Interview

Pierre Guy Noël, Chief Executive Officer de MCB Group : «Les projets d’infrastructures donneront un élan à l’économie»

Le premier groupe financier du pays, propriétaire de la plus grande banque commerciale, compte poursuivre sa stratégie d’expansion régionale. Dans cet entretien réalisé lors du lancement de  l’African Development Bond Fund, le CEO du MCB Group explique que l’économie bénéficiera pleinement de grands chantiers l’année prochaine.

Après trois trimestres, quelle est votre analyse de la performance économique de 2018 ?
Selon nos estimations faites en juin dernier, la croissance réelle du PIB devrait se situer autour de 3,8 % en 2018. Cela est essentiellement lié à la reprise de l’investissement, notamment  à travers de grands projets d’infrastructures. Certes, les chantiers ont un impact sur le trafic routier. Mais, nous constatons de visu les travaux. Ces grands projets permettront au pays d’avoir une performance honorable en 2019, avec une croissance qui passerait à 4 %. Bien évidemment, on aurait été plus heureux si les projets se matérialisaient plus vite. Il existe toujours des goulots d’étranglement. C’est compréhensible.

Pourrions-nous toujours miser sur la construction dans le proche avenir ?
En 2019, nous nous attendons à bénéficier du 'full-year impact' des projets d’infrastructures, notamment le métro. Cela donnera un élan à l’économie. Ensuite, nous avons les projets de routes et les centrales électriques. En termes d’infrastructures, nous avons un retard qui prendra longtemps à rattraper. Ce n’est pas une question de bonne volonté, c’est aussi une question de moyens. L’autre volet demeure les projets résidentiels, tels que ceux liés aux IRS et RES. Ce sont des investissements réguliers qui, année après année, soutiennent l’économie et permettent de combler (en partie) le déficit du compte courant.

Il y a des opportunités sur le continent africain

 
Qu’en est-il des ambitions régionales ?
Tout en consolidant notre positionnement sur le plan local, le groupe aspire à poursuivre sa stratégie d’expansion dans la région. Du reste, en 2016-2017, nous avons dégagé environ 50 % de nos résultats de nos activités à l’étranger. L’international fait partie de notre environnement d’affaires. Il y a plein d’opportunités sur le continent africain. Évidemment, il est question de bien choisir les projets porteurs. Nous avons une stratégie bien réfléchie, calquée sur une gestion systématique de risques. Nous n’entrons pas dans n’importe quel secteur ''just for the sake of growing the numbers.'' Les risques ne sont pas les mêmes que chez nous, c’est plus compliqué quand on opère à distance.
 
Quels sont ces secteurs et les projets ?
Le groupe finance des projets dans des secteurs qu’il maîtrise. Par exemple, nous finançons des projets touristiques parce que cette industrie, nous la soutenons depuis toujours à Maurice. Nous sommes aussi très présents dans le secteur de l’énergie, notamment au niveau du négoce de produits pétroliers.

Le groupe augmente le nombre de branches à Madagascar. Est-ce un autre aspect de la stratégie régionale ?
L’activité dans les pays où nous sommes présents est essentiellement axée sur le financement en monnaie locale. Elle représente aujourd’hui environ 10 % des profits du groupe et sa performance est intimement liée à celles des économies locales. Aux Seychelles, une petite économie, notre part de marché est de 25 %. À Madagascar, notre part est de 4 %.
 
Les entreprises émettent des obligations pour lever des fonds et/ou refinancer leurs dettes. Cette tendance ne vient-elle pas ronger la profitabilité du secteur bancaire ?
Les banques sont parties prenantes et participent activement à l’émission de ces obligations. Par contre, l’État favorise toujours les financements étrangers pour ses grands projets d’infrastructures.
 
Quel est l’impact sur le circuit monétaire ?
Nous faisons face, depuis un certain temps, à un problème d’excédent de liquidités en roupies. D’ailleurs, au 30 août dernier, l’excédent de liquidités se situait à hauteur de Rs 37, 8 milliards.