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La Banque mondiale considère certains agissements de Gurib-Fakim «inappropriés»

Gurib-Fakim

Le Rwanda, le Sénégal et l’Éthiopie ont tous été victimes de demandes « inappropriées » de l’ex-présidente de la République en 2016. Ce serait une des conclusions de la Banque mondiale suite à des courriels que celle-ci a adressés aux chefs d’État de ces pays. Son objectif était de faire pression pour que ceux-ci  fassent  verser  l’argent d’une initiative pour développer la recherche en Afrique sur un compte en banque de PEI à la Barclays.

C’est encore Motichand Seebah qui lit devant la commission les échanges de courriels entourant cette affaire. Le 16 décembre 2015, Mauricio Fernandes, le CEO de PEI, transmet un courriel à la Présidente d’alors comprenant le brouillon d’une lettre. La lettre devrait être envoyée à Macky Sall, président du Sénégal, et aux chefs d’État du Rwanda et de l’Éthiopie.

Il y est question des finances du Regional Scholarship and Innovation Fund, qui font partie du Partnership for Skills in Applied Sciences, Engineering and Technology (PASET) de la Banque mondiale. Le fonds est lancé le 13 juin 2015, conjointement avec ces trois pays, en vue d’encourager la recherche dans la région Afrique. Cinq millions de dollars avaient été initialement injectés par différents gouvernements africains et Africa Business Champions for Science (ABCS), présidé par nul autre qu’Alvaro Sobrinho.

Courriel envoyé à trois chefs d’état

Deux jours plus tard, soit le 18 décembre, Ameenah Gurib-Fakim envoie effectivement la lettre aux trois chefs d’État. Elle  y demande que les interim funds du programme pour la région Afrique soient transférés au compte de PEI à la Barclays. Elle fait ressortir que PEI est « an important part of the PASET programme » et qu’ABCS, présidé par Sobrinho, avait injecté $1 million dans le projet. « The purpose of this letter is to appeal to you to transfer the interim funds to PEI in recognition of the important role it has played to date », écrit Ameenah Gurib-Fakim, avant de signer comme vice-présidente de PEI et présidente de la République de Maurice.

Elle ne s’arrête pas là. Le 28 janvier, la Présidente d’alors envoie une deuxième lettre aux mêmes chefs d’État. C’est son secrétaire, Dass Appadu, qui rédige une première ébauche, qu’il envoie à Mauricio Fernandes pour avis et remarques. Le courriel final est envoyé pour informer les trois chefs d’État que le compte de PEI à la Barclays est prêt et qu’il leur faut débourser les fonds du Regional Scholarship and Innovation Fund. La pression ne servira pas à grand chose. Arrivé février, le PEI se retrouve marginalisé. Un échange de courriels datés le 9 février entre Ameenah Gurib-Fakim et Mauricio Fernandes en dit long : « They have cut the PEI out of the picture in favour of the AAU (Association of African Universities). » Un courriel indique qu’un prénommé « Goolam », le Sénégal et la Banque mondiale sont derrière cette décision. « The World Bank called your Head of State’s letter inappropriate… » précise Mauricio Fernandes.

Privés du soutien de la Banque mondiale, le CEO et la vice-présidente de PEI échafaudent leurs plans B et C. Soit, approcher l’Union européenne ou la Chine. « Nothing will come out of this thing with AAU. Let us cut our losses and get out », suggère Ameenah Gurib-Fakim.


La BOM conseille PEI de rechercher une licence d’Investment Banking

Une autre lettre de Mauricio Fernandes adressée à l’ex-Présidente le 16 mars 2016 donne quelques éléments concernant les plans de PEI au niveau des affaires.

On y apprend ainsi que « Yesterday, we were informed by the Bank of Mauritius that a private invest bank would be more appropriate to our business model as we will not capture local deposits or work in an open market. » Le même courriel indique qu’il faudra amender les constitution de l’ASA Fund et du PASET Fund, compagnies offshore de l’Angolais à Maurice, afin d’en faire des compagnies « closed end », ce qui annulerait la possibilité de retirer ses investissements à n’importe quel moment. Le raisonnement est que ces compagnies financeront des start-ups ayant besoin d’investissements à long terme plutôt que sur le court terme.