Législatives 2019

Au cœur de la campagne : pas de relance économique sans changement ni meilleure gestion 

Alors que la campagne a atteint sa vitesse de croisière à travers le pays, Radio Plus a animé, le vendredi 18 octobre 2019, un grand débat sur l’économie dans l’émission « Au cœur de la campagne ». Nawaz Noorbux et Jugdish Joypaul ont reçu les experts en la matière de l’Alliance Nationale, de l’Alliance Morisien et du Mouvement militant mauricien.

Est-ce que l’endettement officiel est l’endettement réel ? Comment redonner une nouvelle impulsion aux secteurs-clés en difficulté, tels que le tourisme, l’industrie cannière et la manufacture ? Comment est-ce que le prochain gouvernement financera une pension de vieillesse à la hausse ? Autant de questions débattues le vendredi 18 octobre 2019 dans l’émission « Au cœur de la campagne ». 

Les invités étaient les suivants : Rama Sithanen, ancien ministre des Finances et candidat au no 18 (futur titulaire d’un portefeuille regroupant l’économie et la promotion des fonds d’investissements), Renganaden Padayachy, ex-First Deputy Governor de la Banque centrale et candidat au no 13 dont ce fut le baptême du feu sur les ondes de Radio Plus ainsi que Reza Uteem, président de la commission économique du Mouvement militant mauricien et briguant les suffrages au no 2. Pendant presque 100 minutes, ils ont notamment débattu du niveau de l’endettement, des secteurs en berne et des mesures pour relancer l’économie dans un contexte difficile. Retrouvez l’intégralité des débats sur www.defimedia.info.

Nawaz Noorbux et Jugdish Joypaul ont été les modérateurs durant le débat.
Nawaz Noorbux et Jugdish Joypaul ont été les modérateurs durant le débat.

Pension de vieillesse

Contexte : À fin septembre, il y avait 224 905 Mauriciens ayant 60 ans ou plus. La pension de base (60 à 89 ans) est de Rs 6 210. Pravind Jugnauth a annoncé que le montant doublera d’ici 2024. S’il est reconduit, le montant passe à Rs 9 000 dès fin 2019. Navin Ramgoolam a promis que la pension augmentera si l’Alliance Nationale est élue. Paul Bérenger a fait état d’une pension alignée sur le salaire minimal. D’où sortira cet argent ? Faudra-t-il augmenter la taxe ? 

Renganaden Padayachy : « Le gouvernement sortant n’a pas hésité à taxer les plus riches, c’est-à-dire ceux touchant plus de Rs 3,5 millions par an. Cette taxe additionnelle rapporte Rs 1 milliard en ce moment. Il y a des réformes fiscales à apporter. Ce régime croit qu’il est plus juste de taxer les plus riches au lieu des pauvres qui sont plus nombreux. C’est la différence dans la politique économique de ce gouvernement. Les revenus de l’État augmentent de 8 % chaque année. Nous créons plus de richesse, qui permet de mieux traiter les personnes âgées. Il y aura des étapes. » 

Rama Sithanen : « Il y a une équipe qui travaille sur ce dossier. Une façon pour la financer est de s’assurer que la croissance est plus élevée. Il faudrait d’abord une équipe qui puisse inspirer confiance. Quand la croissance sera plus élevée, les recettes augmenteront. (Interrogé sur les 15 % de Taxe sur les revenus ; NdlR), les 15 % ont beaucoup fait pour le pays. Le fondamental n’a pas changé. Cela a stimulé l’économie (…) Il faudra revoir certaines priorités et le train de vie de l’État. » 

Reza Uteem : « Dans le discours budgétaire, le gouvernement sortant avait dit que la pension augmenterait de Rs 500 à partir de janvier 2020. Pas Rs 9 000. Le MMM a dit qu’il alignera sur le salaire minimum. On trouvera l’argent en réduisant le gaspillage et les abus. Ce n’est pas aussi difficile du moment que le montant est raisonnable. »


Dette

Contexte : La dette publique (gouvernement et organismes parapublics, prêts locaux et internationaux) est passé à Rs 320,7 milliards à fin juin 2019. Le montant représente 64,6 % du Produit intérieur brut. 
Rama Sithanen : « (en introduction au débat ; NdlR) La dette publique est le plus grand problème que nous avons. Le montant inclut des dettes qui sont cachées par des artifices pour des compagnies telles que Metro Express, les prêts du Central Electricity Board et les prêts pour les projets sportifs. La dette représente 70 % du Produit intérieur brut et elle se chiffre à Rs 325 000 par tête d’habitant… » 

Renganaden Padayachy : « Après la crise de 2009, beaucoup de pays ont contracté des prêts pour soutenir l’activité économique. Tout le monde s’endette. Il y a une dette qui est productive – Metro Express, pont, logement sociaux, réfection des routes et construction des hôpitaux. Il s’agit d’une dette constructive pour le pays car elle apporte de la croissance. Puis vous avez la dette non productive, comme celle qu’ont des amis bien placés avec l’Additional Stimulus Package. C’est le taux de la dette (par rapport au Produit intérieur brut) que nous devons voir, pas le montant. Nos notations sont en amélioration. (Des bailleurs de fonds) se disputent pour nous prêter de l’argent, une guerre à travers des taux d’intérêts moindres. »

Reza Uteem : « On ne peut cacher le niveau de la dette. Le ministère des Finances dit que la dette est à 64,6 % du Produit intérieur brut. Le Fonds monétaire international (FMI) dit que la dette est de 67,5 %. À qui faire confiance ? Maurice ? La FMI ? À la fin de la journée, ce n’est pas une question de chiffres mais la manière dont on a utilisé cet argent ; a-t-on pris cet argent pour le mettre dans un ‘trou sans fond’ de la MauBank ou à Côte d’Or qui a coûté Rs 4,5 milliards au lieu de Rs 2 milliards. »


Tourisme

Contexte : Les arrivées touristiques sont en baisse de 0,1 % sur les neuf premiers mois de 2019, glissant à 973 642. La croissance pour 2019 est estimée à 1,8 %. Les recettes pour la période de janvier à juillet sont en recul de Rs 1,9 milliard, ayant atteint Rs 36 milliards. Les estimations sur l’année sont de Rs 64,7 milliards (+1 %).

Reza Uteem : « Le pays devrait se réinventer. L’industrie est endettée. La solution c’est la diversification des produits et des marchés. Quand une famille voyage, elle séjourne dans des résidences, pas dans des hôtels. À Maurice, on aura ce type de tourisme. Il faudra régulariser ce secteur. Il y a de nouveaux types de touristes : arabes et chinois. Il y a un énorme marché africain. (Interrogé sur Qatar Airways ; NdlR), c’est inévitable. Pourquoi devrait-on protéger Emirates ? Emirates est en situation de monopole. »

Rama Sithanen : « Le pays doit revoir sa politique d’accès aérien, surtout vers des pays où on peut diversifier nos marchés. Il est question de développer de nouveaux marchés tels que l’Australie, l’Est et l’Afrique. L’industrie se doit de diversifier ses produits. Les Milléniaux représente un tout autre marché. On peut faire de Maurice un centre où les pays de la région pourraient s’approvisionner en produits de luxe. Il y a le tourisme de l’intérieur, le tourisme vert et le tourisme culturel. Nous devons changer la façon dont on fait le marketing de la destination mauricienne et l’accès aérien est très important. »

Renganaden Padayachy : « C’est le hedging du passé qui a plombé Air Mauritius. Il faudra rattraper cette partie. MK a dû rembourser les pertes liées au hedging alors qu’elle aurait pu se transformer. L’industrie du tourisme est tributaire des événements qui se produisent à l’étranger : gilets jaunes en France (…) C’est un secteur où il n’y a pas suffisamment d’employés. Il y a des demandes pour des étrangers. Donc, en dépit des problèmes, le secteur se réinvente. Je fais confiance aux hôteliers. L’économie d’argent sont des retraités qui veulent passer du bon temps dans un joli pays. C’est tout un écosystème à développer. »


Secteur manufacturier

Les deux opposants au gouvernement sortant ont décrit une situation sombre du secteur manufacturier, dont le textile. « Depuis ces cinq dernières années, la zone franche manufacturière connaît une baisse de production et d’exportation. Des usines ferment. Des ouvriers sont sur le pavé. Ce gouvernement avait pourtant dit que ce secteur contribuerait à hauteur de 25 % du Produit intérieur brut. Aujourd’hui, il contribue seulement à hauteur de 15 % », a souligné Rama Sithanen. Il a souligné la nécessité de moderniser le secteur traditionnel et d’encourager les investissements dans l’innovation ainsi que dans le numérique. 

Maurice doit, selon lui, profiter de la zone de libre-échange africaine. Il a pris pour exemple l’assemblage de smartphones d’une société chinoise à Maurice pour les exporter vers l’Afrique à des prix plus compétitifs que les autres marques internationales. Il a également proposé que Maurice conclut un accord avec la République centrafricaine pour le polissage de diamants à Maurice au lieu d’Anvers et qu’ils soient réexportés vers ce même pays. 

Cet accord sera bénéfique aux deux pays en termes de valeur ajoutée et de prix compétitifs. 

L’ex-First Deputy Governor de la Banque de Maurice a rétorqué que plusieurs de ces industries sont en croissance, bien que certaines filières rencontrent des difficultés. « Le gouvernement a pris des initiatives, mais cela prendra du temps avant que les changements s’opèrent. Cinq ans ne suffisent pas. Ce secteur avait connu une croissance négative de 10 % en 2008, mais aujourd’hui il est en croissance », a-t-il insisté.


Économie bleue et verte

Rama Sithanen estime que le secteur de l’économie bleue doit passer à une étape supérieure, que ce soit au niveau du tourisme, des activités portuaires ou des produits de la mer. « Nous devons inciter les touristes à dépenser davantage, soit que le montant de leurs dépenses quotidiennes à chacun passe de 12 à 200 euros. Il faut également favoriser l’aquaculture plus responsable et durable. L’alliance PTr/PMSD donnera un nouveau souffle à l’industrie marine. Nous avons constitué une équipe d’économistes. Xavier-Luc Duval sera le prochain ministre des Finances. Je m’occuperai de l’économie et des services financiers. Nous comptons aussi sur Eric Ng et d’autres économistes », a expliqué Rama Sithanen. 

Pour les besoins techniques de l’industrie de la FinTech, le pays aura besoin d’air conditionnée pour refroidir de gros serveurs informatiques. Reza Uteem propose d’utiliser l’eau froide de la mer à cet effet. Il a ajouté qu’en réduisant son empreinte carbone, Maurice sera éligible aux fonds accordés par des organismes internationaux. 

Renganaden Padayachy a, pour sa part, expliqué que l’adoption à l’Assemblée nationale de la loi sur les droits intellectuels permet désormais le développement des brevets localement. « Des entreprises pourront s’installer à Maurice, élaborer des brevets et produire pour l’exportation. Il y a un gros potentiel dans la filière pharmaceutique. Grâce à la mer, Maurice offre une pléiade de possibilités pour développer des médicaments, notamment à base d’algues. Les investisseurs sont très intéressés. Il ne manquait qu’un cadre légal. Maintenant que c’est fait, je pense que ce secteur aura un bel avenir devant lui », a indiqué l’ancien président de la Financial Services Commission. 

Les trois intervenants ont partagé des avis similaires sur le développement des secteurs émergents, dont la FinTech. « Nos jeunes peuvent développer des applications pour le marché international. Nous pouvons aussi faire de l’externalisation des prestations à Maurice », a proposé Rama Sithanen. Si Reza Uteem a souligné que Maurice a pris du retard dans ce secteur, le candidat de l’Alliance Morisien a dit que la Sandbox Licence permet aux entreprises de se lancer dans une filière non réglementée à Maurice.

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