Société

Baisse des naissances: un enfant coûte-t-il vraiment cher ?

Les ministres de la Sécurité sociale et de la Santé demandent aux Mauriciens d’avoir plus d’enfants, pour pallier le problème de démographie déclinante. Selon Statistics Mauritius, le nombre de naissances était de 6 955 lors du premier semestre de 2014, contre 6 736 durant la même période cette année-ci. Une tentative d’explications... Qui dit enfant, dit beaucoup de dépenses ! lance d’emblée Bruce Antoine, 28 ans. Cadre dans une agence de publicité, le jeune homme est marié depuis trois ans à une enseignante du secondaire. Pour le couple, avoir un enfant n’est pas la priorité pour le moment, car ils estiment que ce dernier ne devrait manquer de rien à son arrivée au foyer. Ce qui n’est, pour le moment, pas possible car le manque de moyens financiers constitue un obstacle. L’appel lancé par le ministre de la Santé, Anil Gayan, aux Organisations non gouvernementales (Ong) demandant à ces dernières d’encourager les familles à avoir plus d’enfants pour combattre le problème du vieillissement de la population et ses séquelles, risque de ne pas avoir d’écho, selon certains ! « Avant d’avoir un enfant, il faut une certaine stabilité. Nous avons préféré, mon épouse et moi, construire notre maison avant de penser à agrandir la famille. Pour l’instant, nos dépenses ne nous le permettent pas », explique Bruce Antoine. Parmi les dépenses mensuelles du couple, il faut compter le remboursement de leur prêt logement qui s’élève à Rs 20 000. Les remboursements pour l’achat de meubles et de l’électroménager ainsi que d’autres factures tournent autour de Rs 6 000. Il ne faut pas oublier l’alimentation qui coûte Rs 7 000 aux Antoine. Les deux salaires combinés dépassent les Rs 35 000 par mois mais malgré cela, un enfant n’est pas dans leur projet. « Pour moi, quand un enfant vient au monde, il doit avoir tout le confort nécessaire. Il ne faut pas penser que les grosses dépenses ne concernent que son arrivée. Il faut penser à son éducation, aux dépenses liées au pédiatre et aux médicaments, entre autres. Il y a des activités extrascolaires qui coûtent cher. On ne peut pas se permettre d’avoir un enfant si nous n’avons pas les moyens de lui offrir tout ce dont il aura besoin pour grandir », nous dit Bruce Antoine.

Les dépenses générales en moyenne

Comme Bruce Antoine, de nombreuses familles semblent être dans la même impasse. Selon le Household Budget Survey, un rapport de Statistics Mauritius publié en 2012, les dépenses moyennes des ménages ont augmenté de 51 %, passant de Rs 15 770 en 2006-2007 à Rs 23 930 en 2012. Le plus gros budget est attribué aux denrées alimentaires et aux boissons non alcoolisées, représentant 27,3 % des dépenses ménagères, soit Rs 6 540 par mois. Le transport représente 15,2 % des dépenses, suivies du logement, de l’eau et de l’électricité avec 12,0 %. L’éducation a vu la plus forte augmentation dans les dépenses ménagères avec une hausse de 111,8 %. D’un autre côté, ce même rapport indique que le revenu moyen de la famille mauricienne comprenant deux salariés a connu une augmentation de 53,9 %, passant de Rs 19 080 en 2006-2007 à Rs 29 360 en 2012. Cette hausse de salaire ne suffit pas aux familles pour qu’elles aient plus d’enfants. C’est en tout cas ce qu’affirme le sociologue Surendra Nowbuth. « De nos jours, les mentalités ont changé. Les parents veulent que leurs enfants ne manquent de rien et bénéficient d’une éducation de qualité. Un enfant est un gros investissement. Alors est-ce que ce salaire est suffisant ? Là est la question. Par ailleurs, ce qui était autrefois un luxe est un besoin aujourd’hui, comme la voiture et la maison, entre autres », souligne le sociologue. En sus du manque de finances, avance-t-il, le temps fait aussi défaut pour pouvoir s’occuper de plus d’enfants étant donné qu’aujourd’hui, que l’homme et la femme travaillent. Aussi, souligne, Surendra Nowbuth, avec la nucléarisation des familles, il est de plus en plus difficile d’avoir beaucoup d’enfants. « Auparavant, les parents et les grands-parents vivaient ensemble. Quand la maman partait travailler, c’est la grand-mère qui assurait la garde de l’enfant, ainsi que son éducation. Aujourd’hui, il n’y a personne pour garder les enfants. Les parents doivent opter pour les crèches qui coûtent relativement cher », ajoute le sociologue. Qui plus est, ajoute notre interlocuteur, les parents d’aujourd’hui aiment par-dessus tout leur liberté, leur intimité. « Chaque enfant qui arrive est  perçu comme une intrusion, un empiètement sur la vie sociale. Ils aiment sortir, aller au cinéma, au restaurant ». D’un côté, le ministre de la Santé souhaite combattre notre problème de vieillissement de la population, de l’autre, l’évolution de la société découragerait les familles à avoir plus d’enfants…
   

Responsabilités  et dépenses

Devenir parent est magique. Mais au-delà des émotions, avoir un enfant comporte bien des responsabilités. Et des dépenses… Combien l’arrivée de bébé ? La question est relative. Cela dépend des revenus des parents, mais aussi de la qualité des produits qu’ils veulent utiliser pour leur bébé. Cependant, il existe une liste de produits de base à laquelle les futurs parents doivent s’y plier et, bien souvent, sur un plan hebdomadaire. En tête de liste, nous retrouvons le lait. Il faut compter entre Rs 300 et Rs 350 la boîte de 900 grammes. Cela coûte encore plus cher, si c’est un lait spécialisé, comme le lait anti-régurgitation, par exemple. Pour les couches, c’est une autre paire de manches. Contrairement au lait, les prix varient selon la marque allant du plus bon marché au très cher. Pour un paquet de 20 couches, le prix peut varier entre Rs 200 et Rs 600. Ensuite, nous retrouvons les vêtements. Si on a envie d’économiser en optant pour une marque moins prestigieuse, il faut quand même comprendre que pour les bébés et les enfants, il faudra acheter de nouveaux vêtements tous les trois ou six mois. Ce qui nécessite un budget. Il faut aussi penser aux biberons, aux médicaments pour calmer les coliques de bébé et les pommades, entre autres.  
   

Quid des accessoires ?

[padding-p-1 custom_class=""][/padding-p-1] [padding-p-1 custom_class=""][/padding-p-1] Tout aussi utiles et importants, les accessoires aident les parents comme l’enfant à mieux s’épanouir. L’arrivée d’un enfant change bien des choses dans la vie des parents. Il est donc nécessaire de bien s’y préparer au préalable, cela tant sur le plan émotionnel qu’au niveau des accessoires. Rien que pour le mobilier, un berceau coûte entre Rs 3 000 et Rs 10 000, voire plus. Il faut prévoir le même budget pour ce qui est de la petite armoire ou d’une commode pour les vêtements de bébé. Le prix pour la table à langer commence à partir de Rs 1 500, idem pour la poussette. Ceux qui ont une voiture doivent compter au minimum Rs 3 500 pour le siège auto. Bien entendu, pour tous ces items, les marques prestigieuses coûtent plus cher. Pour la chambre du bébé, il faut compter la peinture, les rideaux, la lampe de chevet, entre autres. Un stérilisateur de biberon est aussi utile.  
   

Dans le monde: les allocations disponibles ailleurs

Dans certains pays, comme la France ou encore le Canada, le gouvernement prévoit des allocations pour les familles qui accueillent un nouveau-né. Dans l’Hexagone, par exemple, les allocations familiales sont versées à compter du mois qui suit la naissance du deuxième enfant, puis du troisième et ainsi de suite. Le montant mensuel des allocations familiales varie selon le nombre d’enfant à charge et selon les revenus des familles. Il peut varier entre 32 euros et 295 euros. Les allocations sont majorées à mesure que les enfants grandissent, soit à partir de 14 ans. En sus de cela, une somme de 900 euros environ est accordée aux parents qui attendent la venue d’un bébé pour les accessoires et le mobilier de sa chambre. Au Canada, selon une étude, un bébé coûterait 5 200 $ (Rs 140 000) par année à une famille. Autre donnée statistique, selon Justice Quebec, une famille dépenserait au moins 10 210 $ en moyenne pour ce qui est de l’alimentation d’un seul enfant. Les Canadiens bénéficient donc de Prestations fiscales canadiennes pour enfants (PFCE), qui est un paiement mensuel non imposable versé aux familles pour les aider à subvenir aux besoins de leurs enfants de moins de 18 ans.  
   

Aurore Perraud, ministre du Développement de l’enfant: « L’enfant ne vivra pas d’amour et d’eau fraîche »

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Pensez-vous que les familles mauriciennes ont les moyens financiers d’avoir plus d’enfants ? Au niveau du ministère, nous n’avons pas réellement conduit de recherches sur la question. Mais en tant que ministre du Développement de l’Enfant, je suis tentée de dire que la finance passe au second plan quand il s’agit de mettre au monde un enfant. L’amour et la qualité du temps que nous passons avec nos enfants prennent le dessus sur nos capacités financières. La famille mauricienne devrait avant tout s’inquiéter du bien-être de ses enfants. Toutefois, cela dit, l’enfant ne vivra pas d’amour et d’eau fraîche. Il faut avoir plus d’enfants uniquement si les moyens financiers le permettent. Votre ministère apportera-t-il son soutien à celui de la Santé dans son appel aux familles mauriciennes pour avoir plus d’enfants ? Il faut avant tout comprendre qu’il y a un dysfonctionnement de la famille à Maurice. Mon ministère doit avant tout faire le grand nettoyage. On peut demander aux Mauriciens d’avoir plus d’enfants, mais il faut avant tout préparer la population et mieux armer les familles et la société en général pour un meilleur encadrement des enfants.
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