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Des bénévoles viennent à sa rescousse : Marlène quitte la rue après deux ans

Le groupe d’amis qui a aidé Marlène à sortir de la rue.

Cela fait deux ans que Marlène Toi est à la rue. Le vendredi 12 avril, alors que nous sommes décidés à dresser le portrait de cette SDF au cœur de velours, nous assistons à une scène comme on n’en voit que très rarement. À 22 heures, une jeune femme s’approche, la serre dans ses bras et lui offre un toit. Marlène, qui rêvait tant de « dormir dans un vrai lit », fond en larmes.

Marlène Toi
Nathalie Dupré lui a proposé un logement temporaire. 

Son cadeau d’anniversaire est arrivé avec quelques mois d’avance. Marlène Toi, qui aura 60 ans le 20 novembre 2019, quitte enfin la rue. Le vendredi 12 avril, alors qu’elle savoure tranquillement un bol de bouillon de boulettes offert par un philanthrope qui veille à ce qu’elle ait un repas tous les soirs, elle reçoit la visite de Nathalie Dupré, qui lui lance : « Pran to desizion Marlène. To pou vini, to pa pou vini ? Ki ler mo pas pran twa ? » Ces mots résonnent en notre SDF au moral d’acier. Elle n’en croit pas ses oreilles. Elle balbutie. Elle essuie, avec le revers des manches de son pull fleuri, les larmes qui ruissellent sur ses joues. Après un regard furtif à sa montre, elle lance : « Oui, oui, Nathalie. Mo pou vini. Pass pran mwa 13 zer. Mo bizin dir mo bann kamarad dan lari orevwar. » 

Elle se réchauffe chaque matin avec une tasse de thé.
Elle se réchauffe chaque matin avec une tasse de thé.

Les coups de fil s’enchaînent pour que la chambre de Marlène soit aménagée au domicile de Nathalie Dupré. Cette ex-cadre du secteur hôtelier de 32 ans a été touchée par l’histoire de la SDF. « Mo ena enn lakaz. Li kapav res kot mwa otan ki li le. Demin mo pou aste enn lili pou li. » La jeune femme propose d’héberger Marlène en attendant que la maison que d’autres bénévoles ont trouvé pour elle à Plaisance soit prête (voir encadré). Les amies ayant accompagné Nathalie entourent Marlène pour lui faire des câlins.  

Cette dernière sort une cigarette et la grille. Elle sourit et regarde Nathalie. Cette nouvelle ne pouvait mieux tomber, car elle est fatiguée de cette vie à la rue. « Mo zis anvi gagn enn lili pou mo dormi », dit-elle. Sa rencontre avec sa bienfaitrice remonte à quelque temps. Un soir, alors que Nathalie Dupré fait un retrait à un guichet automatique à Beau-Bassin, elle voit une femme blottie dans un morceau de carton. Elle lui remet un billet. Ce geste fera naître un lien d’amitié entre les deux femmes. À chaque fois qu’elle enlève de l’argent au guichet, Nathalie fait un coucou à sa nouvelle amie. Mais vendredi soir, la mécène a décidé de changer le cours de la vie de Marlène. Notre SDF au grand cœur, qui partage son maigre repas du soir avec ses copains de la rue, a hâte de leur dire : « See you later. » 

Assise sur un morceau de carton, Marlène Toi a un look d’enfer pour braver le froid de la nuit. Ses pieds sont emmitouflés dans des chaussettes roses et des savates. Vêtue d’un collant et d’une blouse, elle se blottit dans son pull fleuri. Elle sait qu’on veut connaître son histoire. Elle ouvre un sac et en sort une vieille copie du Défi Quotidien en nous lançant : « Tenez, prenez ça pour vous asseoir. Mais rendez-la moi après, car je n’ai pas encore fini de lire toutes les rubriques. » À ces paroles, on ne peut que sourire et prendre place à ses côtés. 

Sa vie, son histoire 

Ses bienfaiteurs lui ont offert une séance de relooking.
Ses bienfaiteurs lui ont offert une séance de relooking.

Marlène Toi a 59 ans. Elle s’est retrouvée à la rue à sa sortie de l’hôpital, il y a deux ans. « Mo anemik. Souvan mo ale vini lopital. Kan monn gagn desarz lopital, monn al dan plas mo ti pe lwe. Propriyeter inn met mo bann zafer deor. Tou ti pe pouri », relate-t-elle. Les seuls biens qu’elle possède sont les vêtements qu’elle porte. Ne sachant où dormir, elle sillonne les rues. Elle finit à côté de l’ATM d’une banque à Beau-Bassin, où elle s’improvise une maison avec du carton. 

Mais la police la somme de vider les lieux. La SDF prend son carton et traverse la rue. Elle trouve refuge devant un magasin. Au son des moteurs des véhicules qui défilent sur la route Royale, elle somnole, tout en étant sur le qui-vive. À l’aube, elle bouge vers un arrêt d’autobus. Elle s’assoit en attendant que la ville reprenne ses activités. L’envie d’une bonne tasse de thé surgit ensuite. Elle se rend chez une amie, où elle se douche et lave ses vêtements. « Mo kamarad ousi dan lapenn. Kan mo ena enn ti kas mo donn li. Si li ena dite, li donn mwa. Sinon mo al aste enn peret ek enn maspin », explique Marlène. 

Après un brin de causette, elle s’en va. Elle marche jusqu’à la grotte de la Sainte Vierge à Beau-Bassin. Elle y passe la journée, en attendant que les aiguilles de sa montre indiquent 18 heures. Puis, elle se lève et se dirige vers le guichet ou la devanture du magasin pour se reposer. Le lendemain, elle reprend son périple. Une routine familière à tant de SDF que Marlène a répété pendant 730 jours… du moins, jusqu’au vendredi 12 avril. 


Un passé douloureux

Marlène ToiS’il y a une chose dont Marlène Toi hésite à parler, c’est de son passé. Mais elle finit par s’ouvrir à nous. Lorsque sa mère décède, Marlène Toi est en Form IV au collège Eden. Elle met fin à sa scolarité pour s’occuper de son père et de son petit frère. Puis, elle connaît l’amour. Mais elle s’en défait rapidement face à un concubin violent. Des années plus tard, elle se redonne une seconde chance. De cette union naissent deux filles. L’aînée, qui a 22 ans, est aujourd’hui mariée. La cadette, qui souffre d’un handicap vu qu’elle est née prématurément, a 20 ans. Elle grandit aux côtés de sa marraine. Ses filles lui parlent de temps en temps quand elles sont dans les parages. Mais le courant ne passe pas trop, dit-elle. Son plus grand regret : « Mo sagrin mo pann kapav fer nanie pou zot. » Elle tient à remercier tous ceux qui l’ont aidée durant sa vie à la rue, ne serait-ce que par un simple bonjour pour réchauffer son cœur.


En100ble s’active 

Nathan Julie agit plus vite que son ombre lorsqu’il s’agit d’aider ceux dans le besoin. D’ici deux semaines, son équipe de bénévoles, connue sous le nom de En100ble, placera Marlène Toi dans une maison à Plaisance. Si le lieu a été trouvé, il nécessite toutefois des travaux. « Ansam nou pou kapav ed li », dit-il. Sa priorité : que Marlène se repose dans le meilleur confort possible. Ce dont Marlène a besoin pour son nouveau départ, c’est de vêtements. Mais le plus essentiel demeure des vivres, qu’il lui faudra dans deux semaines lorsqu’elle emménagera dans sa nouvelle maison. 

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