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Pandémie Covid-19 - Ambulancier : un maillon important à la survie

Une intervention Covid doit être declenchée par le SAMU en mois de 25 minutes.

À peine remis de la première vague de Covid-19 en mars 2020, les ambulanciers du SAMU ont dû affronter à nouveau la pandémie en mars de cette année. En faisant des courses, souvent contre la montre, à travers l’île, leur rôle est surtout d’aider à sauver des vies.

114. C’est le numéro à composer en cas d’urgence pour avoir une assistance médicale par une équipe du SAMU (Service d’aide médicale urgente). Depuis la nuit des temps, les équipes du SAMU, dont le quartier général se trouve à Candos, aident ainsi les médecins à rescaper des milliers de vies. Et pour se faire, les ambulanciers se mettent en quatre pour que la demande de soins soit répondue dans le moindre délai.

Krishnadeo Boodia est ambulancier depuis 14 ans.
Krishnadeo Boodia est ambulancier depuis 14 ans.

En temps normal, une équipe se déplace dans une ambulance médicalisée selon le « catchment area », particulièrement pour porter secours aux victimes des accidents. Ou encore aux patients cardiaques ayant des douleurs thoraciques, aux asthmatiques ayant des difficultés respiratoires, aux blessés, parmi tant d’autres patients malades tout aussi bien qu’aux femmes sur le point d’accoucher. 

Mais en ce temps de pandémie, le marathon s’accentue pour les équipes du SAMU. « Au début, les ambulanciers ont été impliqués dans le transfert des patients infectés à la Covid-19 pour recevoir des soins à l’hôpital ENT de Vacoas. Outre, d’avoir au quotidien nos lots de patients malades, cette année, nous portons aussi assistance aux patients atteints de la Covid-19 en isolement à domicile et dont l’état de santé se détériore par rapport à leur saturation en oxygène. Nous faisons aussi les transferts des patients positifs ayant des comorbidités des Covid-Wards au New ENT Hospital entre autres », affirme Krishnadeo Boodia. 

Chauffeur d’ambulance médicalisée depuis 14 ans, Krishnadeo Boodia est posté à l’hôpital Victoria à Candos. Ce père de famille, âgée de 55 ans, est aussi le Président de la Ministry of Health Transport Worker’s Union qui comprend quelque 200 membres. Comment vit-il la pandémie ? En réfléchissant, il se remémore de l’épidémie du Chikungunya à Maurice, mais, dit-il, « cela n’a rien à voir avec la Covid-19 qui est mortelle ». Il explique que c’est une toute nouvelle expérience sur le terrain pour les ambulanciers qui viennent donner les premiers soins aux patients. « Comme le virus est invisible, on ne sait pas à quoi s’attendre. Contrairement à nos sorties en temps normal, nous devons maintenant nous armer de toutes les précautions nécessaires pour ne pas mettre notre vie en péril tout en faisant notre métier », souligne-t-il. 

Et de renchérir que bien que ce soit effrayant et stressant, il s’adapte et s’organise pour donner le meilleur de lui-même chaque jour. « C’est l’esprit d’équipe qui nous permet de mieux aider à soigner les patients », conclut-il.

Covid-19 : Intervenir en moins de 25 minutes 

En temps normal, le SAMU Control Room-114 reçoit une moyenne de 1200 appels. Mais avec la pandémie, la demande a presque doublé pour atteindre pas moins de 1800 appels par jour. Les appels sont ainsi filtrés dépendant des cas signalés. Certains patients sont conseillés par téléphone. Pour les cas plus urgents, le médecin régulateur transmet les instructions pour le déploiement d’une ambulance médicalisée, avec à son bord, une équipe du SAMU. Celle-ci comprend un chauffeur, deux infirmiers et un médecin. Pour un cas non-Covid-19, l’ambulance médicalisée doit déclencher son intervention dans environ huit minutes dès que l’appel est reçu.  

Alors que si c’est un cas de Covid-19, cela prend environ 20 à 25 minutes. Car, l’équipe du SAMU doit s’armer des protections nécessaires avant de déclencher l’intervention. « Nous n’avons pas le temps de réfléchir. Il faut y aller au plus vite. Covid-19 ou pas, nous devons nous assurer que le patient est transféré sain et sauf lors de sa prise en charge dans un centre hospitalier », explique Krishnadeo Boodia. 

Le signal d’alerte lancé, Krishnadeo Boodia démarre en trombe l’ambulance médicalisée pour arriver à destination dans le moindre délai. Sur place, il aide l’équipe du SAMU, évalue l’état de santé du patient tout en lui prodiguant les premiers soins entre autres. Si le patient nécessite des soins approfondis, il est embarqué à bord de l’ambulance pour son hospitalisation. Au cas où le patient est infecté à la Covid-19 et sa saturation en oxygène est basse, l’équipe du SAMU va contacter les médecins de garde des Covid-Wards dans les hôpitaux ou ceux de l’hôpital ENT pour savoir la marche à suivre, indique Krishnadeo Boodia. 

Ce dernier confie qu’il y a des jours, les équipes du SAMU se sont même retrouvées à faire 19 sorties en 24 heures. Bien que ce n’est pas facile de rester des heures dans les équipements de protection contre la Covid-19, notre interlocuteur indique que l’objectif reste de tout faire pour sauver la vie des patients. « J’ai beaucoup appris sur le tas. Dans l’équipe, on s’organise et on s’entraide », renchérit-il.

Témoin des victimes de la Covid-19

Avez-vous vu des gens mourir en cette pandémie de Covid-19 ? « Oui », répond Krishnadeo Boodia. « J’ai vu un policier d’une cinquantaine d’années succombait à la maladie infectieuse. Nous lui avons prodigué les premiers soins, mais il est décédé peu de temps après son hospitalisation. Puis, j’ai vu un autre patient mourir alors que nous faisions les formalités pour son admission à l’hôpital ENT. Tout ça, c’est triste. Surtout lorsque nous pensons, qu’il y a moins d’une heure, nous leur parlions et que nous avons fait notre maximum pour que ces patients aient des soins au plus vite », confie-t-il. 

Toutefois, ce qui a été le plus dur pour Krishnadeo Boodia a été de perdre un des siens. Il s’agit de l’ambulancier Rajesh Girwar, posté à l’hôpital de Flacq, qui est parmi les « Front-Liners » qui sont tombés sur le champ de bataille contre la Covid-19. 

Conscient que les cas ne cesseront pas de sitôt et que d’autres pandémies se profileront à l’avenir, Krishnadeo Boodia indique avec optimisme que les ambulanciers continueront à « manz r li ».

Pourquoi les retards du SAMU ?

Des proches des victimes de la Covid-19 déplorent que, dans bien des cas, le SAMU accuse du retard lorsqu’il est sollicité, pourquoi ? « À notre niveau, nous faisons de notre mieux possible pour arriver en moins de temps sur le lieu. Il y a deux ambulances médicalisées dans les hôpitaux régionaux et d’autres qui sont non-médicalisées. Dépendant de l’urgence de la situation et des cas, elles sont déployées selon leur ‘catchment area’. À titre d’exemple, les nôtres sont les villes Beau-Bassin, Rose Hill, Vacoas et Curepipe et nous allons jusqu’au village du Morne. Cependant, si nos ambulances médicalisées sont bloquées sur le terrain, celles des autres hôpitaux sont sollicitées pour assister les cas urgents. Malheureusement, souvent, il y a une perception du public que dès un appel est reçu sur le 114, l’ambulance atterrira devant sa porte dans les secondes qui suivent. Dans la réalité, cela ne se passe pas comme ça. Il y a toute une coordination qui est faite pour déployer les équipes du SAMU selon l’urgence des cas », explique-t-il. 

Par ailleurs, Krishnadeo Boodia ne cache pas que malgré toutes les contraintes et en faisant de leur mieux possible pour arriver au plus vite, les équipes du SAMU sont souvent malmenées par les proches des patients malades. « Contrairement au transfert d’un patient à l’hôpital, le transfert d’un patient Covid-19 pour des soins peut prendre un moment. Car, il peut être hospitalisé dans un Covid-Ward ou admis à l’hôpital ENT pour son traitement. Nous faisons ses formalités d’admission. Ensuite, une fois finie, nous devons revenir à la base et désinfecter l’ambulance médicalisée. Toute l’équipe doit prendre leur bain et se rhabiller une nouvelle fois avant de faire une autre sortie par rapport au cas assigné », explique-t-il. 

De plus, Krishnadeo Boodia partage que souvent les personnes sollicitant une ambulance ne donnent pas des directions précises par rapport à leur localisation. « Cela nous fait prendre du retard par rapport à l’assistance médicale. Car il nous faut rechercher la maison. De plus, nous avons aussi certaines personnes qui font de faux appels. Exemple, qu’il y a un accident sur place et lorsqu’on s’y rend, il n’y a personne et aucun accident. Ou encore, une personne qui sollicite le SAMU, car elle a un proche inconscient. Et lorsque nous arrivons sur place, le patient en question va bien et il arrive même qu’il se balade. Ou encore, la personne est simplement intoxiquée à l’alcool. Donc, tous ces cas de figure pénalisent les patients dont les cas sont plus urgents », indique l’ambulancier.

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