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Vieillissement de la population : dans l’attente d’un système à la satisfaction de tous

Vieillissement de la population Le pays est touché par le vieillissement de la population avec les couples qui font de moins en moins d’enfants.

Depuis quelques années, les démographes tirent la sonnette d’alarme… Maurice est touché par le vieillissement de la population. Les Mauriciens font de moins en moins d’enfants. Ce qui devient problématique avec le temps.

Dans le dernier sondage qu’il a réalisé, Afrobarometer a mis le doigt sur un problème qui touche la société moderne dans laquelle nous vivons : la dénatalité. Dans ce sondage, 71 % des Mauriciens pensent que le gouvernement devrait donner une allocation aux familles avec plus de deux enfants pour encourager les Mauriciens à repeupler le pays.

Cette dénatalité provoque par ricochet le vieillissement de la population. Depuis quelques années, les autorités se penchent sur cette problématique et en attendant que les Mauriciens se décident à faire plus d’enfants, le problème de vieillissement de la population doit être réglé. Repousser l’âge de la retraite à 65 ans ou 70 ans est une solution certes, mais elle est décriée par certains.

Pour le syndicaliste Rashid Imrith, il faut situer le débat dans son vrai contexte. La vraie question est : « À quel l’âge faut-il payer la pension de vieillesse ? »

Rashid Imrith déclare : « En juillet 2008, quand le gouvernement a proposé la révision de l’âge de la retraite entre 60 ans et 65 ans, il avait l’idée de payer la pension à l’âge de 65 ans au lieu de 60 ans. Et c’est dans ce contexte qu’un comité a été mis sur pied en 2016 et qu’il s’est réuni à plusieurs reprises en 2017. Mais cela fait presque un an que le comité ne s’est pas rencontré. Ce comité est sous l’égide du ministère de la Sécurité sociale. »

Et de poursuivre que lors de cette réunion, trois possibilités avaient été soulevées. « D’abord, il y a le ‘targeting’. Cela veut dire qu’il fallait décider si la pension de vieillesse resterait universelle ou pas. En second lieu, ils se sont demandés si une personne devait toucher les Rs 5 000 d’un coup à 60 ans ou par phase, c’est-à-dire, Rs 1 000 à 60 ans, Rs 2 000 durant la deuxième année et ainsi de suite. Et la troisième possibilité c’était de voir si la personne toucherait sa pension à 65 ans. »

« Pas un cadeau »

Toutefois, aucune décision n’a été arrêtée pour le moment, selon le syndicaliste. « Lors de cette réunion, nous n’avons pas pris de décision car nous estimons au syndicat que cette décision doit être politique et non pas au niveau des fonctionnaires. C’est pour cette raison que le comité ne se rencontre pas depuis un an pour discuter de ces trois possibilités. » Les représentants syndicaux ont fait état des conséquences de la révision de l’âge à laquelle une personne touchera sa pension. Ainsi, si la pension est de Rs 6 000, chaque citoyen perdra Rs 360 000 sur cinq ans si on repousse l’âge de la retraite à 65 ans. Sur 10 ans, il perdra Rs 720 000. La pension de vieillesse est contributive, selon Rashid Imrith. « La pension de vieillesse n’est pas un cadeau. Car tous les citoyens de la République paient la TVA à 15 %. Ce serait malhonnête de repousser l’âge auquel une personne doit toucher sa pension. »

Rashid Imrith s’interroge aussi sur les capacités des employés si l’on repousse l’âge de la retraite à 65 ou 70 ans. « Est-ce que les gens auront le même dynamisme pour travailler à cet âge là ? Ceux qui ont contribué au développement du pays ont droit à une retraite, surtout ceux qui sont entrés dans le monde du travail très tôt. Même si on repousse l’âge de la retraite, il ne faut pas pour autant repousser l’âge auquel on donne la pension de vieillesse. Ce sont deux choses différentes. »

Pour l’économiste Pierre Dinan en revanche, afin de résoudre le problème de la natalité à Maurice, il faudrait encourager les couples à procréer. Il faut ainsi avoir des crèches au travail pour permettre à la femme de travailler ou ouvrir des crèches municipales qui seront subventionnées parce que toutes les femmes ne peuvent payer pour une crèche, suggère Pierre Dinan. On pourrait aussi étendre le congé de paternité car les pères ont des responsabilités parentales également.

« De plus, les adultes d’aujourd’hui doivent s’occuper des enfants en plus des vieux parents s’ils en ont. Le gouvernement pourrait introduire le système d’assistant social comme c’est le cas en France. Ce sont des gens qui sont formés et qui viennent en aide aux familles qui ont des enfants ou des vieilles personnes à leur charge. »

La main-d’œuvre mauricienne est en déclin, et selon l’économiste, la tendance va se maintenir. Et d’expliquer que les femmes en âge de procréer font de moins en moins d’enfants.  « D’ici à 2030, la population de Maurice comptera moins de 1,2 million d’habitants. Elle sera composée de moins de jeunes et le ratio de dépendance va augmenter. Les femmes seront appelées à rester à la maison, non seulement pour s’occuper des enfants mais aussi des plus vieux. C’est pour cela qu’il faut prendre les mesures nécessaires. »


Questions à ...Ashock Aubeeluck, ancien directeur du Budget : «Repousser l’âge de la retraite mais sous certaines conditions»

Faut-il repousser l’âge de la retraite à 70 ans ?
Il faut repousser l’âge de la retraite mais uniquement sous certaines conditions. Il y a une tendance mondiale. Tous les pays qui sont en voie de développement veulent devenir des « high income countries ». Et dans ces pays, à cause du vieillissement de la population, la nature des emplois a changé. Et quand on regarde le dynamisme démographique, on constate qu’on n’a plus beaucoup de ressources humaines et que celles-ci vont encore diminuer. Toutes les projections le montrent. Il y a beaucoup d’implications sociales, économiques et culturelles. Nous n’avons plus le choix. Nous devons prendre des décisions fermes.

Souvent, on entend des gens qui disent que lorsque quelqu’un d’un certain âge occupe un poste, il est en train de prendre la place d’un plus jeune. Toutefois, quand on analyse les chiffres, on voit bien que ce n’est pas le cas. Nous devons sensibiliser les jeunes à travers les écoles, les centres communautaires pour leur expliquer pourquoi l’âge de la retraite a été repoussé et pourquoi cela ne compromet pas l’embauche des plus jeunes. Les postes qu’ils occupent sont différents. Quelqu’un de 60 ou 65 ans a une certaine expérience, une certaine sagesse même s’il perd de son dynamisme. Les jeunes ont, eux, plus de vigueur et souvent, ils apportent de nouvelles technologies. Même à 50 ans, on peut apporter de nouvelles technologies parce que beaucoup de chercheurs se trouvent dans cette tranche d’âge. Si on remplace un haut cadre d’un certain âge ou un «Permanent Secretary» d’un ministère par un jeune de 18 ans ou 20 ans, le rendement ne sera pas le même. Notre problème du chômage est dû au fait que nous manquons de ressources humaines. Il y a d’autres mesures que nous devons prendre pour créer ce dynamisme-là.

À l’époque, quand vous avez travaillé sur l’allongement de l’âge de la retraite de 60 à 65 ans, quels étaient les obstacles que vous avez rencontrés ?
Quand nous avons travaillé sur le dossier, nous avons rencontré de la résistance parce qu’il y avait une certaine ignorance. Nous avons quand même fait du progrès durant la dernière décennie. Le monde du travail a connu une évolution. Dans la construction, le système a changé parce que nous avons ramené des nouvelles technologies. Il en est de même dans le secteur de l’agriculture. Ces secteurs ne sont plus dominés par les hommes uniquement. Il y a de plus en plus de femmes parce qu’on mise beaucoup sur le «brain power». Les femmes sont aussi actives que les hommes dans beaucoup de secteurs aujourd’hui.

Il y a certains postes qui requièrent une formation étendue et pour lesquels les titulaires doivent avoir un certain âge. Et quand la personne arrive à son apogée, elle est âgée d’au moins 40 ans. Cela veut dire que les jeunes ne peuvent occuper ces postes. 

Quelles sont les prédictions en ce qui concerne le ratio de dépendance à Maurice ?
Quand on parle de ratio de dépendance, on se réfère aux personnes âgées en dessous de 15 ans et celles au-delà de 65 ans. Il y a donc 40,9 % de gens qui travaillent pour soutenir les  quelque 60 % restants. Ce taux va augmenter dans les années à venir car nous avons une population vieillissante. En 2021, notre population sera de 1 267 649 personnes. Cela veut dire que la population active descendra à 39 %. En 2016, le budget pour ces personnes âgées entre 60 et 64 ans était de Rs 14,1 milliards, ce qui représente 6,2 % du budget. Étendre l’âge de la retraite aiderait à soulager notre budget.

Dans d’autres pays du monde, ils ont déjà revu l’âge de la retraite. En Allemagne, par exemple, l’âge de la retraite est de 68 ans et au Japon, il est de 80 ans. Toutefois, ce n’est pas obligatoire. Nous devons faire de même et ne pas imposer un système unilatéral. Le choix doit revenir à la personne.

Prendre sa retraite à 65 ans, mais toucher sa pension à 60 ans. N’est-ce pas une contradiction ?
C’est une anomalie. C’est socialement inéquitable. Ce n’est pas possible que dans une démocratie où nous croyons dans la justice, une partie des gens vivent avec Rs 5 000 et une autre touche sa pension et un salaire. Nous aurions pu utiliser cet argent pour aider d’autres personnes qui vivent dans les poches de pauvreté, par exemple. Quand tout le monde est content, c’est le pays qui en bénéficie. C’est important de prendre les mesures qu’il faut.