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L’école de l’écologie 2020 : «Nouvo Moris»

Pendant 3 jours les quelques 120 participants de l’école ont réfléchi sur la crise écologique et ses racines systémiques.

L’école de l’écologie internationale qu’organise depuis maintenant 6 ans le Centre for Alternative Research and Studies s’est tenue dans des circonstances inédites cette année-ci. Si la pandémie de la Covid-19 et les mesures sanitaires n’ont pas permis la participation des activistes africains, indo-océaniques et d’ailleurs, comme cela a été le cas précédemment, cependant elle a été beaucoup marquée par le Wakashio.

En effet, cette édition de l’école est imprégnée de l’activisme lié à la fabrication des bouées artisanales qu’a lancé Rezistans ek Alternativ le 6 août et qui a mis tout un pays en mouvement. D’ailleurs le thème principal de l’école a été ‘Nouvo Moris’, en écho avec le slogan de la manifestation historique du 12 septembre à Mahébourg. Les seuls à avoir pris l’avion pour être présents à cette école ont été les camarades de Rodrigues, du syndicat des fonctionnaires la RGEA (Rodrigues Government Employees Association), l’organisation politique MIR et l’organisation pour la défense des droits humains, DIS-MOI. Pendant 3 jours les quelques 120 participants de l’école ont réfléchi sur la crise écologique et ses racines systémiques.

Tenue entre les 23 et 25 octobre, à Senlis-Sur-Mer Riambel, sans la participation des étrangers, l’école a ainsi donné l’occasion de se focaliser sur la crise écologique dans un contexte national de la République de Maurice. Les intervenants de l’école (David Sauvage, Stefan Gua, Ashok Subron et Michel Chiffonne) se sont attelés à expliquer la scientificité derrière la crise écologique, d’identifier les causes racines, d’établir les responsabilités et de situer cette crise dans le contexte historique mauricien. 

Le thème de l’école ‘Nouvo Moris’ a donc permis la pose des bases philosophiques d’un nouveau Maurice et son articulation avec Rodrigues et des autres territoires de la République. Une des questions centrales qui a été débattue est la souveraineté territoriale, politique et économique qui a permis aux camarades rodriguais présents d’apporter leurs perspectives souverainistes dans la discussion. Ashok Subron et Michel Chiffonne ont axé leurs interventions sur Maurice, en revisitant son histoire sous le prisme de la lutte de classe et les dynamiques divisionnistes de certains, essentiellement pendant la période de l’Indépendance. Dans ce sillage, l’historique de la lutte contre le communalisme institutionnalisé, dont Rezistans ek Alternativ a fait son cheval de bataille, a été présenté. 

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Les intervenants de l’école David Sauvage, Stefan Gua, Ashok Subron et Michel Chiffonne.

Autre pan de l’histoire de Maurice à être abordé a été les luttes historiques de Ana de Bengal à nos jours en passant par les mouvements d’émancipation des années 30 et 70. Ashok Subron s’est surtout occupé à défaire les idées fausses que véhiculent certains pour leurs intérêts politiques quid à induire l’opinion publique en erreur et menacer l’harmonie sociale. S’il dit reconnaître les préjugés qu’ont laissé l’esclavage, dont certains sont encore victimes aujourd’hui, il lance cependant une mise en garde pour ne pas tomber dans des raccourcis dangereux. 

Aussi, il s’est appesanti sur le fait que les personnes réduites en esclavage ne proviennent pas uniquement d’Afrique et de Madagascar. Pour cela, il a pris l’exemple de Ana de Bengal. Celle qui fût la première à allumer la flamme de la combativité des opprimés à Maurice en tant que femme esclavée viendrait de Java. Dans le même fil, Ashok Subron s’est évertué à faire comprendre que les coolies ne venaient pas uniquement de l’Inde, mais aussi des côtes africaines. Il évoquera aussi la caractéristique commune entre l’esclavage et l’engagement, notamment la surexploitation humaine et la dévalorisation de son humanité et la dilapidation des écosystèmes. Michel Chiffonne s’est beaucoup appesanti sur la nécessité de refonder Maurice sur le concept de démocratie participative, de représentation d’idée politique en opposition avec la représentation communale, de l’introduction de nouveaux droits en phase avec la justice sociale et écologique.

En ce qu’il s’agit de la crise écologique, l’accent fût mis sur l’océan, mais aussi la nature systémique de la crise en relation avec le modèle de production capitaliste. De ce fait, les données scientifiques aussi bien que les processus historiques, surtout l’économie d’après-guerre, ont été abordés pour établir la corrélation entre la crise écologique et l’économie capitaliste globale. David Sauvage qui fût l’architecte des bouées artisanales pour contenir l’huile du Wakashio a beaucoup mis l’accent sur les idées de Malcom Ferdinand concernant le concept de l’écologie décoloniale. De cette discussion, on retiendra la notion de rupture entre la société humaine et la nature dans ce modèle économique, mais surtout de la responsabilité différenciée du fait du modèle de production capitaliste qui concentre les prises de décision et les moyens de production dans les mains d’une petite poignée d’oligarque. Stefan Gua a parlé de ces 100 sociétés mondiales qui sont responsables des 71 % des émissions de gaz à effet de serre. La question de la Covid-19 a aussi été abordée dans la perspective de l’économie globale qui perturbe de plus en plus les écosystèmes naturels.

Le moment fort de cette école a été sans nul doute le cérémonial de recollection des activistes de la mise en mouvement sur le Mahébourg Waterfront suite à la marée noire du Wakashio. En effet, le samedi 24 octobre a été un fort moment de retrouvailles pour de nombreux activistes, qui le temps d’une soirée, sont venus se remémorer la solidarité et la résilience mauricienne face à ce que nous pouvons appeler aujourd’hui l’écocide Wakashio. Cette soirée, marquée par la photo souvenir remise aux nombreux activistes présents, fût chargée d’émotions.

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Comprendre la crise du Wakashio et l’économie globale

Soixante jours après la marée noire du Wakashio, l’école de l’écologie 2020 fût organisée par CARES et Rezistans ek Alternativ. Si les critiques par rapport à la crise du Wakashio fûrent essentiellement adressées contre le gouvernement, cependant la question de l’utilisation des énergies fossiles et du transport au niveau global n’a pas beaucoup été évoquée à Maurice. Cette école fût l’occasion de comprendre la crise du Wakashio et l’économie globale dépendante des énergies fossiles responsables de la perturbation du cycle carbone par exemple. De cette perspective, la notion de dette écologique a été évoquée puisque ce modèle économique et ses conséquences impactent plus les pays du Sud qui ont une responsabilité moindre étant subordonnés aux économies des pays du Nord. Or, les conséquences que subissent les pays du Sud se révèlent plus importantes. Dans la même foulée, la question de dette écologique a aussi été abordée par rapport à la menace sur l’industrie du sea-food hub. La question de boycott des Européens du thon mauricien pour raison de surpêche pose la question sur la réelle responsabilité quant à la diminution du stock de poissons dans les océans.

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