Interview

Jerry Godwin, expert en entrepreneuriat : «Les entrepreneurs doivent viser le marché régional»

Jerry Godwin

Un expert américain en entrepreneuriat et innovation apporte son soutien à l’Université de Maurice dans la mise en place de l’UoM Incubateur. Le Défi Quotidien l’a rencontré lors de sa récente visite.

Parlez-nous de votre visite à Maurice.
Je suis à Maurice dans le cadre du U.S. Department of State Fulbright Specialist Program pour mettre en place un incubateur à l’Université de Maurice (UoM). L’objectif est de rassembler les différentes ressources de l’UoM pour créer un esprit entrepreneurial chez les jeunes et de favoriser l’émergence des startups. L’incubateur permettra aux startups potentielles de se préparer pour les prochaines étapes de développement, à savoir le financement initial, la commercialisation et le déploiement, entre autres.

Vous avez côtoyé les étudiants de l’université pendant deux mois. Sont-ils prêts à se lancer dans l’entrepreneuriat ?
L’intérêt est de 50/50. Mon devoir est de ne pas seulement aider à établir l’incubateur, mais aussi d’inculquer la culture entrepreneuriale aux jeunes. Il faut changer le mindset à Maurice. Je constate que les jeunes Mauriciens choisissent toujours le chemin traditionnel pour faire carrière. Après les études secondaires, ils poursuivent les études supérieures et, par la suite, ils trouvent un emploi dans une firme privée ou dans la Fonction publique. Mais il y a d’autres jeunes qui ont des projets novateurs et souhaitent se lancer dans une nouvelle aventure. C’est une question de prise de risques. Mais je pense que si on offre aux jeunes l’encadrement nécessaire, ils seront plus nombreux à créer leurs propres entreprises.

L’un des défis majeurs que rencontrent les startups à Maurice est l’accès aux finances. Comment peut-on surmonter cet obstacle ?
Les institutions financières à Maurice font déjà un bon travail avec les prêts dédiés aux startups et aux entrepreneurs. Durant ma visite, j’ai rencontré des représentants de différentes institutions, dont le Mauritius Research Council. Ils ont établi des programmes de financement pour les startups. Idem pour les banques commerciales. Elles souhaitent encourager le développement de la FinTech. On constate qu’il y a une volonté et une vision pour donner un coup de pouce au secteur des PME. Maintenant, c’est aux startups de venir de l’avant avec des idées novatrices et de prendre avantage des incubateurs.

Quels sont les secteurs prometteurs à Maurice dans lesquels les jeunes peuvent se lancer s’ils veulent travailler à leur propre compte ?
Je suis aujourd’hui un entrepreneur. Mais j’avais aussi lancé, dans le passé, des entreprises qui n’ont pas abouti. L’innovation est très importante. Par exemple, vous pouvez vous lancer dans des activités traditionnelles, mais en utilisant les nouvelles technologies, vous donnez ainsi de la valeur ajoutée à vos produits. Il y a aussi des créneaux dans le secteur financier qui peuvent être exploités. Mon conseil aux jeunes est de commencer petit et d’aller graduellement au niveau régional ou encore international.

Le secteur de l’entrepreneuriat peut-il devenir un pilier majeur de l’économie mauricienne  ?
Je pense qu’il est déjà un pilier de l’économie. Le secteur des PME est le plus employeur et il contribue énormément au Produit Intérieur Brut. Maurice est classé parmi les meilleurs en Afrique au niveau de quasiment tous les indices, ce qui représente des opportunités nationales et internationales pour les PME.

Les encadrements et les programmes sont déjà mis en place. Je pense qu’il faut toutefois avoir une meilleure collaboration entre les universités et l’ensemble des PME. Il faut mettre en place des cours appropriés et encourager davantage les jeunes à se lancer dans ce secteur.