Le budget des ménages, aussi bien que celui des entreprises, a été amoindri par le contexte économique. Qu’en est-il de celui de l’État ? Le point.
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La fâcheuse tendance qui s’est dessinée ces dernières années est celle de dépenses publiques supérieures aux recettes. Cela se reflète d’ailleurs sur la dette publique de Maurice, estimée à Rs 419 milliards pour l’année financière 2022/2023 selon les documents annexés au Budget. Kevin Teeroovengadum explique que Maurice vit au-dessus de ses moyens, ce qui se traduit par un déficit budgétaire. C’est là un point soulevé dans les derniers rapports de l’Audit. « Si nous regardons la gestion de l’État, le nombre de fonctionnaires, de recrutements ou encore de projets qui n’engendrent pas de revenus, ça laisse à désirer. Il faut cibler les inefficiences », soutient l’économiste.
Une meilleure gestion des finances publiques serait appropriée dans une conjoncture où ménages et entreprises sont engouffrés dans une spirale inflationniste. Ces derniers n’ont pas manqué de solliciter le gouvernement pour faire face à la crise. Et de l’avis de Kevin Teeroovengadum, la situation risque d’empirer si l’on ressent l’impact de la récession mondiale cette année.
Or, les caisses de l’État n’affichent pas une bonne santé financière, ce qui réduit la marge de manœuvre du gouvernement pour aider les entreprises et les ménages. Un « review meeting » s’est tenu le 24 janvier en présence de responsables du Prime Minister’s Office. Le contrôle des prix des produits importés, le paiement du capital et non de l’intérêt sur la taxation par les entreprises et ménages, mais aussi la situation du Metro Express ont été évoqués. Il nous revient que le gouvernement souhaite inciter la population à se tourner davantage vers le transport public, notamment le métro, d’où la décision de maintenir les prix des carburants. L’État s’appuierait sur l’argent des contribuables pour combler le déficit budgétaire. Une source révèle que le gouvernement étudie la possibilité de faire en sorte que le métro soit plus rentable. Cela pourrait se faire, par exemple, s’il générait sa propre électricité.
Chetan Sharma Rupear, CEO de Pear Incorporate, est d’avis que l’effort pour faire face à la situation actuelle doit être partagé entre les secteurs privé et public. Les entreprises, avance-t-il, devront prendre les bonnes décisions pour réduire leurs dépenses. Et quid des ménages ? Chetan Sharma Rupear, fait comprendre qu’il faut éviter, sauf en cas d’absolue nécessité, de contracter des emprunts bancaires, en raison du fort taux d’intérêt. « Les ménages doivent adopter une meilleure attitude pour épargner », estime-t-il.
Chiffrée à environ Rs 200 milliards quelques années avant la Covid-19, la dette publique a plus que doublé, souligne Kevin Teeroovengadum. Elle est en passe d’atteindre Rs 500 milliards. L’économiste s’inquiète du fait que Maurice soit bloqué dans un schéma de la dette. « C’est symptomatique d’une économie qui n’arrive pas à créer une richesse réelle. Est-ce le prélude de ce qui s’est passé en Grèce ou, pire, au Sri Lanka ? » se demande-t-il.
Pour inverser la tendance, il faudra accroître le Produit intérieur brut (PIB), donc créer davantage de richesse, notamment en augmentant les revenus issus des exportations, du tourisme ou encore du secteur financier. Kevin Teeroovengadum suggère également de développer de nouveaux secteurs comme l’économie bleue. « L’État doit réduire ses dépenses et financer les projets en ordre prioritaire. Il faut aussi que le gouvernement apprenne à vivre avec ses moyens et qu’il soit transparent avec la population », conclut l’économiste.
En chiffre
Situation financière de l’État
Revenus
- 2020 : Rs 122 milliards
- 2021 : Rs 159 milliards
Dépenses
- 2020 : Rs 156 milliards
- 2021 : Rs 185 milliards
Consolidated Fund
- 2020 : Rs 49 milliards
- 2021 : Rs 73 milliards
Dette totale du secteur public
- 2020 : Rs 381 milliards
- 2021 : Rs 419 milliards
* Au 30 juin de chaque année
Public Sector Investment Programme
Au cours des trois prochaines années, de 2022/23 à 2024/25, le Public Sector Investment Programme prévoit Rs 141,5 milliards pour les infrastructures économiques et sociales, dont Rs 43,9 milliards pendant l’exercice 2022/23.
Budget récurrent | Estimations pour 2021/22 | 2021/22 Estimations révisées | Budget des dépenses 2022/23 | 2023/24 Prévu | 2024/25 Prévu |
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Revenus récurrents | Rs 133 milliards | Rs 133 milliards | Rs 148 milliards | Rs 163 milliards | Rs 176 milliards |
Dépenses récurrentes | Rs 135 milliards | Rs 138 milliards | Rs 154 milliards | Rs 165 milliards | Rs 170 milliards |
Source : État des opérations gouvernementales |
Estimations pour 2021/22 | 2021/22 Estimations révisées | Budget des dépenses 2022/23 | 2023/24 Prévu | 2024/25 Prévu | |
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Dette brute du secteur public | Rs 456 milliards | Rs 435 milliards | Rs 449 milliards | Rs 474 milliards | Rs 493 milliards |
Dette nette du secteur public | Rs 413 milliards | Rs 385 milliards | Rs 419 milliards | Rs 453 milliards | Rs 474 milliards |
Dette nette du secteur public en % du PIB | 82,8 % | 77,3 % | 72,9 % | 72% | 69,1 % |
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