
Maurice conserve sa première place en Afrique dans le Chandler Good Government Index (CGGI) 2025, devançant le Rwanda et le Botswana. C’est la cinquième année consécutive que le pays occupe ce rang sur le continent. Toutefois, derrière ce leadership régional se cache une réalité plus nuancée : sur la scène mondiale, Maurice a perdu cinq places, passant de la 46ᵉ à la 51ᵉ position.
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Publié par le Chandler Institute of Governance, le CGGI évalue 120 pays à travers sept piliers clés : le leadership et la vision, la solidité des lois et des politiques, la force des organismes, la bonne gestion financière, l’attractivité économique, l’influence internationale et la capacité à « faire progresser les citoyens ». Dans ce tableau global, le Rwanda se situe à la 59ᵉ place et le Botswana à la 61ᵉ. Si Maurice reste un modèle africain, la baisse de son score mondial soulève des interrogations sur l’efficacité de ses réformes et sur sa capacité à rester compétitive face à d’autres économies émergentes.
Le maintien de Maurice à la tête du continent témoigne d’une gouvernance relativement stable : des élections régulièrement organisées, des organismes qui continuent de fonctionner et une administration reconnue pour son efficacité. Mais la perte de cinq places traduit aussi les limites du système, à l’heure où d’autres pays progressent plus rapidement. Les indicateurs liés à la transparence, à la compétitivité économique ou encore à l’efficacité des services publics semblent avoir pesé dans cette évaluation.
À l’échelle africaine, le top 5 est complété par le Maroc (75ᵉ mondial) et l’Afrique du Sud (77ᵉ). Le rapport note par ailleurs que l’Afrique demeure la région avec les scores globaux les plus faibles, même si une légère amélioration est observée entre 2024 et 2025. Pour Maurice, cette avance est un atout, mais elle ne doit pas masquer certains défis internes qui alimentent le débat public : la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes, les inquiétudes autour de la dette publique et les critiques récurrentes sur la politisation de certains organismes.
Perte de vitesse
Ce paradoxe est révélateur : Maurice est à la fois un leader africain et un pays en perte de vitesse sur le plan mondial. L’île doit donc tirer profit de ses acquis tout en répondant à ces vulnérabilités persistantes.
Dans un contexte marqué par une économie exposée aux chocs externes et par des revendications sociales croissantes, la gouvernance doit évoluer pour renforcer la cohésion et la confiance citoyenne.
Au-delà du prestige d’un classement, le message est clair : pour garder son avance sur le continent, Maurice devra innover en matière de gouvernance, renforcer la transparence, accélérer la numérisation des services publics et mettre en œuvre des politiques plus inclusives. Sans cela, l’écart avec les pays les mieux notés risque de s’élargir, fragilisant son image de modèle régional et réduisant son attractivité auprès des investisseurs étrangers.
Haniff Peerun : Un classement flatteur, mais loin de la réalité des Mauriciens »
Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), le contraste entre le classement flatteur du Chandler Good Government Index (CGGI) 2025 et la réalité vécue par les citoyens est saisissant. Il rappelle que Maurice se classe pour la cinquième année consécutive premier en Afrique, mais estime que ce résultat ne correspond pas à ce que ressent la population au quotidien.
« C’est le contraire de ce qui est publié dans le rapport officiel State of the Economy. Nos indicateurs économiques sont au rouge, selon nos propres autorités, et la confiance du public dans les institutions est sérieusement ébranlée », affirme-t-il.
Pour lui, il est essentiel de s’interroger sur les critères utilisés par l’organisation basée à Singapour pour établir son index. Le CGGI se fonde sur des piliers comme la prospérité, les opportunités ou encore le succès d’une nation. « Or, nous ne voyons pas tout cela dans notre quotidien. Les citoyens peinent à joindre les deux bouts, le chômage des jeunes persiste et le coût de la vie explose », déplore-t-il.
Haniff Peerun souligne aussi que ce type de classement peut donner l’impression que Maurice affiche une économie florissante, dans le but d’attirer investisseurs et touristes. Mais, selon lui, ce n’est pas la situation réelle du terrain. « Pour que ces sondages soient crédibles, il faut que tout le monde soit entendu : la société civile, les syndicats et les organisations citoyennes. Les évaluations doivent se faire au contact de la population, pas uniquement sur la base des déclarations gouvernementales. »
Parvez Dookhy : « Il y a un recul de l’État de droit ! »
Pour Me Parvez Dookhy, avocat en droit constitutionnel et observateur politique, le recul de Maurice dans le classement mondial du CGGI n’est pas une surprise. Selon lui, les fondements mêmes de l’État de droit s’effritent progressivement, minés par l’opacité et l’arbitraire.
« Il y a définitivement un recul de l’État de droit à Maurice. Nous nous dirigeons vers plus d’opacité et d’arbitraire », avance-t-il. L’avocat cite en exemple les récentes nominations dans les institutions publiques. Pour lui, elles traduisent « un système dans lequel le népotisme l’emporte sur la compétence, l’antithèse de la méritocratie ». Cette situation envoie un signal négatif aux jeunes diplômés, qui peinent à croire qu’ils puissent avancer grâce à leurs seuls efforts.
Il pointe également du doigt l’inefficacité des recours judiciaires. « Une affaire devant la justice dure trop longtemps, au point de rendre le recours inopérant. Or, un droit qui n’est pas effectif n’est pas un droit garanti. » Selon lui, cette lenteur nourrit un sentiment d’impunité chez certains et alimente la frustration des citoyens.
L’homme de loi estime par ailleurs que les appels à candidatures de la Public Service Commission sont souvent « taillés sur mesure », limitant l’égalité des chances et affaiblissant la légitimité des organismes.
Enfin, il rappelle que le Premier ministre a récemment utilisé sa majorité à l’Assemblée nationale pour abolir une commission d’enquête le concernant. « Ses affaires devant la justice sont constamment repoussées. Dans ce contexte, il ne reste plus grand-chose de l’État de droit. Les règles sont bafouées et la confiance du citoyen s’érode dangereusement. »

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