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Université de Maurice : les raisons derrière les nombreux changements de vice-chancelier

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L’Université de Maurice (UoM) a encore fait la une des journaux et une fois de plus, pour de mauvaises raisons. En  toile de fond, le départ prématuré à la retraite de Dhanjay Jhurry, vice-chancelier. Pourquoi cette institution est-elle si difficile à gérer ? Des chargés de cours et le syndicat, entre autres, s’expriment sur la question.

Les syndicats y ont une force de frappe percutante.
Les syndicats y ont une force de frappe percutante.
Konrad Morgan.
Konrad Morgan.

Les cas d’ingérence politique sont-ils légion sur le campus universitaire de Réduit quand il s’agit de vice-chanceliers ? Une chose est sûre, telle a été le cas pour le mandat du Britannique, Konrad Morgan (2009 à 2012). Alors que son contrat était d’une durée de cinq ans, il décide de jeter l’éponge deux ans avant, soit en janvier 2012. Certes, il devait régulièrement composer avec des directives du ministère de l’Enseignement supérieur. Cependant, il avait jugé inacceptable la décision du bureau du Premier ministre de procéder à un exercice de remaniement au niveau du conseil d’administration de l’UoM à la veille de l’adoption du plan de réorganisation qu’il avait lui-même préparé. 

La décision du bureau du Premier ministre d’effectuer un remaniement était un signe flagrant de la désapprobation du gouvernement de l’époque contre ce plan de réorganisation. Konrad Morgan bénéficiait à l’époque d’un soutien presque unanime au niveau du conseil d’administration. Ainsi, le bureau du Premier ministre savait pertinemment que le seul moyen de faire avorter son plan était de nommer un nouveau conseil avec des membres qui seraient sous son  contrôle. Il s’agissait donc de la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour le Britannique qui a pris la porte de sortie. Pourtant, c'était l'un des rares vice-chanceliers qui faisait l’unanimité sur le campus universitaire. 

Sharmila Seetulsingh Goorah.
Sharmila Seetulsingh Goorah.

Sharmila Seetulsingh Goorah, ancienne directrice de l’Université de Technologie de Maurice (UTM), est actuellement chargée de cours à l’UoM. Selon elle, les vice-chanceliers et les autres directeurs des diverses institutions d’enseignement supérieur, doivent non seulement se contenter d’exécuter les décisions du comité, mais ils doivent également se plier à celles du ministère de tutelle ou encore de la Higher Education Commission (HEC). « Ces instances sont parmi celles qui vont décider ou non du renouvellement du contrat du vice-chancelier/directeur général. Si ce dernier est très attaché à son poste, il remuera ciel et terre pour le conserver et passera son temps à essayer d’impressionner ses décideurs. En ce faisant, cette personne peut être mêlée à toutes sortes de maldonnes aux dépens du personnel et des étudiants », explique-t-elle.

Commentant sa situation personnelle comme ancienne directrice de l’UTM, Sharmila Seetulsingh Goorah soutient avoir renoncé à de telles pratiques. « Je considérais que cette attitude n'était pas correcte ou dans l’intérêt de l’institution. Ceux qui se contentent d’écouter sagement les directives externes sans grandes réformes ou sans vrais progrès, semblent être mieux lotis et restent en poste pendant des années », ajoute-t-elle. 

La force syndicale 

« Si j’avais accepté de rencontrer les syndicalistes matin, midi et soir pour prendre un café ou pour faire la fête, j’aurais été le meilleur vice-chancelier du monde », déclaration faite par Dhanjay Jhurry dans les colonnes du journal l’Hebdo/Le Dimanche. Ainsi, il fait comprendre que le succès d’un vice-chancelier dépend largement de ses relations avec le corps syndical de l’Université de Maurice. Outre l’Union des étudiants, le campus universitaire de Réduit comprend aussi deux autres associations syndicales. Ce sont l’University Staff Union (USU) et l’University of Mauritius Academic Staff Union (UMASU). Ces deux associations syndicales ont, lors de ces 15 dernières années, pris position contre divers vice-chanceliers : Infurlal Fagoonee en 2007, Ramesh Rughooputh en 2013, Romeela Mohee en 2016 et finalement, Dhanjay Jhurry en 2022. 

Goolam Mohammedbhai.
Goolam Mohammedbhai.

Joint au téléphone jeudi, Iqbal Sookhroo, président de l’USU a admis, que son syndicat qui compte environ 700 membres n’est pas allé de main morte avec  certains vice-chanceliers. « Il ne faut surtout pas oublier qu’en tant que syndicat, notre mission est d’agir comme chien de garde. Lorsque nous estimons qu’une décision de la direction n’est pas dans l’intérêt de l’institution, nous faisons entendre notre voix », explique-t-il. Réagissant sur les propos tenus par  Dhanjay Jhurry, il fait valoir qu’aucun syndicat ne s’attend à faire la fête avec les vice-chanceliers. « Cependant, il est vrai qu’il y a des consultations en cas de décisions importantes à prendre et cela ne s’est pas fait avec l’actuel vice-chancelier », ajoute-t-il. 

Le président de l’USU, Iqbal Sookhroo fait aussi ressortir que les prises de position du syndicat ont depuis toujours été justes. « Nous avions, par exemple, à l’époque pris position contre l’accord entre le campus de Réduit et la compagnie EON Rality (Mauritius Ltd) sous l’ère de Romeela Mohee. L’histoire nous a donné raison, car l’université se retrouve aujourd’hui avec une dette impayée de Rs 25 millions avec cet accord », dit-il. Dans le cas de Ramesh Rughooputh, remercié en août 2013, le syndicat rappelle qu’il avait aussi pris position contre les agissements de ce dernier. « C’était un véritable one-man-show qui refusait toute discussion », ajoute Iqbal Sookhroo. S’agissant du cas de Dhanjay Jhurry, le syndicaliste fait remarquer que c’était également un one-man-show qui risquait de porter préjudice aux finances de l’UoM. « Il y a eu le projet d’installation d’un panneau publicitaire au coût de Rs 2 millions. Il était censé permettre à l’université de générer des recettes, mais aujourd’hui ce panneau n’est même pas opérationnel. Selon le contrat signé avec la firme, l’université doit annuellement verser une somme de Rs 250 000 pour des travaux de maintenance, et ce pour les cinq prochaines années », déplore-t-il. 

Romeela Mohee.
Romeela Mohee.

Goolam Mohammedbhai, vice-chancelier de l’université de 1995 à 2005, a lui aussi sa petite idée sur la question. Selon lui, toute personne qui occupe ce poste ne peut ignorer la force d’un syndicat. Même si son mandat est souvent cité en exemple, il avoue avoir dû faire face à de vives contestations à maintes occasions. « Que ce soit au niveau du syndicat, des académiciens et du personnel non enseignant, la situation n’était pas facile à gérer. Les revendications de salaire et les exercices de promotion des académiciens se faisaient toujours dans la douleur. Mais heureusement, j’ai pu compter sur un management soudé. Avec Suren Bissoondoyal et le Registrar de l’époque, nous avons régulièrement démontré une solidarité sans faille. C’est ce qui m’a permis d’aller au bout de mon mandat », se souvient-il. 

Une institution réfractaire au changement

« L’Université de Maurice n’aime pas le changement », dit sans ambages Goolam Mohammedbhai. « C’est quelque chose de connu. Cette institution a d’ailleurs été créée avec une série de garde-fous pour que des décisions autour d’un éventuel changement passent par une série de protocoles. Par exemple, avant de prendre une décision, il faut obtenir l’aval des départements concernés, de la faculté, du sénat et aussi du conseil d’administration. Bref, il faut à tout prix dégager un consensus avant d’entériner une décision », explique l’ex-vice-chancelier.  

« C’est la raison pour laquelle au cours de mon mandat, j’ai souvent mis l’accent sur le dialogue. Je savais qu’il fallait avant tout expliquer aux personnes se trouvant sur le campus les motivations derrière une décision. Ensuite, lorsqu’il fallait refuser quelque chose au syndicat, il fallait bien expliquer que c’était en raison d’un manque de budget », ajoute-t-il. 

Une opinion que ne partage pas Sharmila Seetulsingh Goora. « Non, l’Université de Maurice n’est pas réfractaire aux réformes. Au cours de ces 30 dernières années, j’ai moi-même témoigné d’une série de réformes qui  se trouvaient être dans l’intérêt de l’institution », fait-elle remarquer. Malheureusement, selon elle, plusieurs réformes mises en œuvre récemment ont été faites « pour l’avancement personnel de certains protégés. Il y a des réformes ou des critères de promotion ou de paiement d’augmentation qu’on invente du jour au lendemain. Elles sont appliquées avec effet rétroactif pour favoriser certains et recaler d’autres ». Autant de choses qui créent un sentiment de frustration sur le campus. Or, fait-elle remarquer, « l’objectif principal d’une université reste la formation académique et professionnelle. L’on ne peut mettre cela au second plan et convertir l’université en une money making machine. Si la formation est bonne, l’innovation et l’argent suivront », ajoute-t-elle.

Succession de vice-chanceliers : cinq nommés en 15 ans

C’est à une véritable valse de vice-chanceliers à laquelle assiste le campus universitaire de Réduit depuis ces 15 dernières années. Le ton est donné avec Indurlal Fagoonee. En 2007, ce dernier est limogé après avoir fait circuler un e-mail interdisant au personnel de prendre position publiquement contre le gouvernement de l’époque. Konrad Morgan prend la relève, mais met fin à son mandat en 2012. Il ne voulait plus composer avec les différentes formes d’ingérences politiques. Ramesh Rughooputh est ensuite nommé, mais ses pratiques ne font pas l’unanimité. Il finit par être congédié en 2013. Romeela Mohee prend les commandes de l’université, mais décide de partir en 2016 après s’être retrouvée au cœur d’une enquête de la commission anticorruption. Dhanjay Jhurry sera alors désigné comme successeur avant de décider d’opter pour un départ à la retraite il y a deux semaines de cela.  


 

Sanjeev SobheeSanjeev Sobhee aux commandes à partir du 1er mars

C’est l’actuel Pro-Vice Chancelier, Sanjeev Sobhee, qui se retrouvera aux commandes de l’Université de Maurice (UoM) à partir du 1er mars. Cela fait suite à la retraite de l’actuel Vice-Chancelier, Dhanjay Jhurry, qui prend effet à partir du 28 février prochain. Selon différentes sources sur le campus universitaire, il a depuis tout temps fait profil bas. De plus, il a la réputation d’être quelqu’un de consensuel qui ne s’engage dans la moindre polémique que lorsqu’il s’agit de trancher. Sanjeev Sobhee continuera d’occuper ce poste aussi longtemps que le successeur définitif de Dhanjay Jhurry n’aura pas été trouvé.

 

L’Université de Maurice, classée au 4 400e rang mondial

Selon le dernier classement établi par uniRank, qui est un indice respecté dans le monde académique, Maurice se classe au 4 400e rang des meilleures universités dans le monde. UniRank évalue chaque année 13 723 universités.

Sur le plan africain, l’institution classe Maurice à la 88e place sur 1 225 établissements d’enseignement supérieur reconnus. Une régression de quatre places par rapport à 2019. La meilleure université d’Afrique est l’Université de Cape Town, suivie de l’Université de Pretoria, l’université de Witwatersrand, de l’Universiteit Stellenbosch et l’Université de Johannesburg. Les cinq premiers du continent sont donc tous d’origine sud-africaine.

Selon le Nature Index de 2020, l’Université de Maurice se situe à la 2 877e place sur 4 357 institutions évaluées. Sur l’URAP World Ranking, qui classe les universités selon leur performance académique, l’établissement mauricien se situe à la 2015e place sur les 3 000 évalués.

Par contre, en juillet 2021, l’Academic Ranking of World Universities l’a placé parmi les 150 meilleures universités au monde pour son enseignement et ses recherches menées dans le secteur du tourisme et de l’hôtellerie.

En chiffres 

  • Nombre d’étudiants : 8 800
  • Moyenne d’inscriptions annuelle : entre 2 800 et 3 200 par année
  • Étudiants à temps partiel : 1 350
  • Budget : Subvention de l’État :  2021/2022 : 
  • Rs 615 M
  • Nombre d’employés : 981 
  • Degrés et diplôme : 95
  • Post-graduate : 45

Le rapport de l’enquête sur le harcèlement moral attendu pour bientôt 

Une Quality Assurance, qui fait partie de la hiérarchie de l’Université de Maurice, accuse un ancien  vice-chancelier de harcèlement moral à son encontre pour protéger une employée qui travaille sous ses ordres et qui est sous contrat. Dans une lettre adressée au président du département de l’Académie, elle dénonce le vice-chancelier, avec preuves à l’appui. Il aurait, selon ses dires, tapé sur la table lors d’une réunion officielle pour protéger l’employée en question. Le harcèlement moral dont elle a été victime lui a fait du tort dans sa vie professionnelle et personnelle. 

Le syndicat de l’UoM demande que l’enquête ouverte dans cette affaire soit finalisée avant le départ prématuré du vice-chancelier prévu pour fin février. Le rapport est attendu sous peu. 

 

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