Interview

Steven Obeegadoo : «Je m’étais opposé à l’accès au HSC avec trois Credits»

Steven Obeegadoo

S’il reconnaît qu’il s’était vivement opposé à l’accès d’un étudiant au HSC avec trois Credits en 2011, Steven Obeegadoo, ex-ministre de l’Éducation, estime que sans une autre alternative en 2019, une telle mesure serait inacceptable. Il dit souhaiter porter le programme ‘militant’ haut la main avec son goupuscule.

Il faut désormais quatre Credits pour passer en Lower VI et cinq Credits pour accéder à cette classe en 2020. N’est-ce pas là une stratégie pour régler le problème des diplômés chômeurs ?
Je crois plutôt que c’est une tentative de stopper la baisse du taux de réussite aux examens du Higher School Certificate (HSC). Rappelons que la proportion de candidats qui réussissent à cet examen est passée de 79 % entre 2005 à 2010 à 74 % en moyenne ces dernières années. Tenant compte du fait que moins de la moitié de ceux ayant obtenu trois Credits au School Certificate (SC) parviennent à obtenir le certificat du HSC, l’objectif visé, en les éjectant du système, est de rehausser artificiellement le pourcentage de réussite en HSC.

Les autorités ont mis en place des options pour que l’élève suive des cours techniques pour passer ensuite en polytechnique. N’est-ce pas une bonne chose ?
Si seulement c’était vrai ! Il n’y a aucune indication qu’il y aura plus de places ou de nouveaux cours au MITD pour ceux avec un ‘SC 3 Credits’, désormais interdits d’accès au collège. C’est ce que je trouve immoral et révoltant. Comment peut-on parler d’éducation pour tous qui soit inclusive et équitable tout en jetant à la rue des milliers de jeunes ? Alors même que, statistiquement, il est avéré que la moitié de ceux-là réussiraient à obtenir soit le HSC soit le GCE ‘A’ Level. Bien que je m’étais opposé à l’introduction des trois Credits en 2011 pour accéder au HSC, l’enlever aujourd’hui sans offrir une alternative à ces jeunes est inacceptable.

En haussant le niveau pour accéder en Lower VI, n’est-ce pas une bonne chose ?
Non. Ériger des barrières de plus en plus hautes pour l’accès à l’éducation est un non-sens. Notre système d’examens, avec le SC et le HSC, n’a connu aucune réforme majeure depuis plus de 50 ans alors que notre société et notre économie ont été complètement transformées. La scolarité est désormais gratuite et obligatoire. Le savoir et les compétences de tous les Mauriciens doivent constamment être rehaussés. Au lieu d’exclure il faut donc multiplier les offres d’éducation et de formation, adaptés au profil de chacun. 

Comment peut-on parler d’éducation pour tous qui soit inclusive et équitable tout en jetant à la rue des milliers de jeunes ?»

Dans son message à la Nation le 1er janvier dernier, le Premier ministre a annoncé la gratuité de l’enseignement supérieur. Ne croyez-vous pas qu’il y aura une chute dans la qualité des résultats ?
Dans les faits, ce qui change, c’est que les étudiants des établissements publics de l’enseignement supérieur ne paieront plus les frais de cours. Cela n’aura aucun impact sur l’accès à l’université, à moins qu’il y ait plus de places et plus d’admis, ce qui n’a nullement été annoncé jusqu’à présent. Mais si on ordonnait aux institutions concernées de recruter plus d’étudiants sans des infrastructures nouvelles, des enseignants additionnels et des moyens accrus, alors là oui, on aboutit inévitablement à une dégradation de la qualité de l’éducation.

Est-ce une annonce électoraliste dans le cadre des prochaines législatives ?
L’accès à l’éducation est un droit humain fondamental. La Déclaration universelle des droits de l’homme, dont nous célébrons le 70e anniversaire, proclame que « L’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite” (Article 26). » Qu’elle soit électoraliste ou pas, cette mesure est positive dans  le sens d’étendre la gratuité des cours jusqu’ici limitée à la seule Université de Maurice à 11 institutions publiques. Toutefois, au lieu de s’adresser à ceux qui sont dans le besoin, la gratuité des cours concernera tous les étudiants des institutions et exclura tous ceux du privé. Ce qui va créer une éducation à deux vitesses et deux catégories d’étudiants, sans justification aucune. En cela, cette mesure est inéquitable. Qui plus est, puisque cette mesure ne concernera au mieux que les 20 à 25 % qui obtiennent le HSC, elle est régressive dans le sens d’aggraver les disparités entre riches et pauvres.

Pensez-vous qu’il y aura d’autres annonces de ce genre jusqu’au prochain Budget ?
Ce serait dans la logique de notre système politique et électoral qu’il est, par ailleurs, grand temps de remettre en question.  C’est un système qui aboutit à une désillusion généralisée à l’égard de la politique et un taux sans cesse croissant d’absentéisme aux élections.

Quelles sont les conclusions que vous pouvez tirer des plaidoiries du Privy Council ?
D’abord, sur le plan strictement juridique, l’importance capitale de déterminer le sens à donner au conflit d’intérêts, dans l’application de la Prevention of Corruption Act. Ensuite, dans une perspective de gouvernance, l’urgente nécessité de limiter le pouvoir discrétionnaire des ministres et d’établir des règles de transparence ainsi que des mécanismes pour que les gouvernants rendent des comptes.

Vous faites partie de la Plateforme militante, est-ce que vous comptez la formaliser en parti ?
Nous sommes une organisation politique qui a choisi de ne pas s’appeler « parti » pour bien souligner sa différence avec les partis traditionnels. Ceux-là sont invariablement la propriété de leaders-dictateurs tout puissants, ou de familles dynastiques. Dans leur fonctionnement, ils incarnent tout le contraire des principes de démocratie et de bonne gouvernance qu’ils prétendent vouloir pour le pays.  Nous sommes donc, à la différence des partis traditionnels, une organisation qui aspire à exercer le pouvoir politique pour rompre avec les système politique corrompu et changer la société. L’année 2018 nous aura permis de nous structurer et de nous enraciner dans la majorité des circonscriptions. 2019 sera l’occasion de présenter nos propositions.

Dans le cadre de la campagne électorale cette année, comptez-vous soutenir un autre parti politique ou aller seul aux élections ?
Nous croyons qu’il faut rendre le pouvoir aux Mauriciens, d’offrir la possibilité aux citoyens de faire entendre leur voix et de réinventer la démocratie, qui ne peut se limiter à un vote tous les cinq ans. Mais aussi de promouvoir une vraie égalité de chances et combattre les inégalités sociales. Il faut rompre avec un système pourri par le pouvoir de l’argent et le communalisme. Afin d’y parvenir, nous travaillons à rassembler tous les anciens militants ou sympathisants du MMM, tous les déçus de la politique et tous les indécis. Nous participerons aux élections, avec ceux qui soutiennent nos propositions, pour porter ce programme militant au pouvoir.