Economie

Production locale de lait : deux entreprises jettent l’éponge

L'industrie laitière locale est confrontée à plusieurs contraintes.

La production locale de lait chute d’année en année. Si, en 1989, 13,5 millions de litres de lait étaient produits à Maurice, le pays en produit environ quatre millions de litres actuellement. Deux entreprises ont déjà fermé leurs portes.

Fondée en 2008, la SKC Dairy Fresh and Co. Ltd, commercialisant Surlait, qui comptait 300 vaches pour assurer la production laitière locale, a dû fermer ses portes en 2017. Les raisons avancées sont que le charter (cattle carrier), spécialement conçu  pour transporter les animaux, est très cher, car les races disponibles à Maurice n’étaient génétiquement pas productives. « Nous devons aussi importer de nouvelles races d’animaux conformement à l’Animal Protection Act qui étaient coûteuses », indique Suren Surat, directeur de la compagnie.

Créée en 2008, avec un investissement initial de Rs 390 millions d'Agreenculture, sa propre marque MIA, qui exploitait une ferme de 
600 vaches laitières, n’existe également plus. Raison évoquée : l’industrie laitière locale comporte plusieurs contraintes.

Avec ces deux fermetures, le nombre de fermiers  a baissé à plus d'une moitié. Hemnarain Beechoo, secrétaire de la Mauritius Livestock and Marketing Co-operative Federation (MLMCF), précise que les Mauriciens se sont tournés vers le lait en poudre importé. 85 % du lait consommé au pays est préparé à partir du lait en poudre importé, dont la facture est d’environ Rs 3 milliards annuellement. Il y a donc une exigence de booster ce secteur en vue de promouvoir la sécurité alimentaire et de réduire la charge sur notre balance commerciale, dit-il. « Il faut trouver le terrain et, avec le système de pâturage, il faut un arpent par tête. Il faut trouver suffisamment de fourrage à donner aux bêtes. Ce n’est pas comme les autres commerces où vous investissez quelque chose (l’achat d’une vache à Rs 95 000), vous le vendez plus cher et vous obtenez des profits », martèle-t-il. D’autres contraintes : la production est saisonnière, le milk marketing scheme et la feed factory n’existent plus et ce secteur  n’intéresse pas les jeunes.

Il y a urgence pour relancer ce secteur, afin de diminuer la note financière et de s’assurer de la sécurité alimentaire, avance Sunil Bholah, ministre de l’Activité économique, des entreprises et des coopératives. Avec le soutien du ministère, Rs 400 000 ont été investies pour l’acquisition d’un nouvel équipement, « Milk Pouch », chez MLMCF, la semaine dernière. En provenance de l’Inde, cet équipement permettra d’augmenter la production laitière locale au sein de la société basée à Henrietta. La production actuelle est de 
deux millions de litres par an, ajoute-t-il. D’ailleurs, un camion réfrigéré respectant les normes sanitaires a été également remis à la MLMCF. La solution proposée est la ‘clusterisation’ des animaux pour sauver l’élevage, conclut  Hemnarain Beechoo.

Hausse de la demande pendant l’hiver

Rajeshwar Purawoo, éleveur à Sébastopol, note une hausse dans la demande laitière locale pendant l’hiver « Nous avons sept vaches qui produisent 25 litres de lait par jour. Comme le prix de la nourriture pour ces animaux a subi une augmentation, un litre de lait se vend à Rs 50 au lieu de Rs 40 », ajoute-t-il.  

EN CHIFFRES

  •  Une personne sur 50 préfère le lait local.
  •  Il faut attendre neuf mois pour que les vaches soient pleines pour qu’elles produisent du lait.
  •  Dans l’industrie laitière, il faut compter entre cinq et sept ans pour avoir un retour sur l’investissement.