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Harold Iyempermal : un senior qui tient le cap «Le corps des Huissiers de Justice né au forceps» 

À 66 ans, Harold lyempermal, le doyen du corps des Huissiers, n’est pas prêt à prendre la retraite : il a son propre cabinet qui tient toujours le cap. Encore dans la force de l’âge, cet homme marié et père d’un fils unique, se félicite d’avoir été à l’origine de la création du corps des Huissiers privés ayant permis une avancée dans l’administration de la Justice à Maurice. 

En somme le projet a pu se matérialiser grâce aux efforts conjugués de Harold Iyempermal lui-même et d’Anil Seewoonarain, l’actuel Chef Huissier de Justice à la Cour suprême.  Le projet avait provoqué, à l’époque, une levée de boucliers de la part de la quasi-totalité des Huissiers du gouvernement. Se sentaient-ils menacés ou alors étaient-ils tout simplement réfractaires au changement ? « Peut-être n’ont-ils pas pu faire la différence entre la libéralisation que nous recherchions et la privatisation qui est toute autre chose », avance Harold Iyempermal, qui avoue ne pas en connaître la cause exacte. Cependant, Harold et son collègue se sont dévoués corps et âme pour faire aboutir le projet. 

Le commencement

En âge de travailler, le jeune Harold se lance dans l’enseignement au niveau du cycle primaire. C’est là qu’il fait la connaissance de celle qui allait devenir son épouse. Marie Josée était stagiaire dans la même école et ils se sont passé la bague au doigt le 16 décembre 1987. De leur union naîtra un fils : Hans, 29 ans, qui, lui, a préféré de se tourner vers le secteur bancaire.

L’autre passion de Harold, c’est le Droit, pour devenir Huissier de Justice.  Comme il comptait parmi ses amis qui exerçaient déjà dans la profession, il les accompagnait en cour. « Lorsque je les regardais travailler, leur façon de se tenir en salle d’audience pour diriger les audiences et comment ils savaient parler avec assurance et autorité, j’étais en admiration devant eux. Je savais alors que c’était le travail prestigieux que j’allais faire. » 

En effet, suivant le cours du destin, le moment venu, Harold a répondu à un appel de candidatures pour le poste d’Huissier de Justice. « J’ai soumis ma demande. Il y avait seulement neuf postes à pourvoir. La compétition était rude, car 500 jeunes s’étaient manifestés. Je me suis finalement retrouvé parmi ceux reçus et j’ai pris mes fonctions le 13 février 1995. »  C’est ainsi que Harold quittera prématurément l’enseignement, poste qu’il a cumulé pendant 15 ans de 1977 à 1995, pour se consacrer au métier de ses rêves. 

Après une certaine période en fonction au ministère de la Justice, le moment d’euphorie passé, c’est le choc brutal avec la réalité : le travail d’Huissier de Justice n’est pas de tout repos. Même le déjeuner est pris à la hâte. Une fois la dernière séance du jour terminée dans l’après-midi, on doit se mettre en route pour servir les ordres de la cour. Mais le temps faisant défaut, les dossiers s’empilent sur les bureaux.

Forte opposition au projet d’huissiers de Justice privés

Comment l’idée d’Huissiers de Justice privés a-t-elle germé à Maurice ? « Un jour, Anil et moi avions rencontré par pur hasard au Marché central à Port-Louis des Huissiers français en visite à Maurice. Lorsqu’ils ont appris que nous étions des confrères, ils ont tenu à venir nous rendre visite en Cour suprême. Ils ont fait le déplacement en délégation dès le lendemain. Une fois sur place, ils étaient stupéfaits de voir le volume de dossiers qui s’entassaient sur les bureaux. Ils ont compris que nous étions débordés. Ils ont alors émis l’idée d’Huissiers de Justice privés, un travail lucratif », ont-ils insisté.

À part, Anil Seewoonarain et Harold Iyempermal, personne n’était intéressé, mais ils étaient tous les deux déterminés. Ils sont allés de l’avant avec le jumelage des huissiers de Maurice avec ceux de l’Union internationale des Huissiers de Justice, dont le siège se trouve en France et qui regroupe une centaine de pays dans le monde. Puis, une délégation est venue à Maurice pour discuter du projet avec le gouvernement. Un projet de loi avait été préparé, alors que Rama Valayden occupait les fonctions d’Attorney General. La pression contre le projet était tellement forte que l’ébauche du texte de loi sera mise au rancard.

Il faudra attendre l’arrivée de Yatin Varma au poste d’Attorney General pour que le projet de loi soit présenté devant le cabinet et approuvé. C’est un an après son adoption qu’il sera mis en vigueur, soit le temps qu’il a fallu pour la rédaction des règlements et procédures. Un tel aboutissement sera le fruit du travail mené conjointement par Harold Iyempermal et Anil Seewoonarain.

Harold Iyempermal, qui attendait ce moment impatiemment, choisit alors de démissionner de son poste à la cour pour devenir le premier Huissier de Justice privé. Il s’installe au St James Court. 

Lorsque les opposants rallient les rangs

Puis, on a aussi assisté à un changement d’attitude parmi les Huissiers de Justice exerçant dans le service public. Il y a certains, qui étaient les plus farouches opposants au projet, lui ont emboîté le pas pour se mettre, eux aussi, à leur compte. Ils sont actuellement neuf huissiers privés assermentés qui travaillent avec les mêmes pouvoirs que ceux du gouvernement. Là, le travail est différent dans le sens qu’on n’a pas à exercer en cour. Les huissiers indépendants peuvent ainsi se concentrer exclusivement aux papiers à être servis. Le travail se fait beaucoup plus vite et ils sont nombreux, les plaignants qui ont recours à leurs services. Mais si le résultat attendu est plus rapide, ici tout est payant, contrairement à ce qui se passe dans le secteur public.

Les huissiers, pris par la routine, s’acquittent d’un travail qui requiert tact et psychologie et cela pour des raisons évidentes. « Nous ne sommes pas les bienvenus chez les gens qui ont affaire avec la justice. Lorsqu’on se présente devant leur domicile, on est vu comme des oiseaux de mauvais augure ». 

« Notre tâche se complique lorsqu’on n’arrive pas à mettre la main sur la personne recherchée pour lui remettre en main propre le document de la cour. Car souvent on a affaire à de véritables fantômes, mais la traque est menée jusqu’à la fin », affirme Harold Iyempermal, qui doit son succès comme huissier privé à la qualité de son travail.

Aux premières loges de scènes poignantes

De son parcours, Harold Iyempermal garde de bons comme de mauvais souvenirs. Il tire une fierté légitime d’avoir été le fer de lance conduisant à la libéralisation du travail d’Huissiers.  Le mauvais, lorsqu’il lui a fallu exécuter un ordre qui consistait à enlever tous les effets immobiliers d’une famille d’une maison. Une fillette de 11 ans s’est agrippée à son pantalon : « Ou pou zet mo sac lekol osi ? » « Non », lui a-t-il répondu, troublé. « Va chercher ton sac. Tu pourras le garder avec toi. » 

Autre scène poignante. Il lui  fallait prendre en charge  deux fillettes qui se trouvaient avec leur père pour les confier à leur mère, qui en avait obtenu la garde sur ordre de la Cour suprême. Parfaitement conscientes de ce qui se passait, les deux petites s’étaient agrippées à leur père tout en poussant des cris déchirants. Elles ne voulaient pas le quitter. Le père était, lui aussi, en larmes. Ce genre de situation n’est pas facile à vivre, mais les exigences du métier prennent toujours le dessus.  

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