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Travailleurs étrangers : un mal nécessaire

Travailleurs Étrangers Le seul objectif des travailleurs étrangers et de travailler pour gagner de l'argent qu'il pourra renvoyer chez lui.

Longtemps confinés dans les usines, les ouvriers étrangers sont de plus en plus présents dans tous les secteurs d’activités de l’économie mauricienne. Éléments de réponse sur l’évolution de cette situation.

Il ne faut pas croire qu'on peut faire ce qu'on veut avec un travailleur étranger.

L'île Maurice doit-elle massivement employer des étrangers ? Si oui, pourquoi ? Et pourquoi faire venir des étrangers pour exécuter un travail qui aurait pu être fait par des Mauriciens ? Questions complexes auxquelles il n’y a pas de réponses simples.

Diverses raisons font qu’il y a plus de travailleurs étrangers que de chômeurs. « Étant donné que la situation est difficile chez elles, ces personnes sont disposées à quitter leur pays et leur famille pour venir travailler à Maurice. Certains de ces étrangers sont prêts à faire un travail difficile pour peu d’argent, ce qui n’est pas le cas pour la majorité des Mauriciens », explique l’économiste Pierre Dinan.

L’étranger est aussi plus disponible que le Mauricien. « Quand je quitte mon pays pour un travail à l'étranger, c’est parce que j’en ai besoin », fait remarquer Faizal Jeeroobarkhan, observateur et membre de Think Mauritius. « Le Mauricien a une famille et une vie en dehors du travail. Ce qui n’est pas le cas pour le travailleur bangladais dont le seul objectif est de travailler pour gagner de l’argent qu’il pourra renvoyer chez lui », a-t-il expliqué récemment, lors de l’émission 'Au cœur de l’info' sur Radio Plus.

« Je peux comprendre le souci de ceux qui ont besoin de travailleurs qui doivent être disponibles en permanence, mais il ne faut pas croire qu’on peut faire ce qu'on veut avec un travailleur étranger », déclare Pradeep Dursun, Chief Operating Officer (COO) de Business Mauritius.

Plus disponibles

Que les travailleurs étrangers soient plus disponibles que certains Mauriciens n’est pas étonnant. « L’étranger est venu pour se faire un maximum d’argent. Certains sont même prêts à faire plus que ce que la loi permet. On croit que le travailleur étranger est plus travailleur et le Mauricien est moins sérieux, mais c’est une légende urbaine. Ce qui est vrai, c’est que le Mauricien a de plus en plus tendance à trouver l’équilibre entre son travail et sa vie privée. Et cela est tout à fait permis par la loi », ajoute Pradeep Dursun.

Pour illustrer son propos, ce dernier rappelle que durant les années 80, des travailleuses chinoises étaient venues à Maurice contre des promesses d’argent. Au final, elles n’étaient pas satisfaites, car elles estimaient qu’elles ne travaillaient pas assez. Pradeep Dursun pense que le nombre de travailleurs étrangers ira en augmentant. D'où la nécessité pour les Mauriciens d'être plus compétents et professionnels.

Beaucoup de jeunes pensent que tout leur est dû et que tout tombe du ciel.

Un autre fait, c’est que les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus les mêmes contraintes et obligations qu’auparavant.  « Le travail physique et les longues heures de travail n’intéressent plus le jeune. Il aspire à quelque chose de différent. Il préférera être subventionné par sa famille plutôt que de faire des boulots qu'il juge contraignants. Contrairement au passé, beaucoup de jeunes sont dans une situation de confort qui ne les oblige pas à travailler », explique le COO de Business Mauritius.

Pour sa part, Reaz Chutoo, le dirigeant de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) observe qu' « aujourd’hui, le travailleur mauricien peu ou non qualifié est en compétition directe avec le travailleur étranger. Nous avons constaté que dans la majorité des cas ce dernier touche le salaire minimum, et cela, peu importe la nature du travail et l’expérience de la personne ».

Et d'ajouter que « la loi du travail indique qu’il y a trois grades de travail et que chaque grade a la rémunération qui lui va avec. Or, le travailleur bangladais fera le travail d’un grade supérieur pour le salaire d’un grade inférieur. Puis le Bangladais n’a d’autre choix que de se plier aux exigences de son patron. N’étant pas dans son pays et pas dans un environnement familier, il est vulnérable et peut plus facilement être exploité ».

Statistiques peu fiables

Pour Reaz Chutoo, les chiffres officiels du ministère du Travail ne sont pas fiables. Le syndicaliste avance que le nombre de travailleurs étrangers est supérieur à ce que disent les statistiques. « Aujourd’hui, ils sont partout. Ils travaillent dans les restaurants, dans les supermarchés, dans les stations-service et même aux marchés. Certains travaillent dans le secteur informel. De plus, les chiffres du Bangladesh par rapport au nombre de leurs compatriotes à Maurice et les chiffres officiels de Maurice sont loin de correspondre. »

Pierre Dinan fait ressortir qu’il y a aussi une question d’attitude face au boulot. « Les mentalités ont beaucoup changé. Nos parents et grands-parents ont souffert de la pauvreté et pour réussir, ils n’ont eu d’autre choix que de travailler dur. On ne peut nier qu’aujourd’hui, beaucoup de jeunes pensent que tout leur est dû et que tout tombe du ciel. Il y a une attitude à changer au sein de la population mauricienne. Certains pensent qu’ils peuvent tout avoir sans travailler. »

Pour l’économiste, tout est une question de formation, mais aussi de conditions d’emploi. « Il faut former les gens au métier. C’est très important. Il y a une politique et une stratégie claire et cohérente à mettre en place. »


Le paradoxe : 39 300 chômeurs et 44 967 travailleurs étrangers

Les travailleurs étrangers travaillent également comme vendeurs dans les centres commerciaux.
Les travailleurs étrangers travaillent également comme vendeurs dans les centres commerciaux.

Maurice se trouve dans une situation paradoxale. Alors que le nombre de chômeurs grimpe à 39 300, selon Statistics Mauritius, le nombre de travailleurs étrangers a atteint, pour la première fois, 44 967, selon les derniers chiffres du ministère de l’Emploi. Le pays se trouve donc dans une situation où elle compte davantage de travailleurs étrangers que de chômeurs.

Et l’écart risque fort de se creuser davantage. Le nombre de nouveaux permis de travail émis dépasse largement le nombre de jobs créés. Rien que pour le mois de septembre, 1 494 permis ont été émis. Et le nombre d’emplois créés était de moins de 1 000.

Valeur du jour, la vaste majorité des étrangers sont employés dans le secteur manufacturier, dont les usines de textile. Mais, les secteurs de service, de la distribution, et même de la restauration et de l’hôtellerie font de plus en plus appel à leurs compétences, même si les chiffres officiels tendent à démontrer le contraire.

Le paradoxe ne s’arrête pas là. Quand on scrute les chiffres, on découvre que la très vaste majorité des travailleurs étrangers sont recrutés pour exercer dans des domaines où des diplômes ne sont pas vraiment nécessaires. Cela alors que la majorité des chômeurs sont peu qualifiés. Dès 39 300 chômeurs, 4 200, soit 11 %, ne détenaient pas de Certificate of Primary Education et 14 900 autres, soit 38 %, avaient le diplôme de fin de cycle primaire en poche, mais n’étaient pas détenteurs du School Certificate (SC). En d’autres mots, 49 % des chômeurs ne sont pas parvenus jusqu’au SC.

Autre information, c’est que parmi les chômeurs, il y avait 7 700 jeunes, soit 20 % du nombre total de chômeurs, qui étaient âgés de 16 à 24 ans et n’étaient pas encore mariés. Et 51 % d’entre eux ne possédaient pas de SC.


Évolution du nombre de travailleurs étrangers par secteur

Les chiffres qui suivent ont trait aux secteurs d’activités dans lesquels le plus grand nombre de travailleurs étrangers sont employés. Entre janvier 2015 et septembre 2019, les chiffres ont beaucoup évolué. Alors que le secteur de la construction employait un peu plus de 5 000 étrangers, ils sont maintenant près de 10 000. Dans le secteur du commerce et de la mécanique, ils sont presque trois fois plus nombreux à être à l’œuvre. Dans l’agriculture, ils sont presque quatre fois plus nombreux qu’en janvier 2015.

Huit principaux pays

1 Bangladesh 25 723
2 Inde 10 705
3 Madagascar 4 467
4 Chine 1 767
5 Sri Lanka 1 107
6 Népal 333
7 France 173
8 Afrique du Sud 83

Janvier 2015

Manufacture  30 451
Construction  5 414
Hôtels et restaurants 729
Grossiste, commerce, mécanique  474
Transport, stockage & communication  210
Santé & travail social 187
Agriculture 129
Autres travaux communautaires et sociaux 778

Septembre 2019

Manufacture  30 764
Construction  9 357
Hôtels & restaurants  594
Grossiste, commerce, mécanique  1 413
Transport, stockage & communication  447
Santé & travail social 231
Agriculture 538
Autres travaux communautaires et sociaux 1 006

Alam, pâtissier : « La chance m’a souri »

À l’aube de ses 35 ans, Alam est célibataire. Tout comme Ahmed, il est également pâtissier pour le compte de la pâtisserie Nabeel, depuis environ sept ans. Ce Bangladais a foulé le sol mauricien, il y a environ onze ans. Après avoir exercé comme boulanger pendant quatre ans dans la région de Rose-Belle, il est retourné au bercail.

« Le temps que j’ai passé à Maurice m’a permis d’apprendre le créole… », avance Alam. Deux de ses spécialités, confie-t-il, sont les sutalfines et les napolitaines. « Maurice est un pays où il fait bon vivre et travailler. Je suis fier d’être pâtissier sur le sol mauricien et je gagne très bien ma vie ici. » Il fait ressortir qu’il travaille pour construire sa maison au Bangladesh. Alam est également électricien.
« Je me sens bien à Maurice. Les gens sont gentils. C’est un pays tranquille. La chance m’a souri, car je n’aurais jamais cru me retrouver dans un si beau pays un jour. La vie réserve des surprises », indique-t-il. Quels sont ses projets ? « Pour le moment, mon seul projet est de faire mes preuves dans le domaine de la pâtisserie à Maurice. Je veux continuer à faire plaisir aux Mauriciens avec mes sutalfines et mes napolitaines. Puis, on verra. »

Hussein, maçon : « Le salaire m’a attiré »

Hussein est maçon. Ce père de famille travaille pour une compagnie de construction. Cela fait environ trois ans et demi qu’il est à Maurice. Le contrat de ce Bangladais expire dans environ une semaine. Ainsi, il rentrera au bercail, mais il s’est promis de revenir à Maurice.

Originaire de la ville de Dacca, la capitale du Bangladesh, il n’aurait jamais cru se trouver à Maurice pour des travaux de maçonnerie et tuyauterie sur les routes. Au Bangladesh, il construisait des maisons.

Qu’est-ce qui l’a attiré à Maurice ? « Je dois vous dire que c’est le salaire qui m’a attiré… », avance l’artisan. Il percevrait, selon lui, une rémunération mensuelle de Rs 17 000, incluant toutefois ses frais de nourriture et de transport, entre autres.

« Maurice est un pays qui est en manque d’artisans. C’est la raison pour laquelle je me suis lancé dans la maçonnerie », confie-t-il. Il souligne qu’il sent toutefois le besoin de retrouver sa famille. « Mon contrat arrive à terme dans une semaine. Je vais rentrer au bercail. Mais je vais revenir à Maurice, car je sens que le pays a besoin de moi », avance-t-il.

Quel est son plus beau souvenir ? « J’ai été touché par la gentillesse des Mauriciens. C’est la raison pour laquelle j’envisage de revenir. Mais cette fois, ce sera pour le compte d’une autre compagnie. »

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