
À Agaléga, la colère monte face aux pénuries persistantes et à une gestion défaillante du ravitaillement, aggravées par le cyclone Chido. Entre espoir et désillusion, la visite ministérielle de ce 3 avril s’annonce décisive pour les habitants.
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«C’est un vrai soulagement après tant de semaines d’incertitude. Je peux enfin subvenir aux besoins de mon enfant », confie Ricofine, mère célibataire et résidente d’Agaléga. Après plusieurs mois de privations, elle peut désormais acheter de quoi nourrir son enfant grâce au transfert des vivres vers le hangar de l’île.
Le bateau MV Peros Banhos, arrivé à quai le 31 mars, avait pourtant accosté comme prévu. Toutefois, le hangar était resté presque vide pendant trois jours, laissant les boutiques de l’île dans l’incapacité de répondre aux besoins des habitants. Cette situation de pénurie a créé un climat de frustration parmi la population, déjà fragilisée par la distance et l’isolement. Un sentiment accentué après le passage du cyclone Chido.
Trois mois après, la vie des Agaléens ne s’est pas vraiment améliorée. Le 11 mars dernier, des vivres avaient été acheminés en urgence sur l’île par l’INS Imphal de l’armée indienne. Pourtant, une fois de plus, l’approvisionnement en denrées reste un problème majeur pour les habitants.
Ricofine remet notamment en question l’efficacité du système de gestion du ravitaillement, dénonçant le laxisme des autorités face au sort des habitants. « Eski enn zour nou pour trouv enn lalimier ? » s’interroge-t-elle.
Une résidente du sud de l’île témoigne également de cette réalité difficile : « Ce n’est pas la première fois que les Agaléens sont laissés à leur sort. Cette visite ministérielle sera décisive, tant pour nous que pour nos enfants. Les vivres arrivent sans difficulté pour les travailleurs indiens présents sur l’île, alors que pour nous, il faut toujours attendre. À qui nous plaindre ? »
Elle estime qu’il est grand temps de revoir le fonctionnement de l’Outer Islands Development Corporation (OIDC). « Nous accumulons les problèmes, mais personne ne les traite réellement. Il faut enfin une solution durable. Pendant combien de temps devrons-nous encore subir ce genre de traitement ? » s’interroge-t-elle avec amertume.
Si Laval Soopramanien, représentant des Amis d’Agaléga, appelle ses compatriotes à faire preuve de patience, il insiste sur l’urgence d’un changement structurel pour éviter que de telles situations ne se reproduisent à l’avenir. Selon lui, il existe un grave problème de ravitaillement qui met en péril la vie quotidienne des Agaléens. « Les autorités, dont l’OIDC, doivent trouver un équilibre et remettre de l’ordre dans leur façon d’opérer », souligne-t-il.
Ce problème s’inscrit dans un contexte déjà fragilisé par le passage du cyclone Chido, qui avait violemment frappé l’île avec des rafales atteignant 200 km/h, en décembre dernier. Des vidéos montrant la force dévastatrice des vents et la détresse des habitants avaient largement circulé sur les réseaux sociaux. Au lendemain du passage du cyclone, l’île offrait un spectacle de désolation : de nombreuses maisons n’avaient pas résisté aux rafales, et le seul collège d’Agaléga avait été complètement détruit.
Face à cette catastrophe, une aide d’urgence avait été dépêchée sur place, le 15 décembre pour soutenir les habitants. Toutefois, de nouvelles difficultés n’ont pas tardé à émerger, notamment la destruction totale du collège. Désormais, les élèves n’ont d’autre choix que de suivre leurs cours dans la bibliothèque de la Grande Île, où certaines pièces ont été réaménagées en petites salles de classe.
Cependant, les infrastructures demeurent précaires. D’ailleurs, le corps enseignant ne cesse de dénoncer les conditions dans lesquelles il doit travailler. L’un des éducateurs nous a même envoyé des photos témoignant de son quotidien difficile, privé de cuisine et de sanitaires adéquats.
Les infrastructures de santé constituent également une préoccupation majeure. En effet, l’hôpital local, doté d’un personnel limité, peine à répondre aux besoins médicaux de la population. Les habitants déplorent notamment le transfert systématique des femmes enceintes vers Maurice pour accoucher, une pratique jugée contraignante et révélatrice des lacunes du système de santé local.
En outre, des problèmes environnementaux persistent. L’absence de politiques efficaces en matière de gestion des déchets a conduit à la prolifération de décharges sauvages dans les bois, où sont abandonnés des barils de carburant vides et des panneaux solaires hors d’usage. Cette situation pose des risques écologiques et sanitaires pour l’île.
C’est dire si la visite de la délégation officielle prévue ce jeudi 3 avril dans l’île revêt une importance particulière. Cette visite sera marquée par la présence du Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, ainsi que de plusieurs ministres, représentants du gouvernement, policiers et membres des services d’aviation civile. Ils passeront deux jours sur l’île pour rencontrer les habitants et prendre connaissance de leurs difficultés quotidiennes. Parmi les sujets abordés figurent les travaux nécessaires à la suite du passage du cyclone Chido, ainsi que d’autres projets visant à améliorer la qualité de vie des Agaléens.
Les autorités se sont engagées à prendre des mesures concrètes pour améliorer les infrastructures et assurer un meilleur suivi des ravitaillements futurs. Pour les habitants, cette visite représente un dernier espoir que leurs préoccupations soient prises en compte, et que la gestion de l’île soit enfin réorganisée pour répondre aux besoins réels de la population.
Ce qui est sûr, c’est que certains n’hésiteront pas à faire entendre leur voix. Car, lance Ricofine, « ce n’est pas possible d’être traité de cette manière à chaque fois, quelqu’un doit entendre notre souffrance ».
Programme de la visite officielle
La délégation ministérielle atterrira à l’aéroport d’Agaléga ce jeudi à 10 h 30. Dès 10 h 45, elle entamera la visite des infrastructures aériennes, en commençant par la piste d’atterrissage et la tour de contrôle.
L’après-midi sera consacré à l’inspection de plusieurs sites clés de l’île. À 13 h, la délégation se rendra au débarcadère, avant de visiter, à 13 h 30, les bâtiments gouvernementaux de La Fourche, incluant l’usine de dessalement et la station d’épuration. À 14 h 30, une rencontre avec les habitants d’Agaléga est prévue à Village 25, avec des arrêts au centre communautaire et à la bibliothèque.
Le vendredi matin, le départ vers South Island est programmé à 8 h 30. La délégation échangera avec les habitants de Grande-Caze dès 9 h, puis visitera à partir de 9 h 15 plusieurs sites historiques et mémoriels : l’église, le bâtiment météorologique, l’épave du navire Wajao, l’ancien moulin, les anciennes écuries, et le cimetière.
Le retour vers North Island est prévu à 11 h, suivi d’une conférence de presse à 11 h 30. La visite officielle s’achèvera avec le départ de la délégation à 14 h.

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