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Maurice Paturau : ce héros de guerre qui a aidé à façonner Maurice

Il fait partie de ces grands tribuns qui ont aidé à façonner le pays. Le billet de Rs 50 est à son effigie. Mais peu nombreux sont les Mauriciens, aujourd’hui, à savoir qui est Maurice Paturau. L’ouvrage « Maurice Paturau : un homme d’exception » retrace son histoire et ses réalisations.

Le 7 décembre, l’ouvrage Maurice Paturau : un homme d’exception sera lancé officiellement. Ce livre, voulu par les héritiers de Maurice Paturau et composé avec la collaboration du journaliste Yvan Martial, retrace l’histoire de ce grand tribun de Maurice, mais aussi des étapes importantes de la politique et de l’industrie de cette époque. 

Ministre avant l’Indépendance de Maurice, ce héros de guerre a été le relais entre le gouvernement et le privé jusqu’en 1994. Les billets de Rs 50 sont à son effigie sans que bon nombre de Mauriciens sachent pourquoi il a mérité cette place sur les billets bleus. 

Les débuts

paturau
Sir Archibald Sinclair félicitant le lieutenant Paturau après lui avoir remis la « Distinguished Flying Cross ».

Maurice Paturau voit le jour le 23 avril 1916 à Saint-Pierre, dans la maison familiale de son père Fernand Paturau et de sa mère Marthe de Sornay. Il est le benjamin d’une fratrie de huit enfants. 

Il fait ses classes au Couvent de Lorette de Saint-Pierre, puis au Collège du Saint-Esprit et au Collège Royal de Curepipe. Ses études supérieures, il les fera au Collège Impérial de Londres (City and Guilds) où il décroche un diplôme d’ingénieur mécanicien puis d’ingénieur aéronautique et à chaque fois avec les honneurs de 1ère Classe. 

Il possède aussi un brevet de pilote civil de premier degré. Sportif accompli, il pratique l’athlétisme et le squash, entre autres, mais se distingue en rugby avec l’attribution d’un half purple dans le quinze de l’université.

Le 16 décembre 1953, Maurice Paturau épouse Irène Claude Lagesse. De cette union naissent Catherine, Françoise et Jean Maurice.

La Seconde Guerre mondiale

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Maurice Paturau s’enrôle dans l’armée française et est affecté à une base militaire situé dans le sud-ouest de la France. Mais lorsque le maréchal Pétain appelle à la démobilisation, Maurice Paturau décide de répondre à l’appel de la libération de la France lancé par le général de Gaulle. 

En Angleterre, il est affecté au célèbre Groupe Lorraine en tant que pilote et exécutera un certain nombre de missions en Afrique et en France, dont certaines s’avèrent extrêmement délicates. Il aura le grade de lieutenant. 

À la fin de la guerre, Maurice Paturau aura comptabilisé 76 missions de guerre. Cela lui vaudra une longue liste de distinctions, dont Commandeur de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, Commandeur de l’Ordre national de mérite, Commandeur de l’Empire britannique, pour ne citer que celles-là.

Capitaine de l’industrie

Pendant plusieurs décennies, Maurice Paturau sera connu comme étant un des capitaines de l’industrie mauricienne. Lorsque Maurice Paturau revient à Maurice en 1946, c’est avec la ferme intention de servir le pays. 

À 30 ans, il devient directeur des Forges Tardieu. Après avoir développé et agrandi la compagnie, il la quitte le 15 octobre 1962 lorsque le gouverneur Shaw Rennie le nomme ministre du Commerce et de l’industrie.

En juin 1967, il quitte définitivement la politique et reprend sa mission de capitaine de l’industrie. Il sera ainsi, entre autres, président de la Chambre d’agriculture, directeur d’Ireland Fraser & Co, qui deviendra ensuite IBL, président du Mauritius Sugar Industry Research Institute, président du Central Electricity Board, président du National Computer Board.

À partir de 1971, Maurice Paturau dirige le Joint Economic Committee (JEC), organisme en charge de la coordination du secteur privé et négociateur entre le privé et le gouvernement sur les gros dossiers. Il le restera jusqu’en 1994.

Incursion dans le monde politique

Sans être proche d’un parti politique particulier et sans passer par des élections, Maurice Paturau est nommé membre du Conseil législatif mauricien par le Royaume-Uni en 1962, quelques années avant l’Indépendance. Jusqu’en 1966, il occupera le poste de ministre du Commerce, de l’industrie, du tourisme et des communications extérieures. 

Le fait de n’être proche d’aucun parti politique en particulier lui permet d’aborder sa mission sans parti pris. Sa prestation lui vaut le respect et la confiance de sir Seewoosagur Ramgoolam. L’express fera de lui le Mauricien de l’année 1965. 

À son actif, de nombreuses réalisations dont la création de plusieurs secteurs d’industrie et des initiatives pour permettre aux Mauriciens de bénéficier de formations professionnelles de haut niveau au lieu de devoir obligatoirement partir à l’étranger pour étudier.

« Il ne fait pas partie des politiciens carriéristes qui rêvent de pouvoir un jour occuper un fauteuil ministériel avec la ferme intention d’y rester durablement. Pour lui, le ministère du Commerce et de l’industrie est avant tout un défi à relever », peut-on lire dans Maurice Paturau : un homme d’exception.

Du 7 au 24 septembre, Maurice Paturau est parmi les 28 Mauriciens qui participent à la cinquième et dernière Conférence constitutionnelle de Maurice, qui a lieu à Lancaster House à Londres. Le but de la conférence est de savoir si oui ou non, Maurice accèdera à l’indépendance.

Lors de cette conférence, Maurice Paturau « défend avec acharnement la fragilité de l’économie mauricienne et rejette avec force toute représentation communautariste par listes électorales séparées », peut-on lire dans le livre.

Le 30 juin 1966, Maurice Paturau quitte le gouvernement et le 20 juin 1967, il quitte l’Assemblée et la politique de manière définitive. Il déplore que l’on « s’éloigne de l’axe principal du développement national pour se perdre dans des considérations clientélistes ».

Entretien : Jean Maurice Paturau, le fils de Maurice Paturau : «Mon père a œuvré pour que Maurice puisse amorcer son développement»

Jean Maurice Paturau raconte son père, Maurice Paturau, et explique pourquoi il était important de sortir une biographie sur ce dernier. Il souligne aussi l’importance de se souvenir de ceux qui ont contribué à la construction du pays.

Ce mercredi 7 décembre sera lancé officiellement l’ouvrage « Maurice Paturau : un homme d’exception ». Pourquoi était-ce important de sortir cet ouvrage ?
Mon père est décédé il y a une trentaine d’années. Nous parlions depuis longtemps dans la famille de produire une biographie sur lui, afin de raconter sa contribution à la nation, mais aussi son histoire personnelle. Nous avions constaté qu’aucun ouvrage n’avait été écrit sur lui alors qu’il a participé pour beaucoup au développement économique et social de Maurice. 

Mes sœurs, Catherine et Françoise, et moi y réfléchissions, mais c’était un peu compliqué de vraiment s’y mettre. Au début de l’année, l’avocat Yves Hein, qui est le petit-fils de la sœur de mon père, nous en a reparlé lors de l’anniversaire de ma sœur Françoise. C’est comme cela que le projet a été remis sur le tapis.

Qu’est-ce que cela vous a apporté et à votre famille ?
Ce projet nous a permis de nous replonger dans son passé et sa vie. On a redécouvert des choses que nous avions oubliées. Nous avons même retrouvé des photos de son enfance que nous n’avions jamais vues.

L’ouvrage, qui compte 156 pages, est très documenté. A-t-il fallu faire d’importantes recherches ?
Heureusement que mon père avait laissé beaucoup de documents. Nous n’en avons pas trouvé beaucoup concernant la guerre, c’était une période de sa vie dont il parlait peu. On a eu l’aide de proches de la famille pour les recherches, mais aussi de certaines institutions à Maurice et à l’étranger. L’ouvrage a été écrit par Yvan Martial, qui a d’ailleurs connu mon père. 

Nous n’avons pas voulu que le livre ne contienne que du texte, mais aussi beaucoup de photos pour toucher un plus grand public. On a puisé pour environ 70 % du matériel dans les archives familiales. Le livre a été débuté en mars et a été imprimé en novembre.

Est-ce qu’un projet de cette envergure coûte cher ?
Produire un livre est loin d’être gratuit. Nous nous sommes lancés dans la recherche de sponsors qui nous ont aidés à financer le projet car nous n’aurions pas pu le financer à compte d’auteur. Plusieurs sponsors ont répondu présent et nous les en remercions.

Est-ce que c’est parce que vous avez le sentiment que Maurice Paturau a été oublié que vous estimiez qu’il fallait produire une biographie sur lui ?
La mémoire s’efface avec le temps. Les gens de 50 ans ou plus l’ont connu, car il est décédé en 1996. Mais ce n’est pas la même chose pour les générations plus jeunes. Certains n’ont carrément jamais entendu parler de lui. Si nous n’avions rien fait, il n’est pas sûr que quelqu’un d’autre lui aurait rendu hommage.

Les billets de Rs 50 sont à son effigie...
Oui, mais le grand public d’aujourd’hui ne sait probablement pas qui il est et ce qu’il a fait pour son pays.

Êtes-vous d’avis que le pays l’a oublié ?
Oui et non. De son vivant, l’État l’a fait Grand Officer of the Star and the Key (GOSK) et il figure aussi sur les billets de Rs 50. On ne peut donc pas dire qu’il a été oublié. Cela dit, je pense qu’il aurait été utile de rendre hommage aux personnalités qui ont contribué à faire de Maurice ce qu’elle est devenue aujourd’hui tant sur le plan social, économique ou politique. Pourquoi pas une Journée du souvenir…

Est-ce qu’il aurait fallu trouver un moyen pour mettre l’accent sur les tribuns dans le curriculum scolaire ?
Effectivement, cela pourrait être intéressant que l’on parle des tribuns qui ont marqué leur temps. Les historiens et pédagogues mauriciens des livres scolaires pourraient s’y pencher.

Maurice Paturau a été très actif sur le plan économique, mais aussi politique. Aucun de ses enfants ni petits-enfants n’est descendu dans l’arène politique jusqu’ici…
Tout à fait. C’est probablement pour des raisons de tempérament et de caractère. Et puis, une partie de la famille n’est pas au pays. Cependant, nous sommes très attachés à Maurice. Mais il est vrai que ses petits-enfants sont encore très jeunes. 

Puis, de manière générale, je note qu’il y a un désintérêt pour la politique. Les gens s’engagent moins et cela pour diverses raisons. Quant à moi, je n’ai jamais été intéressé par la politique. J’essaie de servir les gens et le pays de manière différente.

Est-ce que son époque est la charnière qui a permis le développement de Maurice ?
Maurice avait besoin de leaders pour assurer le développement du pays et il y eut plusieurs personnages clés : 
sir Seewoosagur Ramgoolam, sir Anerood Jugnauth ainsi que mon père et d’autres encore. 

Bien que votre père ait fait de la politique, il n’était pas connu comme étant proche d’un parti plus qu’un autre…
Avant l’Indépendance de Maurice, la reine d’Angleterre pouvait nommer deux députés (Nominated members). Il a été ensuite nommé ministre par le Gouverneur de l’époque, sir John Rennie. De 1962 à 1966, il a occupé le fauteuil de ministre du Commerce, de l’industrie, du tourisme et des communications extérieures. À l’époque, les ministres avaient beaucoup de portefeuilles. Mais autant que je m’en souvienne, il n’a jamais été membre d’un parti politique. 

Il démissionne en 1967, juste avant les élections de l’Indépendance, car il ne voulait pas se mêler de politique.

Il s’est ensuite concentré sur son travail au sein du secteur privé. Il a notamment été président du Mauritius Sugar Industry Research Institute, de la Chambre d’agriculture, du Central Electricity Board, a été directeur général d’Ireland Fraser & Co. (prédécesseur d’IBL), et coordonnateur et président du Joint Economic Council, entre autres. On peut le décrire comme quelqu’un de très actif…
Il recevait plus de mille personnes par an à son bureau. Pendant de nombreuses années, il a fait la liaison entre le secteur privé et le gouvernement. Mon père était indépendant dans ses idées, mais il était quelqu’un qui savait rassembler. 

Il était apprécié, du côté du gouvernement comme du privé. Il représentait les intérêts du privé, mais était à l’écoute de certaines idées ou projets des différents gouvernements en place. Il a assumé ce rôle pendant que SSR et SAJ étaient au pouvoir et ce jusqu’en 1994. 

Il avait une franchise de parole et était là pour faire avancer les choses. Il avait souvent un coup d’avance et avait des idées novatrices. Ce n’était pas pour son intérêt personnel, mais pour faire avancer le pays. Il était très juste dans son approche avec les gens. Par exemple, sous sa direction à Forges Tardieu, les travailleurs ont reçu une participation dans les actions de la compagnie. Il disait que la finalité de l’Économie devait être le Social.

Se sentait-il investi d’une mission envers le pays ?
Il a toujours travaillé pour le pays. Il a œuvré pour que l’île Maurice puisse amorcer son développement au démarrage de l’Indépendance et assurer ensuite un développement harmonieux du pays malgré les difficultés qui ont pu jalonner son Histoire pendant toutes ces années.

 

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