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Jeux de hasard : quelle place occupent-ils dans la société mauricienne ?

Jeux de hasard

Peut-on devenir riche grâce aux jeux de hasard ? Ou est-ce alors un moyen de s’endetter et de créer des conflits familiaux. Nombreux sont ceux qui sont accrochés à ces jeux chaque semaine et pour certains tous les jours. Le deuxième tirage de la Lottotech les mercredis vient relancer le débat.

Selon le Finescope Consumer Survey de 2014, 52 % de la population mauricienne jouent aux jeux de hasard. Entre football, courses et casinos, ces jeux sont à la fois un loisir pour certains mais également une source de dépendance pour d’autres. Si les jeux de cartes à gratter ont été interdits depuis 2014, certains chiffres d’affaires ont considérablement baissé notamment pour Lottotech. Si ces jeux rapportent gros aux nombreux bookmakers, ils comportent en revanche des risques pour la santé et la situation familiale.

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Asrani Gopaul, Senior lecturer en Social policy and International social work.

Selon Asrani Gopaul, Senior lecturer en Social policy and International Social work : « Les jeux de hasard au sein de la société occupe une place particulière. Ils font partie intégrante de notre culture. Cependant, beaucoup de personnes en deviennent dépendantes ». Il indique que de nos jours la population veut une réussite financière et les gens tentent leur chance en mettant en péril leur budget qu’ils soient pauvres ou riches. Les joueurs entretiennent l’espoir qu’ils gagneront dans le futur.

« L’impact du jeu est plus conséquent à Maurice. Les gens peuvent se permettre de jouer davantage en raison des nombreuses facilités dont l’éducation et les soins hospitaliers gratuits, la pension de vieillesse et les prestations sociales, entre autres. Les personnes n’ont pas l’obligation d’économiser pour le futur contrairement aux pays étrangers », dit le Senior lecturer. Il soutient même que la loi n’est pas vraiment respectée. « À certains endroits, il y a des mineurs qui jouent sans qu’on leur demande une pièce d’identité. Il faut une prise de conscience et les citoyens ne sont pas assez avertis. Il n’y a pas de campagnes de sensibilisation, d’ailleurs s’il y en a, elles ne sont pas assez agressives », dit Asrani Gopaul.


Les paris en ligne gagnent du terrain

À ce jour, il n’y a pas de loi-cadre pour le « online gambling. » Les paris en ligne prennent de l’ampleur et gagnent du terrain surtout en Europe. Si ces lois n’ont pas, pour l’instant, été promulguées à Maurice, elles sont en revanche autorisées aux non-résidents. De plus, il n’y a pas de taxe sur les jeux à l’étranger, ce qui attire  beaucoup plus de parieurs.


PMU

Le PMU (Pari mutuel urbain), une organisation française de paris hippiques et sportifs, s’est installé à Maurice le 17 novembre 2017 avec à la clé une cagnotte de lancement d’environ Rs 400 millions. Le concept est de trouver les cinq premières places d’une course qui est diffusée sur la chaîne Équida. Cette irruption dans le secteur hippique a pour but d’étendre les activités du PMU au niveau de l’Afrique anglophone.


Témoignage

« Les casinos m’ont appris que je pouvais tout perdre en quelques instants »

Naden R., un habitant de Rivière-du-Rempart, garde, quant à lui, un goût amer des jeux de hasard. « J’étais accro à ces jeux. Je jouais pratiquement tous les jours. Tous les moyens étaient bons pour se faire de l’argent », soutient le père de famille. Selon le trentenaire, son addiction est intervenue alors qu’il était mineur. « À cette époque, je fréquentais un collège de la capitale et il y avait énormément de bookmakers à Port-Louis. Étant donné que je n’avais pas l’âge de jouer, un cousin le faisait à ma place. Plus je gagnais, plus j’en voulais davantage. Cette envie de gagner a perduré. Je me suis mis à jouer au poker avec des amis de classe puis aux courses et au football », explique-t-il. Après avoir atteint l’âge majeur, Naden soutient que c’était un autre moyen pour lui de se faire de l’argent et de tenter des nouvelles expériences. « Les casinos m’ont appris que je pouvais tout perdre en quelques instants. J’ai commencé à miser gros pour gagner plus. J’ai même une fois misé un mois de salaire. Quand j’ai commencé à perdre, j’ai misé quelques effets personnels que j’ai également perdus », lâche l’ex-joueur. « Entre-temps je m’étais marié et je suis devenu père. Quand ma femme a menacé de me quitter à cause de l’état de nos finances, c’est là que j’ai réellement pris conscience que je détruisais ma vie », dit-il pour conclure.

Akshay Raojee : « Il faut jouer raisonnablement »

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Akshay Raojee

Akshay Raojee, âgé de 24 ans, est un habitué des loges du Champs-de-Mars. « Depuis mon plus jeune âge, j’aimais l’équitation. J’ai côtoyé un entraîneur de chevaux qui m’avait invité à une session d’entraînement. C’est à partir de là que j’ai appris à monter les chevaux, à m’occuper d’eux. De là vient ma passion des courses », explique le jeune homme. Celui qui aspirait un jour à devenir jockey a dû tout abandonner à cause d’une blessure. « À la suite de cela, je me suis contenté de miser aux courses juste pour le plaisir car nous avons une montée d’adrénaline au moment de la course et c’est un sentiment inexplicable », soutient le parieur. « Toutefois, il ne faut pas oublier que cette activité est avant tout un divertissement. Il faut jouer raisonnablement car il est possible de gagner comme de tout perdre », lâche Akshay. « Afin d’éviter de devenir accro, il faut éviter les mauvaises habitudes comme emprunter de l’argent ou effectuer des retraits bancaires pour miser. Il est important de se contrôler et d’éviter de sombrer dans la tentation », dit-il en conclusion.


Mini interview…Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice

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Jayen Chellum.

Quel est selon vous le constat ?
Les jeux occupent une place importante dans la société mauricienne. Environ 600 000 à 700 000 adultes jouent aux jeux de hasard. Que ce soit le loto, les courses, le football ou le casino. Cela fait en moyenne 70-75 % de personnes qui jouent, soit 2/3 de la population. Les jeux de hasard ont été encouragés dans le passé. Une politique délibérée du gouvernement a poussé les gens vers les jeux de hasard. C’était un moyen de soutirer de l’argent du public, que ce soit le gouvernement sortant ou le gouvernement actuel.

Faut-il s’inquiéter de la situation ?
Oui, la situation est alarmante. Parmi ces joueurs, la majeure partie est issue de la classe moyenne ou en bas de l’échelle. La plupart des joueurs sont des employés, des chômeurs et des pensionnaires. Ils sont nombreux à toucher moins de Rs 14 000 par mois. En moyenne, les joueurs dépensent entre Rs 800 et Rs 1 000 à la loterie et d’autres jeux de hasard. Ce qui représente environ 7 % du salaire dépensé. Ce sont les pauvres qui jouent les plus.

Que pensez-vous du nouveau tirage du loto du mercredi ?
Je suis contre cette augmentation du tirage par semaine. Est-ce responsable de faire deux tirages par semaine ? Je trouve cela irresponsable de la part du gouvernement. Cela donnera aux citoyens l’habitude de jouer deux fois par semaine. De plus, cette nouvelle initiative balaie la loterie verte qui était comme un patrimoine.

Quel message souhaitez-vous faire passer ?
Il est fondamental que le gouvernement fasse une étude sociologique et économique sur l’impact des jeux, surtout pour ceux qui en sont dépendants. Cela nous permettra de savoir quelles sont les mesures à prendre face à ces problèmes. Il faudrait aussi interdire la publicité des jeux de hasard définitivement.


Nicolas Soopramanien, psychologue : «Il n’y a pas de centre qui propose une thérapie comportementale à Maurice»

Le président de la société des professionnels en psychologie soutient que : « L’être humain voit dans les jeux de hasard un moyen de gagner de l’argent sans faire d’efforts. Tant que le joueur n’obtient pas de résultats, il/elle continue à garder espoir. Le joueur essaie donc de trouver plusieurs stratégies et ne peut plus s’en passer. Cela devient un cercle vicieux et une habitude de vie  », dit Nicolas Soopramanien. Le psychologue explique que le jeu est avant tout un plaisir mais les jeux où de l’argent est impliqué causeraient plus de répercussions que de bienfaits. « Cela aura définitivement un impact sur le budget et la famille », dit le psychologue.

« Quand le jeu devient une addiction et que le joueur ne peut plus s’en passer, on peut alors parler de maladie. Il se peut que le parieur ressente un manque, et prenne aussi de l’argent en emprunt. Quand la personne entre dans cette sphère, il faut impérativement qu’elle se fasse aider. Pour cela, il faut qu’elle suive une thérapie comportementale cognitive », affirme Nicolas Soopramanien. Il fait ressortir qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de centre qui propose ces traitements à Maurice.