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Joanne Dimba et ses amies engagées contre l’extrême pauvreté

Joanne Dimba, assise au premier plan, au second plan, Sandrine Veerapen (avec des verres), derrière elle, Rebecca Bugwondeen et Jade Navette.

Souvent, le destin n’est pas un parcours fléché qu’on suit les yeux bandés. Joanne Dimba en sait quelque chose depuis le jour où elle est partie pour le Liban à 18 ans, avant d’atterrir en France quelques années de cela. Quand elle est tombée sur une émission montrant l’image de Maurice loin des cartes postales, elle a eu un déclic. Elle veut aujourd’hui s’engager aux côtés des plus pauvres, ceux qui ne mangent qu’une fois par jour et ne savent où crécher. 

À Riche-Mare, où vivent sa famille et ses amis, Joanne Dimba nous reçoit avec le sourire et l’assurance de celles et ceux qui savent où elles (ils) mettent les pieds. Cheveux noués sur le crâne, elle situe d’abord les perspectives : « À 18 ans, je suis partie travailler comme gouvernante au Liban, puis je suis partie à Dubai. En 2015, j’ai déposé mes valises à Villejuif, une commune française située dans le département du Val-de-Marne en région Île-de-France. C’est là où mon témoignage a fait la une des médias, car j'ai été employée au noir par une célèbre animatrice de télévision », raconte-t-elle. À Limoges, deux ans plus tard, elle monte son association et anime une émission comme voyante-médium sur Fréquence Avenir. « C’est un don que j’ai eu à l’âge de 6 ans. Je voyais des choses avant tout le monde et j’en parlais à ma mère », déclare-t-elle.

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De la nourriture en sachets remis par le supermarché Winners de Rose-Hill.

Propos inacceptables

En 2019, raconte-t-elle, son petit univers est chamboulé lorsqu’elle entend une internaute mauricienne tenir des propos inacceptables sur les personnes à handicap et sur les communautés minoritaires de Maurice. « Je me suis dit que ces choses ne devraient pas arriver à Maurice, alors que les Mauriciens ont réussi à bâtir un pays qui sert souvent d’exemple au monde », raconte-t-elle. À ces propos insupportables, viendra s’ajouter un reportage réalisé en 2017-2018 et diffusé en France. Il  montrait des images de pauvreté qui ont pris à contrepied l’image idyllique de l’ile Maurice. « C’est vrai que je suis issue d’une famille modeste, mais j’ignorais qu’il existait une telle précarité à Maurice. De plus, il y avait aussi de la drogue », confie-t-elle.

Le confinement dicté par la Covid-19, poursuit-elle, a soudain montré l’envers du décor. Les pauvres avaient un visage, tandis que d’autres personnes ont senti le terrain glisser sous leurs pieds. « La pauvreté, c’est terrible, car c’est un sentiment de fragilité, de vulnérabilité, de solitude et d’exclusion. Tout d’un coup, vous avez le sentiment de ne plus faire partie de la masse », fait-elle observer. Mais pour elle, l’observation et le constat ne sont pas suffisants, encore faut-il s’engager pour donner un sens et une cohérence à son indignation. « J’ai parlé de cela à mes amis mauriciens et français afin de les sensibiliser. Tous étaient d’accord qu’il fallait réagir. Et c’est ainsi que nous avons mis sur pied L’association Unie vers une Main Tendue afin de pouvoir légaliser toutes nos activités en France », confie-t-elle.

Structures

L’association se dote de structures et nomme des personnes à des fonctions comme l’exige la procédure. Parmi Maria Josée-Soares, Patricia Beeputh, Bruno Perrine, Tracy Dimba ou encore Gérard Julien.

Cependant, pour être dans le concret, il faut des actions, une fois passée la période de mise en place de la stratégie. « Chacun s’est chargé d’une mission particulière, un peu à la manière des Restos du Cœur dans la discipline. Nous savons que la communauté mauricienne en France est généreuse et a le sens de la patrie, mais en général, les Français sont eux-mêmes contents d’aider. Après chaque journée de travail, on a débriefé pour évaluer nos actions. Nous avons déjà trouvé un certain nombre de produits. Il nous reste à trouver un moyen pour les acheminer », indique-t-elle. Grâce à Gérard Julien qui est infirmier, l’association a déjà obtenu un fauteuil roulant et un déambulatoire. Du côté des supérettes, l’association recherche les pâtes, le riz, les biscuits, fromages et autres conserves. 

Branche locale

Depuis qu’elle est arrivée à Maurice au mois d’avril, Joanne Dimba n’a pas perdu son temps. Sa priorité a été de constituer un groupe destiné à lancer la branche locale de son association à Riche-Mare où elle est domiciliée. Son premier contact est son amie Sandrine Veerapen qui partage elle aussi ses idées. Petit à petit, d’autres personnes rejoignent le groupe, dont Jade Navette et Rebecca Bugwondeen. « Mais avant de nous lancer, précise-t-elle, il nous fallait connaitre la réalité sur le terrain pour savoir où intervenir et avec quels moyens. Ensuite, je ne voulais pas d’une association trop lourde avec des tas de papiers ou trop de discours, en sachant qu’il existe aussi des ONG engagées dans le social. Il nous fallait agir vite et saisir la situation à bras-le-corps », fait-elle ressortir. 

La pauvreté à visage découvert

Ce sera dans les rues de Port-Louis qu’elle s’investira afin de vérifier l’ampleur de la pauvreté à visage découvert. Son premier contact fut avec un adolescent mendiant sans domicile fixe et sans parents à Port-Louis. Son cas avait fait l’objet d’un article de presse. « J’ai voulu lui payer un repas, mais il a refusé, préférant que je lui donne de l’argent. Le cas est connu de la Child Development Unit. Au final, ce sont les parents de l’enfant qui l’envoyaient dans les rues pour mendier. Parfois, il pouvait récolter jusqu’à Rs 1 000 », raconte Joanne. 

Plus tard, sur le Net, elle tombe sur une femme, qui, dans le besoin, recherchait une bonne à tout faire. La tâche de vérifier la véracité de ce cas est revenue à Sandrine Veerapen. Cette dernière découvre qu’en fait, cette dame allait payer la femme de ménage avec des colis alimentaires et qu’elle recherchait une résidence pieds dans l’eau ! « Avec ces deux exemples, nous sommes devenues très prudentes, car il existe de faux pauvres. En fait, nous sommes certains que de tels cas sont nombreux », déclare Joanne.

Malnutrition et désertion des classes

À part ces deux cas, elle reconnait que l’extrême pauvreté, aggravée par la malnutrition et la désertion des classes, existe bel et bien à Maurice.  « Dans un premier temps, il faut parer au plus pressé : trouver deux repas équilibrés par jour pour ces familles. Ensuite, il leur faut un travail, un logement décent, sans oublier une véritable insertion dans le milieu scolaire. Depuis l’apparition de la pandémie et la guerre en Ukraine, l’ONG a attiré l’attention sur le fait que cette situation nouvelle avait multiplié le nombre de cas d’enfants sous-alimentés et souffrant de carence alimentaire. Dans une telle situation, il s’avère difficile aux enfants d’apprendre. Il est vrai que le gouvernement mauricien fait des efforts, mais parfois, il y a des cas dits invisibles sur les registres sociaux », fait-elle observer. 

Quelque temps de cela, le petit groupe a réussi à obtenir des produits alimentaires au supermarché Winners de Rose-Hill. « Nos filles ont réussi grâce au sourire et au body language. Elles ne viennent pas de milieux aisés et les gens le savent », dit Joanne, en reconnaissant qu’il faut encore travailler sur une communication plus pointue. « Nous le faisons à chaque débriefing pour identifier nos faiblesses et nos forces », ajoute notre interlocutrice. 

Afin de s’investir davantage dans l’activité sociale, elle compte rentrer à Maurice dans deux ans, tout en poursuivant ses émissions à la télé à Limoges et à travers les réseaux sociaux. Elle caresse déjà deux grands objectifs majeurs et à court terme : la politique et ouvrir une branche à Madagascar. « Je sens mes forces se décupler. Toutes les conditions sont réunies pour ces missions qui donnent du sens à ma vie », lâche-t-elle en souriant.

 

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