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Appareil de mammographie en panne : une centaine de patientes dans l’incertitude

Mammographie

Découragées, angoissées, désemparées. Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier les sentiments qui animent les patientes souffrant d’un cancer du sein. Même anxiété pour celles qui souhaitent un dépistage précoce de la maladie. À l’origine de cette situation dramatique, la panne de l’appareil de mammographie de l’hôpital Victoria.

Les patientes en traitement pour leur cancer du sein sont désemparées. Depuis août 2018, la panne non résolue de l’appareil de mammographie de l’hôpital Victoria empêche d’établir de bons diagnostics sur l’évolution de leur maladie. Une échographie est certes possible, mais ses résultats ne sont pas aussi précis qu’à travers la mammographie. À ce drame, ajouter celui des femmes qui présentent des signes de la maladie, mais ne peuvent subir un dépistage précoce pour connaître leur statut. « Sans mammographie,  difficile de réaliser un diagnostic minutieux » avoue un membre du personnel du département d’oncologie de l’hôpital Victoria sous le couvert de l’anonymat. Cependant, les avis restent partagés sur la question (voir plus loin).

« À chaque fois, on nous dit que l’appareil sera réparé, mais il n’en est rien jusqu’à présent » déplore une patiente qui ne veut pas que son nom soit mentionné. Lasse d’attendre, elle s’est tournée vers une clinique privée pour faire son examen. Elle se dit consciente que tout le monde n’a pas cette facilité. On compte une centaine de patientes sur la liste d’attente, indique-t-on du côté de l’hôpital Victoria. Atteinte du cancer du sein depuis deux ans, notre interlocutrice se bat pour celles qui n’ont pas les moyens de solliciter le service privé et doivent compter sur le seul service public : « Toutes sont inquiètes et désabusées. Elles ne savent pas quoi
faire » dit-elle.

« On joue avec la maladie des patientes», déplore Myrna Barry de l’Organisation non gouvernementale Breast Cancer Care (BCC). Accompagnatrice des patientes, elle considère anormal que l’appareil de mammographie soit en panne depuis tout ce temps. « On demande aux malades d’être patientes et d’attendre, mais la maladie, elle, n’attend pas et progresse toujours », s’insurge-t-elle.

La présidente de l’ONG, Shamima Patel abonde dans le même sens. Compte tenu de l’ampleur du cancer du sein chez les femmes mauriciennes, elle souligne que le BCC milite pour que chaque hôpital régional soit doté d’un appareil de mammographie. « C’est notre cheval de bataille. Il n’est pas normal qu’il y ait un seul appareil de ce type dans le service public ». Un cancérologue affecté à l’hôpital Victoria trouve cette idée excellente, mais estime qu’il faut avant tout former le personnel pour lire les images afin de bien les interpréter. « Tous les radiologues ne peuvent lire les résultats d’une mammographie. Il faut une formation spécifique pour cela », affirme notre interlocuteur.

Du fait de cette panne, le BCC essaye d’aider certaines patientes. « Nous référons les cas urgents à la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA) » soutient Shamima  Patel. Toutefois, l’ONG doit s’acquitter de certains frais et ne peut en faire bénéficier tout le monde. « Nous ne pouvons prendre en charge toutes les patientes » regrette-t-elle. Avec la progression du cancer du sein d’année en année, elle estime que son dépistage précoce – dès l’âge de 40 ans –devrait être obligatoire.

Cela permettrait une prise en charge plus rapide de la maladie avec un traitement moins lourd ou agressif.

Alors que le ministère de la Santé dit mettre beaucoup l’accent sur le dépistage précoce des maladies non transmissibles (MNT), ce défi sera sans doute difficile à relever concernant celui du cancer du sein.

Quant à la panne de l’appareil de mammographie, une source proche du dossier nous a expliqué que les pièces défectueuses ont été commandées et que l’appareil sera de nouveau en service. « En attendant les réparations, des alternatives ont été proposées afin de s’assurer que les patientes aient leur traitement » affirme notre source.

Frais minimes à payer

« Une personne qui ne peut bénéficier d’un examen de mammographie peut être affectée psychologiquement ». Tel est l’avis de Vidya Charan, directrice exécutive de la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA). Elle explique que cet appareil de mammographie permet  un dépistage précoce chez les personnes qui présentent les signes de la maladie. « L’examen par mammographie permet de dissiper tout doute si le résultat est négatif » dit-elle. Au cas contraire, il permet une prise en charge rapide.

Mais comble de malchance, l’appareil de la MFPWA est en panne également. L’organisme se tourne depuis quelque temps vers une clinique privée pour offrir ce service aux personnes qui en ont besoin. Des frais minimes sont alors réclamés précise-t-elle. « Il est difficile d’avoir un radiologue gratuitement. Nous essayons d’aider selon nos moyens » explique-t-elle.

Vidya Charan précise aussi que les patientes qui se présentent à la MFPWA, ou qui sont référées à l’organisme, bénéficient d’un encadrement jusqu’à la clinique. Elle ajoute que l’organisme fera bientôt l’acquisition d’un autre appareil de mammographie après avoir trouvé les sources de financement nécessaires.

Dépistage précoce

L’appareil de mammographie permet de réaliser un examen radiographique du sein, afin de déceler d’éventuelles anomalies autour de la glande mammaire. C’est le Graal du dépistage précoce du cancer du sein. Sa précision permet de traiter la zone éventuellement affectée pour y effectuer un prélèvement qui permettra de faire une biopsie. La mammographie est recommandée à partir de 40 ans dans le cadre de ce dépistage précoce, mais aussi pour les femmes qui ressentent une boule dans le sein; remarquent un écoulement anormal du mamelon ou pour celles qui ont des antécédents familiaux de cancer. Cet examen doit être effectué tous les deux ans.

Avis partagés

Les professionnels de la santé interrogés ne sont pas tous sur la même longueur d’onde sur le rôle de l’appareil de mammographie. Selon un chirurgien exerçant à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, la mammographie n’est pas indispensable pour le dépistage du cancer du sein. « On peut faire un examen clinique ou utiliser un appareil à ultrasons pour compenser » dit-il. Un oncologue de l’hôpital Victoria ne s’émeut pas non plus de la panne de l’appareil de mammographie. « Pour les patientes qui ont déjà le cancer du sein, ce n’est pas un gros problème, car il suffit de donner le traitement et de faire le suivi à travers l’échographie », explique-t-il.

Il admet cependant que la mammographie est un atout concernant le dépistage du cancer du sein, car le diagnostic est plus précis. Un de ses collègues ajoute que l’absence de la mammographie pose un problème dans le diagnostic. Avec l’appareil qui ne fonctionne pas depuis août 2018, la liste d’attente pour la mammographie et l’échographie (utilisée comme alternative) ne cesse de s’allonger.