Législatives 2019

Élection générale : comment mener campagne écologiquement ? 

Élection générale

La campagne électorale est lancée et les premières oriflammes ont déjà fait leurs apparitions en cette mi-semaine. Il va sans dire que qui dit oriflammes, affiches, objets en plastique, drapeaux, entre autres, dit folklore avec ses conséquences pénibles pour l’environnement. Cette culture folklorique liée aux campagnes électorales traditionnelles est-elle indispensable dans un monde où la technologie est devenue une arme redoutable ? Dans le cadre de la campagne électorale, nous avons interrogé des membres de plusieurs partis politiques sur les mesures initiées pour une campagne écologique. 

Vassen Kauppaymoothoo, ingénieur en environnement et océanographe

Vassen Kauppaymoothoo, ingénieur en environnement et océanographe, estime que les partis politiques ont avancé dans la bonne direction par rapport à la situation d’il y a quelques années. « Les partis politiques ont pris de bonnes initiatives en échangeant les oriflammes en plastique par ceux en tissu », constate-t-il. 

Cependant il est d’avis qu’à l’ère numérique, les campagnes traditionnelles avec rassemblements, sonorisation et oriflammes sont dépassées. Et d’ajouter que pour 60 % de la population ayant moins de 35 ans, les campagnes électorales doivent être axées davantage sur les réseaux sociaux. « Avec le rajeunissement de l’électorat, la population sera d’autant plus en faveur d’une campagne moderne avec des débats face à face entre les politiciens comme dans les grandes démocraties ».

De plus, il souligne que l’environnement devrait être un des thèmes prioritaires de ces élections. « Si les partis politiques s’engagent éternellement à des débats traditionnels, on fera face au problème majeur du changement climatique. La conscience environnementale est un sujet qui prend de l’ampleur à travers le monde, cela devrait être l’une de nos préoccupations également », renchérit-il.

Joanna Bérenger du MMM 

Quant à Joanna Bérenger du MMM, elle nous assure que le MMM a l’intention de mener une campagne électorale respectueuse de l’environnement dans la mesure du possible. « De notre côté, il n’y a pas de compétitions d’affiches, de banderoles, d’oriflammes. Nous en utilisons le minimum possible. Nous ne mettons pas de « baz » également, mais uniquement un quartier général par circonscription, voire maximum deux dans les grandes circonscriptions », partage-t-elle. Et d’ajouter que le MMM essaye d’adopter des petits gestes écologiques au No. 16 (Vacoas/Floréal) comme éviter l’utilisation de ‘take away’, entre autres. « Je fais du mieux possible pour essayer de sensibiliser mon entourage à la cause environnementale. Faut y croire ! », conclut-elle. 

Sunil Dowarkasing du PMSD 

Sunil Dowarkasing, membre du PMSD, concède que la campagne électorale a tendance à être folklorique à Maurice. Cependant, il est d’avis que cet aspect de la campagne électorale n’est plus indispensable si on considère l’évolution de l’électorat. « Nous avons un électorat mature qui ne se laisse pas berner ou influencer par le folklore. Auparavant, les affiches et les oriflammes étaient utilisées pour transmettre un message ou marquer la présence. Toutefois, aujourd’hui, avec l’évolution, la signification de ces supports s’est érodée. L’électorat a évolué, nous devons, nous aussi, nous adapter par rapport à cela », explique-t-il. 

Pour mener une campagne électorale écologique, ce dernier recommande la diminution des matériels utilisés lors des campagnes pour être plus au diapason de la technologie. « À une époque où on parle d’une île Maurice moderne, et d’un rajeunissement de l’électorat, il est grand temps d’utiliser la technologie en termes audiovisuel et technique afin d’animer des débats en direct », rétorque-t-il. 

Cependant, Sunil Dowarkasing est d’avis qu’on devrait penser à développer un code de bonne conduite par rapport à l’environnement, sur lequel tous les partis s’accorderaient lors des futures campagnes électorales. « Dans le passé, nous avions déjà pris l’initiative de bannir l’utilisation de plastique pendant la campagne électorale du fait des nuisances que cela causait à l’écosystème. En sus, nous avions pris la décision de coller les affiches à des endroits précis. C’était un bon départ. Toutefois, au cours des dernières élections, il y a eu une régression au niveau de ces mesures. C’est chagrinant ! II faut relancer ces mesures à travers un code de conduite spécifiquement pour les élections », exprime-t-il.

Bobby Hurreeram du MSM 

Bobby Hureeram du MSM affirme que du côté du parti soleil ils font en sorte d’appliquer des gestes écologiques. « Comme le code de conduite le préconise, nous utilisons des matériaux biodégradables tout en évitant l’utilisation de plastique et l’affichage sauvage. C’est déjà une bonne initiative ». Interrogé sur une éventuelle disparition des traditionnels matériaux de campagne électorale tels que les oriflammes et les affiches, due à l’ampleur des réseaux sociaux, Bobby Hurreeram partage que ce n’est pas pour maintenant. « Il y a un pourcentage de folklore qui reste ancré dans la culture mauricienne lors des campagnes. Toutefois, je pense qu’un changement s’instaurera au fil des années. Mais on a déjà considérablement diminué les affiches et les oriflammes », souligne-t-il.

Dev Sunnasy de 100 % Citoyen 

Dev Sunnasy, leader de 100 % Citoyen, se dit 100 % lié à la cause de l’écologie. « Nous avons toujours eu à cœur la protection de l’environnement. D’ailleurs nous avons présenté nos quinze premières mesures, il y a un mois à Rivière-du-Rempart, toutes liées à l’écologie et au changement climatique. C’est un de nos thèmes prioritaires », fait-il ressortir. 

Il affirme toutefois que vu que tout le monde n’est pas sur les réseaux sociaux, le parti 100 % Citoyen s’engage à utiliser un minimum d’affiches. « Nous préférons les réseaux sociaux pour des raisons écologiques, mais le fait que certaines personnes ne sont pas sur les réseaux nous oblige à nous plier aux règles du folklore traditionnel, mais nous nous engageons à le faire différemment en plaçant les affiches stratégiquement ».

Cependant, il partage sa déception des partis traditionnels qui, selon lui, piétinent le code de conduite existant par rapport aux matériaux utilisés pendant la campagne électorale. « On peut dire tout ce qu’on veut dans le code de conduite, mais tant que cela ne s’appliquera pas comme une loi avec des sanctions sévères, les partis traditionnels ne respecteront jamais les règles », conclut-il.

Osman Mahomed du PTr

Osman Mahomed du Parti travailliste explique que l’initiative des politiciens de shifter sur les réseaux sociaux est déjà un pas en avant vers une campagne verte. « L’utilisation conséquente des réseaux sociaux facilite la communication et diminue le recours aux affiches, entre autres, et on peut noter la différence. On est nettement plus écologique qu’on était auparavant », affirme-t-il. Et d’ajouter que les oriflammes, entre autres, n’impactent pas le vote des électeurs, car l’électorat est beaucoup plus éclairé. « Avec les réseaux sociaux, la population a une meilleure perception de quoi s’attendre d’un parti. Quant à ceux qui ne sont pas connectés, leurs enfants y sont certainement. Tout ça pour dire que ce sont les projets et la performance d’un gouvernement sortant qui fait la différence et non des affiches ou des oriflammes. »


Micro trottoir

Le Défi Quotidien a également recueilli le témoignage des Mauriciens. Alors, les citoyens sont-ils plus pour le folklore traditionnel ou pour les réseaux sociaux ? On vous laisse découvrir.

  • Anil Seerutun, 65 ans 

« C’est un mal nécessaire. C’est un folklore qui vaut la peine d’être vécu, car Maurice n’est pas prêt de voir naître une campagne sur les réseaux sociaux. Prendre la décision de l’avenir du pays à travers une interface, on n’en est pas encore là. »


  • Isnoo Babajwe, 62 ans 

isnoo« Ce ne sont pas les oriflammes qui font une élection, car la personne votera selon le pouvoir de persuasion des politiciens et les projets proposés. Je suis d’avis qu’on peut se dispenser des matériaux comme les oriflammes et les affiches, car ce sont des fonds dépensés inutilement qui peuvent être utilisés pour des choses plus constructives. Je suis pour une campagne saine, propre et verte ! »


  • Poonrao Babajee, 71 ans 

POONRAO« Toutes les dépenses qui vont dans le folklore d’une campagne traditionnelle sont peu nécessaires. Cela enlaidit l’environnement. Je pense que dans la mesure du possible, il faut diminuer l’utilisation des affiches, oriflammes et plastiques. Je suis pour une campagne moderne à travers les réseaux sociaux, car cela aide à diminuer les déchets. » 


  • SanjeevSanjeev, 49 ans 

sanjeev« Avec les réseaux sociaux, il est tout à fait envisageable de mener une campagne électorale plus verte, ce qui signifie moins d’oriflammes, d’affiches et de plastique. De plus, les réseaux sociaux encouragent le dialogue et les interactions, c’est l’avenir. »

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