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Violences au sein des établissements scolaires : à quand une loi pour protéger les enseignants ?

Les agressions dans nos institutions scolaires sont de plus en plus fréquentes.

commentairesViolences, agressions, insultes, indiscipline… de plus en plus de cas sont rapportés par les enseignants ces derniers temps. Ces éducateurs montent au créneau et réclament une loi pour mieux les protéger. Tour d’horizon.

Les cas d’agression sur les enseignants et le personnel non-enseignant dans les collèges sont de plus en plus choquants. Pas plus loin que la semaine dernière, une enseignante d’un établissement scolaire d’État situé dans l’ouest de l’île a porté plainte au poste de police de Curepipe. Cette enseignante d’une quarantaine d’années a été agressée par des élèves de la Grade 9 qui auraient également tenté de la déshabiller. La scène aurait été filmée par l’une des élèves. 

Le ministère de l’Éducation a initié une enquête interne. Et suite à la plainte de la victime, elle aurait été transférée dans un autre établissement scolaire. En effet, le cas a dégénéré lorsque l’enseignante a tenté de s’imposer pour calmer les élèves qui dérangeaient les alentours. 

Sur les réseaux sociaux, il y a un déferlement de commentaires. Si certains internautes réclamaient des arrestations, d’autres demandaient des mesures correctrices envers ces élèves, d’autres encore le renvoi de ces élèves. Que se passe-t-il au fait auprès des jeunes ? Pourquoi un tel comportement ? Nos interlocuteurs nous en parlent.

Preety Ramjuttun-Parianen, présidente de la Government Secondary School Teacher’s Union 
Un cas de trop

C’est un cas de trop, selon Preety Ramjuttun-Parianen. La présidente de la Government Secondary School Teacher’s Union tire la sonnette d’alarme. Interrogée à ce sujet, cette dernière a lancé un appel au ministre de l’Éducation pour qu’un projet de loi soit mis en oeuvre afin que les éducateurs des collèges soient protégés durant les heures de fonction. 

« Il faut avant tout savoir ce qui pousse les étudiants à commettre ce genre d’actes, que je qualifie d’ignoble. Malheureusement, les élèves ne sont pas sanctionnées. Or, souvent lors des problèmes au sein des établissements scolaires, ce sont les enseignants qui sont transférés. C’est trop facile de prendre ce genre d’actions au lieu d’aller à la source du problème. Le transfert n’est pas une solution. Nous sommes des éducateurs. Ce n’est pas un travail facile, il faut un environnement sain pour que nous puissions travailler », avance Preety Ramjuttun-Parianen.  

À ce jour, il n’y a aucune loi pour la protection des enseignants. La syndicaliste indique que les éducateurs ne sont aucunement protégés sur leur lieu de travail.  « Je lance un appel à la ministre ainsi qu’au ministère de l’Éducation car la nécessité d’un texte de loi se fait de plus en plus ressentir. »

De son côté, le psychologue Vijay Ramanjooloo souligne qu’il est important de sanctionner les élèves violents. « S’il y a un non-respect des lois, il faut sanctionner l’auteur car la sanction fait partie du travail thérapeutique dans le sens qu’il fait comprendre la dimension symbolique de la loi à la personne concernée. Parallèlement, il est aussi important d’offrir toute une procédure d’encadrement pour que l’enfant puisse se reprendre », lâche-t-il.  

Soondress Sawmynaden, président de l’Association des recteurs et assistants recteurs des collèges d’état : «La frustration pousse les enfants à être violents envers les adultes»

En raison de certaines sections de la Convention des droits de l’enfant, les parents et les enseignants manquent de moyens pour contrôler les enfants. Ils sont limités en terme de prise d’action, rappelle Soondress Sawmynaden.

Quelle ampleur a pris la violence causée par les étudiants envers le personnel enseignant et non-enseignant a-t-elle prise ?
De jour en jour, il y a plusieurs cas de violences qui sont rapportés. Mais, ces problèmes sont davantage plus liés à la société elle-même. Les jeunes se sentent esseulés. Les parents ont, en quelque sorte, abdiqué devant leur responsabilité. D’autre part, il y a les familles brisées. Ce qui explique que les enfants se sentent seuls et n’ont pas de guide. Ces enfants et adolescents sont frustrés. Et c’est cette frustration qui pousse ces enfants à être violents envers les adultes et ainsi à commettre des actes de violence. Ces cas de violence sont enregistrés au secondaire mais aussi au primaire. 

Pourquoi est-il difficile de lutter contre ce type de violence ? 
Les enseignants sont limités en terme de prise d’action à cause de certaines sections de la convention des droits de l’enfant. Avec cette loi, les parents et les enseignants manquent de moyens pour contrôler les enfants. L’autre difficulté c’est que les classes sont bondées, 30 à 40 enfants par classe. 

De plus, les problèmes que rencontrent les enfants de nos jours ne sont plus du même type qui touchait les étudiants d’antan. Exemple : manque de nourriture où il fallait trouver un moyen de les nourrir, entre autres. De nos jours, les problèmes qui touchent les élèves sont plutôt psychologiques et émotionnels.  Ce type de problème nécessite beaucoup plus d’attention particulière et individuelle. Mais, l’emploi du temps chargé des enseignants ne les permettent pas de trouver du temps pour les problèmes particuliers de chaque élève même s’ils ont la volonté. 

Cependant, dans son récent rapport, l’ex juge Lam Shang Leen a même mentionné qu’il faudrait un psychologue et un Welfare Officer dans toutes les écoles afin de rendre la tâche plus facile en ce qui concerne l’assistance dans les établissements scolaires. Il faudrait lancer en permanance des campagnes pour aider ces enfants, les inculquer le savoir-vivre et aussi les aider à faire le bon choix dans leurs décisions, que ce soit primaire ou secondaire.

Les recteurs et les assistants recteurs dégageaient auparavant une certaine autorité. Cependant, il paraît que de nos jours les élèves n’ont plus peur de personne. Qu’en pensez-vous ?
Auparavant, les recteurs et les assistants recteurs des établissements scolaires ne dégageaient non seulement de l’autorité mais aussi du respect. Ce qui n’est plus trop le cas de nos jours. Il n’y a plus de communication au sein de la famille. Les technologies font que la communication verbale n’est plus favorisée et cela joue un grand rôle dans la vie des jeunes. C’est une grande campagne qu’il faut lancer à tous les niveaux mais une campagne continue.


Juliette Luk Hang enseignante.
Juliette Luk Hang enseignante.

«Il faudrait que des sanctions sévères soient prises»

Vishal Singh Balluck, enseignant depuis 17 ans, est d’avis que la société fait face à un rajeunissement de ce problème de violence. « Ce que je trouve étrange est le fait que les élèves en Grade 7 sont bizarrement désobéissants, violents et très agressifs. Il y a quelques années, c’était surtout les élèves en Grade 9 qui commençaient à nous donner des soucis», relate l’enseignant. « Chaque année, on a de nouvelles surprises, d’année en année nous perdons la collaboration de certains parents, chose qui est malheureuse. À chaque plainte, ils se présentent pour réprimander l’enseignant », confie cet enseignant d’un collège d’État.  

Selon Vishal, la violence n’a pas sa raison d’être parmi les étudiants, peu importe la raison. « Il faudrait que des sanctions sévères soient prises pour envoyer un message fort aux autres. La solution serait d’avoir un officier spécialement formé par salle de classe pour maintenir la discipline afin que le prof puisse enseigner dans la discipline. De plus, cela combattra aussi le problème du chômage », souligne-t-il.

Pour sa part, Juliette Luk Hang, enseignante d’un collège confessionnel, abonde que certaines adolescentes semblent refouler une grande agressivité en elles. Elle ajoute que la violence semble être le seul moyen pour certaines ados d’exprimer leurs émotions. Même, si elle avoue que les cas de violences physiques sont rares dans l’établissement scolaire où elle exerce. Cependant, elle avoue que les nouvelles venues sont complètement différentes. 

Vishal Singh Balluck est enseignant.
Vishal Singh Balluck est enseignant.

« Force est de constater le manque de respect pour l’autorité chez certaines. Elles semblent désemparées face aux règlements de l’école car elles ont besoin d’un temps d’adaptation », dit-elle.  Selon la jeune femme, si les nouvelles venues reçoivent un bon encadrement à leur arrivée au collège, cela peut avoir des impacts positifs. « Au sein de notre établissement nous proposons de ce fait une semaine d’orientation afin qu’elles se sentent accueillies. Nous repassons également sur certaines valeurs jugées importantes », poursuit-elle. Elle est également d’avis qu’il est grand temps d’agir. 

Qu’en est-il des droits des enseignants ? « Nous vivons dans une société où la violence semble être le seul moyen de résoudre un problème. De plus, une exposition prématurée aux médias favorise la violence. L’environnement familial a un grand rôle à jouer. Les parents ne sont-ils pas les premiers éducateurs de leurs enfants ? », conclut-elle.

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