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Randonnée dans les zones à risque : l’absence de règlementation déplorée 

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La chute mortelle de Kwet Niow Onshow, 63 ans, lors d’une randonnée sur la  montagne ‘Le chat et la souris’, le 10 juillet 2019, vient rappeler les dangers de cette activité pédestre. Des professionnels de la randonnée déplorent que cette activité ne soit pas règlementée.  Ils dénoncent aussi ceux qui s’autoproclament « guides ».

À en croire Patrick Anodin et Yvan Mamedy, deux professionnels de la randonnée à Maurice, ils seraient nombreux à s’improviser « guides ». « Ce sont souvent des personnes qui ont fait un parcours deux ou trois fois et qui décident ensuite d’inviter quelques copains pour une sortie sur ce tracé », indique Yvan Mamedy, du Centre d’Excursion de Beau-Bassin (CEBB). « Il y a aussi des annonces postées sur les réseaux sociaux, souvent accompagnées de belles photos, pour inviter le public à participer à des randonnées », ajoute Patrick Anodin de Patloisirs Rando Club. Le sexagénaire souligne que les trois parcours les plus exploités sont les Sept Cascades, la montagne du Pouce  et la montagne du Morne.

Aussi, il y en a qui ont flairé la bonne affaire et qui ont fait de la randonnée leur gagne-pain. « Vous verrez quelques-uns postés devant la gare d’Henrietta. Ils attendent l’arrivée des groupes de touristes et négocient les tarifs. Qu’il tonne ou qu’il pleuve, le plus important pour eux, c’est d’empocher leur argent », poursuit Patrick Anodin, tout en indiquant qu’il faut compter entre Rs 500 et Rs 600 pour « 3 cascades ». Pour le parcours de la montagne du Morne, il faut au moins compter Rs 1 200, voire Rs 1 500. Pour démarcher les clients, le fondateur de Patloisirs Rando Club indique que des annonces sont postées sur des sites, au comptoir des hôtels, voire à travers des vidéos diffusées dans certains avions. 

Une situation que dénoncent cependant ces professionnels de la randonnée à Maurice. « Le plus gros problème, c’est que cette activité n’est pas règlementée. Aussi longtemps que tout se passe bien, c’est tant mieux. Mais c’est lorsqu’un incident survient que cela devient problématique », indique Yvan Mamedy, tout en mettant l’accent sur les risques de s’égarer, de se blesser et d’y laisser la vie, comme cela a été le cas récemment. Au cours de ces trois dernières années, il est à souligner que la police a été sollicitée plus de 75 fois pour porter secours à des randonneurs en difficulté. (voir texte plus loin).

Même si notre interlocuteur concède que les guides touristiques peuvent se faire enregistrer auprès du ministère du Tourisme, il est d’avis que cela n’a rien à voir avec la randonnée. « Je me suis renseigné auprès des autorités. En sus de quelques documents, seul un certificat de premiers secours m’a été réclamé. C’est insuffisant et inadapté », dit Yvan Mamedy. 


Les 6 aptitudes du guide

Ne devient pas guide qui veut. C’est ce que s’accordent à dire Yvan Mamedy et Patrick Anodin. Parmi les éléments à tenir en compte : 

Être en bonne forme. Le guide doit être physiquement en forme, être attentif et faire preuve de patience et de sang-froid.

Connaissance du parcours. Un guide ne doit pas seulement maîtriser un parcours, mais aussi toute la région alentour. Un must pour pouvoir évacuer un blessé ou quitter les lieux en cas d’urgence. D’où la nécessité de préparer un parcours avant une sortie.

Se faire respecter. C’est plus compliqué de servir de guide pour un grand groupe. Il faut maintenir la discipline et s’assurer que les consignes soient respectées.

Animateur. Le guide doit pouvoir ‘entertain’ le groupe afin d’avoir et de retenir l’attention des membres du groupe mais aussi pour encourager ceux qui trainent un peu les pieds. 

Bien informé. Il faut s’assurer de connaître les antécédents médicaux de chaque personne et pouvoir agir en conséquence et éviter toute mauvaise surprise durant le parcours. 

Bien s’équiper/se préparer. Il faut toujours avoir sur soi une trousse de secours, une torche ou encore une bâche pour pouvoir transporter une personne en cas de blessure. Une simple entorse peut tourner un parcours à priori « facile » en calvaire. Des chaussures inadaptées et manque d’étirements peuvent aussi être sources de problèmes.


Patrick Anodin
Patrick Anodin

Les dangers

Les conséquences peuvent être désastreuses, déclare Patrick Anodin, car ces parcours sont souvent semés d’embûches. « Sans compter qu’en l’absence d’une réglementation, certains guides ne respectent pas des mesures de sécurité et ne prennent pas en considération des facteurs qui sont essentiels à chaque sortie », dit-il. 

Patrick Anodin et Yvan Mamedy nous citent quelques-uns :

Personnes inadaptées. Certains guides ne se soucieraient guère des capacités et aptitudes des randonneurs. « Le temps qu’ils prennent pour boucler le parcours n’est nullement un problème pour le guide. Or, il faut s’assurer au préalable que la personne n’est pas sujette au vertige et ne souffre pas de problèmes cardiaques ou d’asthme », indique Patrick Anodin. 

Environnement dynamique. Selon notre interlocuteur, il suffit d’une intempérie pour qu’un environnement change de tout au tout. « Après un cyclone, par exemple, tout devient sens dessus dessous. Le parcours que vous pensiez connaître est obstrué par des branches. Le tracé n’est ainsi plus le même, et vous vous perdrez facilement », explique cet ancien élève du collège du St-Esprit.

Yvan Mamedy
Yvan Mamedy

La saison. Tous les parcours ne sont pas adaptés sur l’année. « Les parcours des Sept Cascades ou des Gorges de la Rivière Noire durant la saison cyclonique ne sont pas conseillés. En hiver, vous allez sur les versants protégés. Il y a aussi des endroits extrêmement chauds qu’il faut éviter pendant l’été », ajoute le fondateur de Parloisirs Rando Club. 

Perdre le contrôle. Un guide qui manque d’expérience peut vite perdre le contrôle sur ses randonneurs. « Vous vous retrouvez avec des personnes qui nagent aux Sept Cascades, entre autres. Il se peut que les consignes n’aient pas été données au préalable ou que le « guide » n’arrive pas à se faire respecter. Dans les deux cas, vous pouvez vous retrouver avec un noyé sur les bras. C’est déjà arrivé », ajoute notre interlocuteur.

Les animaux. Le port des vêtements aux couleurs vives est aussi déconseillé. « Le rouge, par exemple, peut « irriter » des animaux : singes, abeilles, etc. C’est alors dangereux pour la personne et pour le groupe. À certains endroits, il ne faut pas faire de bruit, surtout avec la présence des ‘mous zako’ », fait ressortir Patrick Anodin. 

Mauvais positionnement. Certains randonneurs peuvent s’égarer si les guides ne sont pas bien positionnés. « Si le guide reste à l’avant du groupe, il est fort probable que des retardataires perdent les autres de vue. Or, il faut que les guides soient bien placés à l’avant, au milieu et en fermeture du groupe », explique Yvan Mamedy.


Depuis 2017 : 77 personnes secourues par le GIPM

De 2017 à ce jour, 77 randonneurs ont été secourus par le Groupement d’intervention de la police mauricienne (GIPM), l’unité d’élite de la police.
La connaissance du terrain des endroits considérés comme étant des « High Risk Places » est un atout important pour cette unité de force spéciale. Dans d’autres cas, elle bénéficie de l’aide du Police Helicopter Squadron (PHS). « Le PHS fait alors le ‘spotting’ et nous communique par radio l’endroit exact où nous devons nous rendre. Ils sont aussi d’une aide précieuse lorsqu’il faut hélitreuiller une personne blessée qui ne peut se déplacer, comme c’est parfois le cas », indique l’inspecteur Toolsee du GIPM. Il arrive aussi, selon l’inspecteur, que le GIPM doit solliciter l’aide des guides lorsqu’il s’agit d’endroit où les interventions sont moins fréquentes. « Cela a été le cas à la Montagne du Chat et de la Souris où nous avons bénéficié de l’aide de guides », dit-il. 

En 2017, le nombre de personnes secourues par le GIPM s’élevait à 31 contre 22 en 2018 alors que de janvier 2019 à ce jour, le GIPM est intervenu pour porter secours à 24 randonneurs. Les endroits où cette unité a été le plus souvent sollicitée: Sept Cascades, la montagne du Pouce, le Pieter Both et la montagne Lion, Plaine-Champagne, Mare-aux-Vacoas, Vallée-des-Prêtres, Bras d’Eau, Alexandra Falls, Black River Gorges et Mont Ory. 


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Club de randonnée : les différents niveaux

Contrairement à un groupe de randonnée, un club de randonnée est plus structuré. C’est ce qu’indique Patrick Anodin. « Il y a différents niveaux. Il faut commencer avec le niveau 1 (maternelle) et monter petit à petit », dit-il. Le parcours, précise le fondateur de Patloisirs Rando Club, est préparé à l’avance par des guides qui vont en reconnaissance. 

Le niveau 1 : Il s’agit d’un parcours plat, dont la distance varie entre 9 et 10 km. Ce qui fait entre 3 et 4 heures de marche. Ce sont des parcours thématiques, c'est-à-dire un endroit est choisi en fonction de son une histoire. Un kilomètre se fait en 15 minutes environ. Le niveau 2 : Technique et physique,

Le niveau 2 est un parcours de 13 km environ. Un exemple est l’escalade de la montagne Corps-de-Garde qui culmine à 719 mètres.

Le niveau 3 : C’est un parcours de plus de 25 km qui se pratique lors des « trails ». Un exemple est le parcours Henrietta-Souillac qui est de 28km. « Il s’agit d’une combinaison de terrains plats, de montées et d’escalades. « Le rythme de marche est de 9 à 10 km par heure avec un ‘cut-off time’ : un délai, si dépassé, vous remontez dans le bus car vous n’allez pas pouvoir poursuivre le parcours », précise Patrick Anodin. 

Le niveau 4 : Ce sont des parcours de 37 à 40km. « Il faut être équipé de cuissard et de Camel Bags. La présence d’un médecin et d’un First-aider est obligatoire », souligne-t-il. 

 

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