Licenciements : 9 197 personnes ont perdu leur emploi en 2017

Par Mario Boutia O commentaire
emploi

Un employé peut être limogé pour mauvaise conduite, performance médiocre au travail ou pour des raisons économiques. Pour 2017, le nombre de licenciements enregistré au ministère du Travail s’élève à 9 197.

Mauvaise conduite

Un employé peut être sanctionné par un comité disciplinaire et licencié s’il est trouvé coupable de mauvaise conduite au travail. Cela comprend des cas de violences (verbales et physiques) sur son lieu de travail, des absences répétées sans raison valable et d’autres cas d’indiscipline. On peut aussi le pénaliser pour sa mauvaise performance au travail.

Licenciement économique

Une compagnie peut décider d’un dégraissage de son personnel, voire de sa fermeture, si elle fait face à des difficultés économiques. Le management doit au préalable prendre des mesures, en consultation avec le syndicat des employés, pour éviter autant que possible des licenciements en masse, selon la  quatrième cédule de l’Employment Rights Act. Parmi les mesures préconisées, on trouve une restriction sur le nombre de recrutements, la mise à la retraite des employés qui ont dépassé l’âge de la retraite et la réduction des heures supplémentaires.

Au cas où la fermeture ou le dégraissage serait inévitable, la compagnie doit en informer le ministre du Travail et le syndicat. Elle doit établir une liste des travailleurs qui seront licenciés et les aider autant que possible à trouver un emploi alternatif.

Licenciement structurel

Reeaz Chuttoo, secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), fait état des licenciements structurels qui gagnent de plus en plus de terrain à Maurice et dans le monde. Par là, il entend des licenciements pour permettre aux entreprises, en particulier dans le secteur manufacturier, de faire face à la réalité sur le marché mondial.

Le secrétaire de la CTSP explique que de plus en plus, les entreprises sont condamnées à produire des articles de qualité à bas prix. Ainsi dit-il craindre que la main-d’œuvre mauricienne ne fasse plus partie de cette équation, les salaires étant trop élevés comparés à d’autres concurrents de Maurice sur le marché mondial. D’où, selon lui, une dégradation qualitative de l’emploi car les Mauriciens sont recrutés sous contrat déterminé. Il parle de perpétuation au niveau du travail précaire à Maurice. Il cite plusieurs secteurs où les employés sont toujours sous contrat après plus d’une dizaine d’années de service.

Le Workfare Programme accompagne les licenciés durant les 12 mois suivant leurs licenciements

Reeaz Chuttoo estime que des entreprises de la Zone franche continuent leurs opérations à Maurice rien que pour profiter des bénéfices de l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA). Il ajoute que dans leur volonté de produire à bas prix, les entreprises licencient des Mauriciens pour les remplacer par des travailleurs étrangers. « C’est ce qu’on qualifie de licenciements structurels. » Le syndicaliste appréhende aussi la robotisation qui envahit de plus en plus le monde du travail et qui augmentera le chômage et le licenciement structurel. D’où son insistance pour l’introduction d’un Portable Severance Allowance Fund.

Workfare programme

Introduit dans le sillage de mise en application de l’Employment Rights Act en 2009, le Workfare Programme accompagne les licenciés durant les 12 mois suivant leurs licenciements. Entre 2015 et 2017, un total de 16 218 licenciés (10 677 hommes et 5 541 femmes) a bénéficié de ce programme. Une somme de Rs 999 483 502 leur a été octroyée.

Soulignons que durant les trois premiers mois, les licenciés bénéficient de 90 % de leurs salaires de base ou de pas moins de  Rs 3 000. Du quatrième au sixième mois, ils bénéficient de 60 % de leurs salaires de base ou d’une somme de Rs 3 000. Du septième au douzième mois, ils ont 30 % de leurs salaires de base ou au moins Rs 3 000.

Parlant du Workfare Programme, Reeaz Chuttoo parle de trade off car les travailleurs ont perdu en contrepartie la Severance Allowance at normal rate avec le démantèlement du Termination of Contract Service Board. Il prône une refonte de ce programme afin que les licenciés puissent en bénéficier dans les plus brefs délais. Il regrette qu’à ce jour, les cas de licenciements doivent être déposés à la cour industrielle pour que les paiements soient effectués. Il estime qu’en attendant de retrouver un emploi, les licenciés doivent avoir des moyens pour subsister. Il est même pour l’introduction d’une hausse de la TVA sur les objets de luxe, afin de financer le Workfare Programme.

Cela, dit Reeaz Chuttoo, pourrait prendre jusqu’à sept mois. Il pense que la solution viendra de l’introduction de la Portable Severance Allowance accompagnée de la mise sur pied du Pole-Emploi. D’un côté, dit-il, les licenciés ne perdront pas leurs années de service et, de l’autre, ils auront priorité sur la liste des demandeurs d’emplois à travers le Pole-Emploi. 

Reeaz Chuttoo regrette qu’à ce jour, les syndicats n’aient pas été invités à déposer devant le comité interministériel sur les amendements de l’Employment Relations Act et de l’Employment Rights Act, présidé par le Premier ministre-adjoint Ivan Collendavelloo. « Nous avons plusieurs propositions à faire, notamment sur la protection des emplois, le Portable Severance Allowance Fund et autres. » Il n’écarte pas une manifestation syndicale dans les jours à venir. Du côté du patronat, on parle de l’impératif d’être compétitif sur le marché international. Ce qui est primordial pour la sauvegarde des emplois.