Interview

Anil Gayan, ministre de la santé: «Je ne suis en guerre contre personne»

Dans cet entretien, le ministre de la Santé revient sur plusieurs sujets le concernant. Anil Gayan donne aussi la réplique au travailleur social Ally Lazer et souligne qu’il n’a de problème avec personne. D’abord, expliquez-nous cette guerre « presse vs Anil Gayan »… Est-ce votre franc-parler qui dérange ? C’est bien de parler d’une guerre presse contre Gayan. Je ne comprends pas pourquoi la presse, depuis ma nomination en tant que ministre, a commencé une campagne de matraquage et d’insultes pour que je cède ou que je sois révoqué. Je ne comprends pas ce harcèlement soutenu. Écoutez, lorsqu’on ne dit pas la vérité ou quand on a la langue de bois, je comprends. Moi, je suis un ministre qui dit certaines choses avec franchise et honnêteté. Mais je ne suis en guerre contre personne. Mon agenda : rendre la santé publique accessible à tout le monde. Mais c’est vrai que pendant dix années sous l’ancien régime, il n’y a eu ni changements ni réformes. Or, il faut des réformes. On ne peut continuer avec le « no change mode ». Il faut innover et être créatif.
Pourquoi maintenez-vous que la drogue de synthèse ne fait pas autant de ravage, comme l’affirment des ONG ? Devrait-on se fier aux données du ministère ou alors à celles des personnes sur le terrain ? Je me fie aux données de mon ministère. Elles sont fiables, vérifiables et scientifiques. Si des ONG ont autant de renseignements, pourquoi ne vont-elles pas devant la commission d’enquête sur la drogue ou pourquoi ne s’adressent-elles pas à l’Anti-Drug and Smuggling Unit ? Nous avons aussi des personnes sur le terrain. Elles n’ont pas rapporté que tel est le cas. Je dis qu’il ne faut pas banaliser la drogue, mais il ne faut pas non plus la glamouriser. La presse ne doit pas essayer de faire du sensationnalisme. Prenons l’exemple du débat sur la dépénalisation du cannabis. Madame Dreyfuss, en visite chez nous récemment, est en faveur. Je lui ai posé cette question : Vous venez de la Suisse. Si le cannabis a autant de bienfaits, pourquoi ne pas l’avoir dépénalisé dans votre pays ? Elle n’avait pas de réponse.
[blockquote]« Si des ONG ont autant de renseignements, pourquoi ne vont-elles pas devant la commission d’enquête sur la drogue ou pourquoi ne s’adressent-elles pas à l’Adsu ?»[/blockquote]
Que répondez-vous à Ally Lazer qui réclame votre révocation ? Je ne prends pas Ally Lazer au sérieux. Il y a d’autres ONG qui demandent aussi ma démission. Si elles ont des renseignements, qu’elles aillent les donner à la commission d’enquête sur la drogue. C’est le devoir de chaque Mauricien de dénoncer. Ally Lazer est un père de famille. Il a des enfants en France. Qu’il aille dénoncer s’il est un vrai patriote. Car celui qui ne dénonce pas n’est pas patriote. Le « shift system » dans les hôpitaux sera en vigueur le 1er août. Cela ne va-t-il pas chambouler tout le système ? Il y a un petit décalage dans la mise en application de ce système. Pour cela, il y a des changements à apporter au scheme of service. Le cas est devant la Commission de conciliation et de médiation. Légalement, avez-vous le droit de mettre en vigueur ce nouveau système avant la prononciation de leur verdict ? Il n’y a pas eu d’injonction, pas d’ordre de la Cour. Nous allons donc de l’avant. Le shift system aurait dû être mis en place depuis 1998. Il y avait, cependant, un manque de médecins. Aujourd’hui, nous en avons et le système peut les absorber. Nous allons dans la direction de ce que préconise le Pay Research Bureau (PRB). Les spécialistes qui sont dans le service public ne peuvent exercer dans le privé, puisque leur licence n’a pas encore été renouvelée. Où en sont les choses ? C’est un privilège. Ce n’est pas un droit. Cela veut tout dire. Où en est le projet d’examens d’entrée pour les aspirants médecins qui souhaitent intégrer le service public ? Il fallait changer le scheme of service. La raison est que nos médecins sont formés dans plusieurs pays. En France, par exemple, pour qu’un médecin travaille dans un hôpital français, il faut qu’il ait été formé dans le système français. Alors qu’à Maurice, nos médecins ont étudié dans plusieurs pays. Il faut un système homogène pour qu’on soit sûr qu’ils aient un niveau s’ils veulent entrer dans la fonction publique. Il faut un système qui soit acceptable sur le plan international. C’est un peu pour nous protéger aussi. D’autant plus qu’il y a beaucoup d’allégations de négligence médicale. Pourquoi vouloir introduire un « Medical Tribunal » ? Il y a un tribunal pour les cas de négligences dans le public. Mais pas un tribunal concernant les institutions comme les cliniques, qui sont susceptibles d’être poursuivies pour négligence médicale. Je préconise donc un seul tribunal pour traiter tous les cas. Que ce soit des cliniques privées ou des laboratoires. C’est donner la garantie que les normes sont respectées. La formation de médecins en technologie médicale de pointe est-elle toujours de mise ? Ce projet vise-t-il à soigner tous les patients à Maurice ? Ce n’est pas aussi simple que cela. Actuellement, tous les cas complexes sont traités à l’étranger. Ce qui pose beaucoup de problèmes pour les personnes malades, mais aussi pour leurs proches. Normalement, il y a un critère d’éligibilité. Ceux qui ont un salaire mensuel au-delà de Rs 50 000 ne perçoivent pas cette allocation. Je considère que cela est injuste. Tout le monde a droit au même service. Ce qui explique pourquoi on change le système. On fait venir des chirurgiens spécialistes à Maurice. De plus, j’ai demandé qu’ils réservent une demi-journée pour la formation de médecins locaux. Ils doivent développer une certaine technicité. Ce qui prend du temps. À Maurice, il n’y a pas la quantité d’opérations qu’il y a dans les grands pays. Dans l’optique de faire de Maurice un medical hub, il faut en quelque sorte que les services soient disponibles ici. J’espère que cela deviendra une réalité avant cinq ans. Sinon, le système de médecins spécialistes étrangers qui viennent opérer à Maurice marche très bien. 450 patients mauriciens se sont fait opérer par des médecins provenant notamment de l’Inde, du Pakistan, de la Suisse, de l’Afrique du Sud et de l’Angleterre. Nous allons d’ailleurs élargir notre réseau des pays avec lesquels nous collaborons. Nous envoyons aussi des médecins locaux au Botswana pour soigner des patients cardiaques. Nous allons encore une fois développer cette aide avec d’autres pays africains, comme les Comores. Nous partageons ce que nous recevons des autres. Qu’en est-il de votre candidature à la présidence de l’Union africaine ? Le sommet s’est terminé cette semaine. L’élection a été reportée. Je vais voir. Je vais en reparler au Premier ministre.
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