Interview

Siv Pottaya, avocat : «Le gouvernement doit réparer le recul très important pour les chiffres de la SBM»

La secousse qui ébranle la State Bank Tower depuis la semaine dernière vient poser la question de l’observance des procédures internes au chapitre de ce qu’on désigne comme des prêts à risques. Mais, selon notre invité, l’avocat  Siv Pottaya, ces procédures sont le ‘cadet des soucis’ de certaines grosses pointures.

C’est la première fois depuis l’affaire NPF/MCB que le milieu bancaire mauricien est éclaboussé par un scandale d’une telle ampleur, poussant à la démission le CEO de la 2e banque du pays, une banque publique. Comment en est-on arrivé à cette situation ? Est-ce que c’est beaucoup d’argent ? Est-ce que la SBM recouvrera une partie ou tout de son réassureur ?
Il n’est pas évident  de comprendre comment et quand les négociations  ont eu lieu concernant ces prêts bancaires importants ; et  le secret bancaire, désormais, n’existe que pour certains. Le législateur mauricien a grandement  ouvert les portes  donnant ainsi le droit à différentes  autorités  d’obtenir des informations et d’en enquêter. Comme le pouvoir de nos gouvernants plane en filigrane sur  toutes les institutions publiques, que les procédures soient enclenchées,  s’il n’y a rien à cacher. Mais attention, Maurice n’est pas économe en tiroirs pour cacher les rapports d’enquête.  Concernant la réassurance, tout soupçon de fraude, bien évidemment,  rendra le réassureur moins enclin à s’exécuter.

Que les procédures soient enclenchées s’il n’y a rien à cacher. »

Depuis l’affaire NPF/MCB, le milieu bancaire n’était-il pas censé avoir pris des décisions pour veiller au bon fonctionnement des procédures internes ?
Bien sûr que  les banques le font, et malheureusement pour certaines grosses pointures, c’est le cadet de leurs soucis. Dans un passé pas trop lointain une banque locale a vu des milliards s’envoler en Asie dans un projet d’investissement dans l’immobilier. Si la roupie mauricienne, se transformant en devises étrangères,  a atterri au Kenya et à Dubaï, ce n’est certainement pas pour faire du tourisme et peut être aussi  sans billet retour.Au vu de l’ampleur de l’affaire, est-ce la responsabilité d’une seule personne ? C’est sans doute l’œuvre d’un comité ! Avez-vous vu la composition du Board de la SBM ?

Quelle est la responsabilité de la Banque de Maurice dans un cas pareil ?
La Banque centrale est le régulateur des banques et elle émet des ‘guidelines’ pour le bon fonctionnement des banques et la protection des clients. Elle ne peut être tenue responsable pour des erreurs commises par les banques. Elle ne participe pas aux délibérations des comités octroyant des prêts. Elle peut cependant faire des enquêtes qui seront, malheureusement sans suite car la SBM est une banque d’État, et trouvant ainsi et sans doute des boucs émissaires.
 
Quelles peuvent être les conséquences de cette affaire sur l’image de la banque et comment se positionnera-t-elle vis-à-vis de sa rivale historique ? La SBM en ressort-elle affaiblie ?
« Que celui qui n’a pas péché lui lance la première pierre. » Il y aura sans doute un recul  très important pour ses chiffres, mais le gouvernement doit le réparer, ayant nommé des directeurs ‘qualifiés’ en son sein.  C’est un cas parmi tant d’autres, car à Maurice où tout va mal  il faut beaucoup d’efforts pour vivre avec sérénité.  Il suffit qu’un scoop survienne et l’affaire est classée. Un clou remplace l’autre.
 
N'y a-t-il pas une impression que de tels CEO sont des individus avec des pouvoirs trop puissants ?
Par expérience, je vous le dis, nul CEO n’a vraiment de pouvoirs exécutifs dans des corps publics ou para-publics sauf de le prétendre et de faire semblant. Il y a toujours une force occulte sur des chaises éjectables et téléguidées.

Si la roupie mauricienne a atterri au Kenya et à Dubaï, ce n’est certainement pas pour faire du tourisme. »

Vous avez toujours mis en avant le manque de transparence dans le système financier mauricien, est-ce un exemple ?
 Oui, c’est un exemple parmi tant d’autres et Alvaro Sobrinho ne nous dira pas le contraire sans oublier le fameux  ‘Euro Loan’, en passant par l’acquisition des terrains par la SBM où l’ex-ancien CEO a subi des revers, sans nouvelle aucune depuis.

Ce n’est pas la première ni la dernière fois que cela arrive, que faudrait-il faire pour que cela ne se reproduise pas, compte tenu que la SBM est redevable envers l’État et la population ?
 La SBM n’échappe pas, hélas, à la règle, où tous les corps publics sont assujettis à l’autorité gouvernementale. C’est difficile à gérer car la volonté n’y est pas, le pouvoir politique pèse lourd.

Depuis la crise financière et économique des Subprimes, le scandale de la Barclays ou l’affaire Assange en France, le secteur bancaire mondial est devenu plus transparent et s’est autorégulé, ou pensez-vous que ce type de ‘perversion’ est inhérent à ce secteur ?
 Il convient de savoir que le pouvoir politique corrompt tout à Maurice.

Les associations de consommateurs demandent régulièrement la mise sur pied d’un ombudsperson pour le secteur bancaire. Ce poste peut-il contribuer à diminuer l’omnipuissance des banques ?
Depuis une quinzaine d’années, j’ai écrit dans les journaux pour la mise sur pied de cette institution, dont mention est faite dans la  Banking Act. Le rôle du Banking Ombudsman sera surtout pour la protection des clients de la banque. Si réprimande, il y a,  contre les dirigeants des banques, c’est à la banque centrale de la déterminer.