce soit les traitements à base de plante ou les massages, voire des techniques ancestrales en utilisant des huiles spécifiques pour des traitements particuliers, j’ai tout adopté », raconte-t-elle. 

Effet secondaire

Horrible, amère, infecte. Ce sont des mots utilisés lorsqu’on goûte aux tisanes à base de plante. Beaucoup préfèrent avaler une pilule et la laisser agir. « Comme pour n’importe quel autre aliment, les effets secondaires sont possibles, dépendant de la personne », explique Imran Abdool, naturopathe. Pour ce praticien de santé, les effets secondaires des plantes médicinales sont rares. D’ailleurs, il explique que « toutes les plantes médicinales sont très concentrées et doivent se prendre à petite dose, si cela présente des effets secondaires, la dose doit être réajustée. »

Avec ses 22 ans de carrière, Imran Abdool a vu défiler des patients qui en avaient assez des pilules chimiques qui ne donnaient pas de résultat. « Les médicaments soulagent instantanément les maux, mais tous ne guérissent pas », insiste ce dernier. D’ailleurs il fait état d’une anecdote : « Une patiente qui souffrait de dépression est venue me voir. Son médecin lui avait prescrit plusieurs médicaments qui avaient des effets secondaires qui s’enchaînaient. Trois ans après, le médecin en question finit par lui annoncer qu’elle avait la maladie de Parkinson. Elle a cessé graduellement de prendre ses médicaments, a commencé un traitement à base de plantes et aujourd’hui la personne est complètement guérie. »


Jay Mootoosamy : «Les tisanes agissent lentement mais efficacement»

Jay Mootoosamy
L’herboriste est basé au Marché central.

L’emblématique herboriste du marché de Port-Louis, Jay Mootoosamy, concocte des tisanes depuis 25 ans. Ce « docteur » a des remèdes naturels qui soignent tout. Maladie cardiovasculaire, asthme, cholestérol, hernie, diabète, enflures, pierre ou encore insomnies. La liste est longue. L’herboriste a plus d’une soixantaine de plantes cueillies dans les champs, aux flancs de montagnes et de collines ou au bord des rivières. « Auparavant, quand mon père tenait encore l’échoppe, il y avait plus d’une centaine d’herbes et plus de 600 variétés.   Aujourd’hui, avec l’urbanisation, les plantes sont de plus en plus rares, et d’autres commencent à disparaître », explique Jay.

Les tisanes de Jay font même le tour du monde et il en est fier. « Quand une personne vient chez moi, je ne fais pas que donner sans savoir, je l’interroge pour savoir de quoi il s’agit. Puis, j’ajuste la dose. Je la conseille aussi sur le traitement », précise Jay. Par ailleurs, notre « docteur » en plantes médicinales déplore le fait que les Mauriciens ne suivent pas à la lettre les recommandations. « La tisane doit être consommée suivant un cycle lunaire, soit de la naissance jusqu’à la fin du dernier quartier, à savoir durant 28 jours. Mais beaucoup ne vont pas au bout de ce cycle. Lorsqu’ils sentent qu’ils vont mieux, ils arrêtent le traitement. Ce qui fait que les maux vont probablement revenir », explique l’herboriste.

En deux heures, plus d’une dizaine de personnes se sont présentées à son échoppe à la recherche d’une tisane pour guérir telle ou telle maladie. Vieux, jeunes, hommes ou femmes, beaucoup de personnes ont recours aux plantes de Jay. « Les parents ou les grands-parents ont initié leurs enfants aux bienfaits des tisanes », dit-il.


Prière et aiguille : un don qui peine à se transmettre

Prière et aiguille

« Marqueuse ». On en connaît tous une. C’est notre grand-mère, notre tante, la voisine ou une connaissance. « Marquer, barrer, tambave » des mots qui ne sont pas anodins aux Mauriciens. Tantine Mani, 81 ans est « marqueuse ». Un don quelle dit avoir obtenu après le décès de sa mère qui était elle aussi « marqueuse ». D’ailleurs, ce don, ne se transmet qu’à des membres de la famille. « Cela fait 45 ans que je me suis mise au service de la communauté », raconte la grand-mère. Une tradition qui se perpétue de génération en génération mais qui a tendance à se perdre. « Mes enfants et mes petits-enfants ne s’y intéressent pas vraiment. Je suis vieille et je ne sais pas qui reprendra le flambeau », se désole Mani.  Notre bonne fée n’a pas fait d’études de médecine. D’ailleurs elle n’est pas allée plus loin que la sixième, au cycle primaire. Et pourtant, nombreux sont ceux qui, à Goodlands, la connaissent et ont souvent recours à ses pratiques. Verrues, diarrhée, bronchites, croûtes de lait ou encore « ledent cokin » qui créé d’autres complications de santé principalement pour les enfants.  Elle « marque ou barre » tout, ou presque. Généralement, Mani utilise une aiguille et une bougie avec lesquelles  elle trace de petites croix sur le corps du malade. Les « passes » se font entre 6 heures et 18 heures. Pas avant, ni après. Elle chuchote une prière que lui a apprise sa mère. Tenant l’aiguille de la main gauche, elle la glisse sur tout le corps du malade, y traçant légèrement de petites croix, en commençant par la tête, poursuivant avec le visage, le bras et la poitrine. Même rituel dans le dos. Ce sont des passes, des mouvements de la main. L’aiguille sera ensuite placée dans une feuille de papier à ne pas ramener à la maison. Ainsi, trois jours d’affilée, le malade viendra chez Mani pour le même rituel.  Mani ne reçoit pas d’argent pour le travail effectué. « C’est un don, dont je suis fière. Je ne réclame jamais d’argent au risque de perdre ce don », confie-t-elle.