Interview

Gino Alfred président du Agaleean Island Council : «Agalega est une partie intégrante de la République»

dis moi Sensibilisation aux droits humains lors de la visite des représentants de DISMOI à Agalega.

Gino Alfred, le dynamique président du Agaleean Island Council, est un passionné des droits humains. Il est d’ailleurs responsable du dossier Agalega pour l’OING DISMOI et voudrait que son pays ancestral soit reconnu comme partie intégrante de la République de Maurice. Ce qui est loin d’être le cas surtout par les temps qui courent...

Qui est Gino Alfred ? En quoi les droits humains sont-ils importants pour vous?
Gino Alfred, Zynno pour les intimes, est fils d’un Agaleen, Marc Alfred, venu, comme beaucoup d’autres, à Maurice pour échapper à la misère des administrateurs, au temps où l’huile de coprah avait son pesant d’or pour l’État. Je suis aussi petit-fils du GRAND KOUMANDER, comme on désignait dans le temps celui qui était la main droite OBLIGEE du MISIE LA. C’était un coriace qu’on appelait SIMANIWA DIFE.

Veuf depuis 18 ans, je vis avec mes enfants. Je suis cofondateur des Amis d’Agalega en 2003, premier fils d’Agaléen président du Agalega Island Council en 2009, après quatre années passées comme un membre du conseil, membre de l’OIDC board jusqu’aux dernières élections générales, évincé comme président en 2015, et repêché à nouveau au même poste suite aux premières élections tenues à Agalega en mai 2017, après que ce même Council fut mis en hibernation pendant 14 mois.

-Les Droits Humains- Comme le dit même son nom, le fait d’être simplement des êtres humains nous donne des droits universels. Ces mêmes droits nous permettent à tous de vivre indépendamment de notre statut social, notre religion, notre sexe, notre culture, notre couleur politique, sur un même pied d’égalité. Encore faut-il que ces droits – inscrits dans les lois, sortent du papier et soient appliqués par les pays signataires. C’est un travail fantastique que réalise DISMOI.

La dernière fois que j’ai réalisé une interview avec vous, vous étiez un président sans bureau et sans équipements. Est-ce toujours le cas ou le gouvernement a-t-il réalisé que vous existez?
Je suis bien mieux là où je suis à présent. Le ministère de tutelle m’accorde beaucoup de facilités. Il y a encore beaucoup à faire, mais c’est un bon début et je salue tous ceux qui nous aident dans notre tâche.

Comment expliquez vous qu’un gouvernement puisse démarrer un projet qui concerne les Agaléens sans leur communiquer de quoi il en retourne? N’est-ce pas le signe du plus grand mépris envers les Agaléens?
C’est une erreur qui a commencé, il y a un bout de temps, avec plusieurs études menées par les gouvernements successifs, cela pour diverses raisons. On avait ainsi parlé de la présence de gisements de pétrole, de minéraux/métaux rares aux fond de l’océan et bien d’autres spéculations de tout genre; de polémiques. Il faut comprendre que les habitants d’Agalega sont coupés du monde. Après l’épisode du dossier des Chagos, certains disent que l’idéal serait de tout leur dire et de leur démontrer les avantages sur le long terme des projets dont on a démarré les travaux.

Racontez nous ce qui se passe à Agalega, à l’heure actuelle, avec le début du grand chantier mené par les Indiens.
J’ai également appris la nouvelle lors des bulletins d’information, dans les journaux, sur le Net et quelques infos des gens de l’île. De nombreux chantiers ont démarré et le paysage est transformé. Les ouvriers indiens sont déjà bien intégrés : ils ont même organisé leur fête de fin d’année ensemble. Tout va pour le mieux, mais l’inquiétude demeure.

Il y a plus de 3000 Agaléens à Maurice et 300 à Agalega. Comment expliquer que vous ne puissiez parler d’une seule voix, alors que l’État vous traite comme des citoyens de 2e classe?
Il règne encore une guerre ancestrale, menée depuis le temps des colons. Des choses se sont passées à Agalega, que beaucoup n’osent dénoncer, ce qui a fait apparaître des clans. C’est pire encore ici à Maurice. L’administration a fait construire dans les années 80-90 des maisons en dur à Agalega. C’est bien, mais mettre les Foremen du côté du soleil levant et les travailleurs du côté du soleil couchant, a amplifié cette situation malsaine. Il est temps de se dire un SEUL PEUPLE AGALEEN si on veut avancer.

Ce qui se passe à Agalega actuellement serait inenvisageable à Rodrigues? N’est-il pas temps que le peuple agaléen réclame la même autonomie ?
Pour réaliser ce rêve, il faut que l’on parvienne à cette Unité mentionnée plus haute. Comme le dit  Patrick Victor, le grand chanteur seychellois : « Yer sa bann fe napa pou kapab efase me demin ki nou pwete nou bezwin prepare [paroles de sa chanson Koste pep losean indien].

Depuis qu’on a commencé le combat en 2003, nous souhaitons plus d’autonomie ou d’auto-détermination. Notre action doit accoucher de quelque chose. Pour cela, il faut une bonne préparation. Un moyen de mieux intégrer Agalega dans la République serait d’avoir un ‘Special Représentative’ élu pour Agalega à l’Assemblée.

DISMOI Agalega est quasiment une réalité. Pourquoi cet engagement avec cette organisation internationale non gouvernementale?
DISMOI est l’une des rares OING à s’intéresser au sort des Agaléens. Vu qu’elle est présente travers l’océan Indien, à Rodrigues où elle accomplit un travail formidable dans les écoles; lorsqu’on a évoqué les droits humains lors de sa vise dans l’île, cela nous a interpellés. Pourquoi pas un DIS MOI AGALEGA et, dans le sillage, envisager d’alerter les instances internationales pour solliciter leurs expertises…

Supposons que l’État mauricien a de bonnes intentions et veut réellement améliorer la vie des Agaléens, vous ne seriez pas en train de crier ‘Au loup’ dans le vide ?
La première règle de vie pour moi : si bébé ne pleure pas, comment maman saura-t-elle s’il a besoin de quelque chose. Si le gouvernement veut faire des choses, c’est bien. Si on peut donner un coup de pouce pour que les choses se fassent dans l’harmonie, c’est meilleur. Si les Rodriguais ne l’avaient pas demandé, l’autonomie ne leur serait pas tombée du ciel. Gouverner, c’est aussi écouter, mais personne ne crie, alors…

Le mot de la fin
Agalega fait partie du territoire de la République non seulement en termes de Zone économique exclusive, mais tout comme l’île Rodrigues, ma terre d’adoption et les Chagos, tous ceux qui vivent dans la République doivent se sentir enfant de la République à travers les mêmes services, facilités et droits : telle est la responsabilité de l’État. Les Agaléens ont souffert de l’esclavage, du colonialisme, des administrateurs. C’est l’heure pour nous de marcher, de réclamer nos droits, tout en étant unis.

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