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Dr Deoraj Caussy, épidémiologiste : «La maladie est infectieuse, pas contagieuse»

Dr Deoraj Caussy

Notre système de surveillance contre la maladie doit être revu car, souvent, le premier cas est dépisté dans un centre de santé du privé. C’est le constat que fait le Dr Deoraj Caussy. Il vient de prendre sa retraite du ministère de la Santé, où il était conseiller en épidémiologie et virologie. Il est maintenant maître de conférence en épidémiologie, santé publique et environnement à l’Université de technologie (UTM), l’Open University et l’université de Maurice (UoM).

Pourquoi Maurice est-elle plus  vulnérable aux maladies transmises par les moustiques ?
Cette vulnérabilité est due à plusieurs raisons. D’abord, parce que Maurice est un pays tropical situé entre deux continents, où les maladies transmises par le moustique sont prévalentes. Nous avons ainsi connu une alternance de pluies et de fortes chaleurs depuis le début de l’année due au changement climatique. Le climat a été ainsi propice à la prolifération des moustiques.

Aurait-on pu éviter le problème vécu actuellement à Vallée-des-Prêtres ?
La densité de moustiques et la vente de produits répulsifs auraient dû être une indication de la présence d’une grande population des culicidés. Les mesures appropriées auraient alors dû être prises, pour éviter le problème que nous connaissons actuellement.

Est-il commun d’avoir une épidémie de dengue dès le mois de février ?
En Asie et ailleurs, y compris Maurice, la fièvre de dengue démontre une périodicité. D’habitude, c’est plus particulièrement vers les mois d’avril et mai que des épidémies ont été observées. L’épidémie de février pourrait s’expliquer par le changement climatique, qui favorise la multiplication des moustiques.  Dès qu’il y a eu la présence d’un vecteur, la propagation s’est faite rapidement par la suite.

Un protocole a été mis en place pour prévenir les maladies transmises par les moustiques. Maurice fait-il suffisamment d’efforts pour contrer ces maladies ou bien y a-t-il d’autres plans d’action à mettre en œuvre ?
Durant mes séjours au ministère de la Santé et de la Qualité de vie, j’ai travaillé avec mes collègues pour formuler un plan d’action pour le contrôle des maladies transmises par la piqûre de moustique. Ce protocole est bien rodé, car on a géré l’épidémie de 2009 et celles des années suivantes. Le nettoyage des terrains en friche doit se faire régulièrement. La densité des moustiques dans les lieux où ils prolifèrent d’habitude doit être contrôlée plus efficacement. Il en est de même pour les localités où des cas de dengue ont été observés dans le passé, elles doivent être surveillées de près. C’est une surveillance sentinelle. Notre système de surveillance contre la maladie doit être revu, car le premier cas a été dépisté dans un centre de santé du privé.

Il y a une psychose qui s’est installée à Vallée-des-Prêtres et au sein de la population concernant la dengue. Pouvez-vous rappeler son mode de transmission ?
La dengue est une maladie transmise indirectement d’un humain à l’autre à travers un moustique infecté. La maladie est ainsi infectieuse et pas contagieuse. On n’aura pas la dengue en étant en contact directe avec une personne infectée, ni en buvant dans le même verre ou en lui faisant une accolade. C’est le moustique qui agit comme intermédiaire dans la transmission et qui est ainsi le vecteur de la dengue, de la malaria, du chikungunya ou du zika.

Il n’y a pas lieu de porter un masque ou d’avoir peur d’être en contact avec une personne malade. La seule façon de se protéger, c’est de garder son environnement propre et éviter l’accumulation d’eau sur le toit de la maison ou dans la cour, porter des vêtements à manches longues ou utiliser des produits répulsifs.


Triolet, Pamplemousses et Port-Louis, les plus touchés

31 cas de dengue ont été enregistrés au 16 mars. Pour l’heure, l’épidémie est localisée principalement à Vallée-des-Prêtres, où plus d’une vingtaine de cas ont été recensés sur les 31 enregistrés, selon le ministère de la Santé. Le pays a malheureusement connu d’autres épisodes similaires, dont le plus grave remonte à 2009. Eu égard aux chiffres du ministère de la Santé, nous constatons que ce sont surtout les régions de Port-Louis et de Triolet qui ont été les plus concernées par la fièvre dengue jusqu’à présent. Vallée-des-Prêtres est en passe d’être considérée comme une localité à grand risque. Il est à noter que des cas importés de malaria sont aussi enregistrés chaque année.


Campagne intensive et fumigation régulière

fumigationLa campagne de fumigation à la Vallée-des-Prêtres se poursuivra cette semaine. Il y aura une importante mobilisation des cadres du ministère de la Santé le mardi 19 mars 2019 et la dernière campagne aura lieu le vendredi 22 mars 2019.

À ce stade, le pire est derrière nous, selon les officiels du ministère de la Santé. Les exercices de fumigation assureront que les moustiques contaminés sont éliminés. La région étant sous haute surveillance, le nombre de cas détectés devra graduellement diminuer.

Par ailleurs, une campagne de sensibilisation a déjà démarré. Elle a pour objectif d’expliquer à la population comment se protéger des moustiques et prévenir leur prolifération.

D’ailleurs, les hauts cadres du ministère, dont le Dr Vasantrao Gujadhur, directeur des Health Services, ont rencontré les habitants de la région dans l’après-midi du jeudi 14 mars. Ceux-ci ont été longuement sensibilisés sur les moyens pour éviter de contracter la dengue.

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