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Licenciement : la vie d’après...

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Du jour au lendemain, ils ont perdu leur travail. Si certains ont réussi à s’en sortir, pour d’autres, c’est un calvaire. L’argent, l’estime de soi, les responsabilités, autant de soucis qui pèsent lourd sur leurs épaules.

La perte d’emploi est automatiquement liée à une perte d’argent, mais pas que… Qui dit perte d’argent, dit aussi perte de pouvoir d’achat. Si certains ont travaillé durant quelques mois au sein d’une entreprise, d’autres, en revanche, ont passé plus d’une décennie comme employé au sein d’une compagnie. Qu’importe le temps de service, toutes les personnes qui ont été licenciées se plaignent de cette situation, surtout que, pour la plupart, leur travail était l’unique source de revenus de la famille. Perdre son emploi peut aussi avoir un impact psychologique pour ces familles qui doivent s’adapter à la situation actuelle.

Licencié pour mauvaise performance suite à un accident de travail

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Le retraité soutient ne pas avoir obtenu son ‘light duty’.

George T. un habitant de Baie-du-Tombeau, qui a été forcé à prendre sa retraite, explique qu’il a travaillé comme chauffeur pour la Cargo Handling Corporation durant plusieurs années. Âgé de 64 ans, il explique s’être blessé au travail en 2012. « Après ma blessure à la colonne vertébrale, j’ai suivi des traitements à l’hôpital », confie George. Selon ses dires, le médecin traitant lui aurait alors remis un document certifiant qu’il devait faire des travaux légers. «  Lorsque je suis retourné au travail, j’ai présenté le document remis par le docteur à mon employeur, mais ce dernier n’a pas accepté la recommandation du médecin. Ma demande a été rejetée. Malgré mes nombreuses plaintes au sein du bureau du Travail, mon problème est resté le même et j’ai été contraint de travailler à un rythme qui n’était pas adapté à ma santé. J’ai continué, malgré la douleur », confie le retraité.

Incapacité à travailler

George, qui souffrait, explique avoir fait de son mieux pour effectuer ses tâches. « Avec le temps, j’ai été convoqué par le comité disciplinaire de la compagnie où ils ont constaté que je pouvais travailler ». Entre-temps, George confie que son état de santé se dégradait graduellement. « La douleur était insupportable. J’avoue que je n’étais plus performant en raison de ces douleurs. Toutefois, je pense que mon employeur aurait dû accepter le fait que ma performance moyenne faisait suite à mon accident », s’insurge le retraité. Selon ses dires, il aurait été de nouveau convoqué par le conseil médical où, cette fois, les médecins ont certifié qu’il n’était plus apte à travailler. « Après ma deuxième convocation, j’ai reçu une lettre de mon employeur pour m’informer que la compagnie ne pourra plus me garder. Il m’a été conseillé de prendre ma retraite anticipée et j’ai été informé que je bénéficierai d’une pension », dit-il. « Je trouve que cette décision est injuste, surtout que je me suis blessé en travaillant pour cette compagnie », conclut George.


Workfare Programme offert par le ministère du Travail

Le Workfare Programme (WP) existe depuis le 2 février 2009. Ce programme a été mis en place par le ministère du Travail, suite à la proclamation de la loi de 2008 sur le droit du travail. Le but du Workfare Programme est de fournir une assistance immédiate aux travailleurs licenciés. Cela, en leur offrant le choix d’être placés dans un emploi par l’intermédiaire du service de l’emploi ou d’être formés et recyclés pour une plus grande employabilité par le biais de la National Empowerment Foundation. Les travailleurs qui ont perdu leur emploi ont aussi la possibilité de créer une petite entreprise avec l’assistance de la Small Medium Entreprises Development Authority (SMEDA). En deuxième lieu, ils bénéficient d’une allocation de chômage transitoire pour une période de 12 mois variant de 90% du salaire de base au cours des trois premiers mois, 60% du 4ème au 6ème mois et 30% du salaire du 7ème au 12ème mois. Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter le site Web du ministère du Travail et des relations industrielles au labour.govmu.org. Vous pouvez aussi vous rendre au ministère du Travail et des Relations industrielles, situé à la Victoria House, angle des rues St-Louis & Barracks, Port-Louis ou au bureau du Travail de votre région.


Shyam (agent de sécurité) : «J’ai été licencié pendant la période des fêtes de fin d’année»

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Le trentenaire a passé la periode
des fêtes sans un sou.

Shyam B., âgé de 37 ans et qui habite à Laventure, raconte avoir été licencié l’année dernière lors de la période des fêtes. Il raconte qu’il travaillait comme agent de sécurité pour une compagnie. « J’ai été mis à la porte sans raison apparente. Un jour, à la fin du mois, lorsque je me suis rendu sur mon lieu de travail pour récupérer mon salaire, j’ai été informé qu’il allait avoir un retard dans le paiement », dit le trentenaire. « Par la suite, j’ai reçu un appel téléphonique m’indiquant que j’avais été licencié. Comme vous pouvez le constater, j’ai été licencié verbalement par un appel téléphonique ! », dit-il.

« J’exerce ce métier depuis mes 19 ans et je n’ai pas d’autre emploi. La compagnie me devait au moins deux mois de salaire. C’est alors que j’ai consigné une plainte au bureau du travail, mais vu que c’était la période des fêtes, les choses ont pris du temps. Je me suis retrouvé sans un sou durant la période des fêtes, » confie Shyam. Ce dernier avoue qu’il détient plusieurs permis, dont celui de restaurateur et pour gérer également un salon de beauté. « J’ai cherché plusieurs emplacements dans la région de Flacq pour lancer ma propre entreprise. Malheureusement, mes démarches se sont avérées vaines pour le moment, » relate-t-il.


Licencié suite à un refus de faire des heures supplémentaires

Poonam, mère de famille de deux enfants, était employée au sein d’une compagnie de textile. Elle soutient avoir été licenciée injustement après 12 ans de service. Âgée de 37 ans, Poonam, qui habite à Poudre d’Or, raconte : « Lorsque j’ai débuté en 2006, mes tâches étaient claires et je terminais à des heures fixes. Par la suite, durant l’année où j’ai été licenciée, tout s’est détérioré. Mon employeur m’a demandé de faire des heures supplémentaires alors que ce n’était pas stipulé dans mon contrat. Il est vrai qu’en tant qu’employeur, il a le droit de réclamer des heures supplémentaires, mais comme ce n’était pas stipulé dans mon contrat, j’ai donc refusé, car j’ai des enfants en bas âge »,  confie Poonam. Quelques semaines après, elle est passée devant un comité disciplinaire où elle a appris son licenciement, sans recevoir de compensation pour son temps de service.


Angali Bungaleea, psychologue : «Seule la persévérance peut permettrem de surmonter cette dure épreuve»

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Angali Bungaleea

La psychologue Anjali Bungaleea explique qu’il est conseillé de changer d’approche et d’affronter les épreuves avec des techniques stratégiques. Par exemple, il faut commencer par l’acceptation de cette épreuve financière. « Il ne faut pas rester sans rien faire. Il faut pouvoir surmonter la situation quel que soit le problème et pouvoir y remédier. Parfois, nous avons l’impression que les problèmes ont tendance à se multiplier. Il est important de faire une évaluation de la situation, identifier la source de ce problème et parler aux gens », dit-elle.

Selon elle, il faudrait également évaluer les ressources disponibles ou  identifier les personnes qui pourraient aider le salarié licencié à s’organiser, tout en restant réaliste et bien psychologiquement. Anjali Bungaleea conseille aussi de parler aux  gens qui ont eu des expériences similaires afin de prendre des décisions intelligentes pour pouvoir surmonter cette épreuve. « C’est un défi et l’auto-évaluation joue aussi un grand rôle. Si la personne sans emploi se sent seule, elle risque de se réfugier dans l’alcool ou la drogue pour oublier les soucis. Par contre, avec l’aide de thérapeutes, il est possible de visualiser des objectifs pour surmonter les obstacles. Si l’accès aux thérapeutes n’est pas possible faute de finances, il faut consulter un livre ou un site internet pour s’en sortir psychologiquement.  Seule la persévérance peut permettre de surmonter cette dure épreuve », fait ressortir la psychologue. Cette dernière ajoute qu’avec un esprit positif et calme, chaque problème a sa solution et toute solution peut être améliorée pour éviter une détresse émotionnelle.

Que faire si le salaire de la personne licenciée constitue le seul revenu de la famille ?
La perte de statut économique social signifie dans certains cas la perte de l’estime de soi. Le salarié licencié a des remords, se sent coupable et ressent de l’insécurité. Cette insécurité financière est parfois difficile à gérer. Source de stress, de dépression ou de troubles somatiques, la personne victime d’un licenciement se retrouve désorientée. De plus, elle a peur pour le futur, surtout si son salaire était la seule source de revenu de la famille. Ces émotions peuvent aggraver négativement l’atmosphère familiale. Pour la famille, le meilleur moyen de survivre après un licenciement, c’est d’être psychologiquement prête. Il faut pouvoir réduire au maximum les dépenses, économiser l’énergie électrique, renégocier les crédits, économiser sur les courses et gérer son budget de manière à tenir jusqu’à l’obtention d’un nouvel emploi.


Qu’est-ce qui est fait au niveau du ministère ?

La rédaction d’Xplik ou K enregistre pratiquement toutes les semaines des cas de licenciement. À notre niveau, nous essayons de canaliser les plaintes au bureau du Travail en passant par Leevy Frivet, l’attaché de presse du ministère du Travail. Ce dernier explique qu’au sein du ministère, tout est mis en œuvre pour que les droits des employés soient respectés. Lors de son intervention à l’antenne au sujet d’un cas récent, il a tenu à souligner que les compagnies de sécurité sont souvent concernées par les problèmes au travail. « Malgré les dispositions que nous prenons au sein du ministère, nous remarquons la mauvaise foi de la part de certains employeurs. La réelle sanction serait de faire honte à leurs propriétaires en dévoilant au public les noms de ces compagnies », dit-il. Toutefois, vu que les noms des sociétés restent anonymes, les employeurs ne se sentent nullement concernés parce que les cas ne sont pas médiatisés. De plus, les cas se répètent.

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